Sorcellerie, chasse aux sorcières, oppression, femmes, féminisme, patriarcat, pouvoir, savoir, Moyen-âge, Renaissance, superstition, libération, émancipation des femmes, symbolisme
Le rapport entre femmes et sorcellerie est ancien et remonte à l'Antiquité (comme en témoigne Apulée au IIe siècle de notre ère), mais il s'est intensifié à partir du Moyen Âge et surtout de la Renaissance, jouant alors un rôle majeur dans la criminalisation croissante de la sorcellerie et la persécution des femmes, comme l'ont révélé les historiens qui se sont intéressés à la question (Jules Michelet, Eliane Viennoit, Céline du Chéné). Pourtant, à partir de la seconde moitié du XXe siècle, les femmes se sont réapproprié l'image de la sorcière pour en faire un outil d'émancipation et un symbole du féminisme.
[...] Comment la figure de la sorcière, d'abord utilisée comme un puissant outil d'oppression et de stigmatisation des femmes, peut-elle devenir un instrument de libération ? Depuis quelques années, à l'heure de la multiplication des débats féministes, on assiste à une réévaluation des célèbres chasses aux sorcières qui ont embrasé l'Europe de la fin du XVème siècle au milieu du XVIIème siècle. Les sorcières persécutées étaient en réalité des femmes comme les autres, accusées de déviance réelle ou supposée par rapport aux normes établies par les hommes au pouvoir. [...]
[...] De plus, Éliane Viennoit démontre que les persécutions étaient menées par les hommes qui s'étaient attribué l'ensemble des positions de pouvoir à partir de la fin du Moyen Age, un groupe qui "travaille activement à la domestication des femmes." Cela est aussi lié à une opposition croissante entre croyances et pratiques superstitieuses ou magiques, jusque-là généralement tolérées, et l'émergence d'une science institutionnalisée et exclusivement masculine (document 12). Les études consacrées à la chasse aux sorcières ont montré que les persécutions sont fondées sur un lien entre savoir et pouvoir : de nombreuses femmes accusées de sorcellerie étaient des guérisseuses, ou des femmes maîtresses de leur corps et de leur sexualité (document 13). La chasse aux sorcières est donc venue condamner le savoir et l'indépendance des femmes. [...]
[...] Héritage douloureux de l'oppression des femmes à partir de la fin du Moyen Age, la figure de la sorcière est aujourd'hui devenue un des emblèmes du féminisme. Ainsi, les victimes se réapproprient une image et un symbole qui a autrefois causé leur perte, pour en faire un instrument de revendication et de libération. La sorcière traduit également une crainte face à ce qui relève de la superstition, de la spiritualité ou des forces de la nature, des domaines traditionnellement attribués aux femmes et ont pu être assimilés à de l'hérésie pour justifier les persécutions. ANNEXES *: *L'intégralité de ces documents est disponible sur demande au service client. [...]
[...] Plus largement, depuis quelques années de nombreuses féministes, mais aussi des hommes gays et trans, revendiquent leur recours à la magie (document 8). Par exemple, de 2017 à 2018, Jack Parker a diffusé la newsletter Witch, please auprès de plusieurs milliers de personnes ; cette newsletter mentionnait notamment des rituels à reproduire. On peut aussi citer le hashtag "WitchesOfInstagram" très populaire sur le réseau social Instagram, agissant comme un moyen de ralliement autour de nouvelles pratiques relevant de la magie et de la spiritualité (document 1). [...]
[...] Le roman La Petite Fadette de George Sand, publié en 1849, montre la persistance de cette association entre savoir, pouvoir et sorcellerie quand cela concerne les femmes (document 11) : comme le souligne le narrateur, "dans la campagne, on n'est jamais savant sans être quelque peu sorcier". Il est important de souligner que n'importe quelle femme pouvait être accusée de sorcellerie. Les persécutions touchaient d'abord les plus pauvres et les moins protégées, mais elles ont ensuite pu concerner des femmes de catégories sociales plus élevées, jusqu'à des femmes de la noblesse à l'image de la deuxième épouse d'Henri VIII, Anne Boleyn, morte sur le bûcher en 1536 (document 4). [...]
Source aux normes APA
Pour votre bibliographieLecture en ligne
avec notre liseuse dédiée !Contenu vérifié
par notre comité de lecture