On ne badine pas avec l'amour, Alfred de Musset, pièce de théâtre, XVIIIe siècle, littérature française, dramaturgie, rhétorique, langage, subtilité, Marivaux, comédie, amour, désir, manipulation, mensonge, vérité, dialogue, Voltaire, Jonathan Swift, romantisme, psychologie, sentiments, ironie, mise en scène, symbolisme, métaphore, représentation, athéisme
Le rapprochement entre Musset et Marivaux étant habituel dans la critique littéraire, il est légitime de se demander si "On ne badine pas avec l'amour" offre une intrigue futile au service de laquelle les dialogues seraient marqués par une délicatesse qui correspondrait au labyrinthe des sentiments. Pour ce faire, on constatera d'abord que le raffinement de Musset vaut bien celui de Marivaux. Mais la simplicité occupe une part peut-être supérieure à celle qu'elle occupait chez son devancier. Enfin, on sera sensible à la portée de la métaphore arachnéenne qui désigne la modernité.
[...] Sa stupéfaction devant la tournure des événements assure un comique facile où domine l'absurde : « Quelle raison pouvait avoir dame Pluche pour froisser un papier plié en quatre en faisant des soubresauts dans une luzerne ? Je ne puis ajouter foi à de pareilles monstruosités. » 4). Enfin un personnage principal se caractérise par une simplicité sans comique, Rosette. C ~ La simplicité de Rosette Par sa simplicité, la jeune paysanne Rosette s'oppose aux détours des deux aristocrates orgueilleux qui cachent leurs sentiments grâce au langage. [...]
[...] Moins lourds, mais en opposition avec le raffinement des deux personnages principaux, deux autres personnages secondaires ont aussi des ressorts comiques assez simples. B ~ La raide Pluche et le baron désappointé Dame Pluche se caractérise par un aspect mécanique4 et lourd, donc comique. Sa raideur est celle d'un automate. « Grenouille de bénitier », elle surveille Camille et se scandalise très souvent. Les premiers mots qu'elle adresse au Ch?ur sont tout un programme : « Un verre d'eau, canaille que vous êtes un verre d'eau et un peu de vinaigre » 1). [...]
[...] siècle où l'esprit et la finesse dominent : PERDICAN - Voilà une fleur charmante, mon père, c'est un héliotrope. LE BARON - Te moques-tu ? elle est grosse comme une mouche. PERDICAN - Cette petite fleur grosse comme une mouche a bien son prix. Sous des dehors de paroles sans conséquence, Musset invente un dialogue qui se caractérise par la virtuosité. En s'extasiant sur elle (« Voilà une fleur charmante »), Perdican adopte immédiatement le ton de la conversation mondaine, caractérisée par l'appréciation des jolies petites choses. [...]
[...] Ainsi le dramaturge essaie d'explorer l'inconstance qui accompagne le désir, par exemple à l'acte II, scène 5 où, craignant que Perdican ne soit pas fidèle, Camille prêche le faux pour savoir le vrai : « Vous n'êtes point un libertin, et je crois que votre c?ur a de la probité. » C ~ Le langage, moteur dramatique Les événements sont rares dans la pièce : il y a bien utilisation d'un objet inattendu, la lettre (dénonciation par Blazius en II, 4 ; interception par Perdican en III, mais ce genre de péripétie ne constitue pas l'essentiel. Les obstacles ne viennent pas de l'extérieur comme dans le théâtre classique. L'important, c'est le langage. Ainsi, les échanges entre Perdican et Camille prennent souvent la forme d'un duel où chacun cherche à séduire, provoquer ou déstabiliser l'autre. C'est un badinage, souvent charmant, parfois rude. [...]
[...] Quand Perdican joue la comédie de l'amour auprès de Rosette pour piquer l'orgueil de Camille, manipulateur, il utilise le mensonge, alors que, chez Marivaux, le masque a pour fonction de révéler la vérité du c?ur. La dernière réplique de la pièce, particulièrement brève, (« Elle est morte. Adieu, Perdican. » (III, tombe comme un couperet et rompt radicalement avec l'univers marivaudien. Camille prononce une « excommunication sentimentale ». L'amour était un absolu, les jeunes gens l'ont profané par le mensonge et l'orgueil et ils se sont ainsi rendus coupables d'un crime impardonnable. Conclusion Dans On ne badine pas avec l'amour Musset fait bien preuve d'un raffinement que n'aurait pas désavoué Marivaux. [...]
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