La Rage de L'Expression, Notes prises sur un oiseau, Francis Ponge, poème, faune, langage, métaphore, monde, beauté, rationalité, humanité, raison
Publié en 1952, La Rage de L'expression est un recueil novateur aussi dans la volonté de Francis Ponge de dévoiler, comme un peintre montrerait ses croquis préliminaires, tout le travail du poète.
Le texte en prose Notes prises sur un oiseau fait partie, avec La Guêpe, d'un ensemble de notes sur la faune.
[...] Après l'envol puis la descente, ce dernier mouvement est une ouverture au monde, confirmée ligne 16 (« son pouvoir sur le monde ») puis ligne 17 (« pour lui pour tous ») et le poète montre ainsi qu'en choisissant et pétrissant le langage, il instruit aussi les autres de ses lumières. Ponge a toujours considéré le langage comme un défi. Finalement, à la question « comment retranscrire l'essence des choses ? », le poète répond, en usant de métaphores, qu'il faut à la fois avoir la tête dans les étoiles et être un linguiste acharné. [...]
[...] La longueur des phrases - seulement deux, pour sept lignes - mime les circonvolutions de l'oiseau à la capacité de vol infinie. Cet envol sert de métaphore pour signifier le fait que le poète part à l'assaut des mots afin de trouver dans le langage l'expression qui sera la plus juste pour décrire l'oiseau dans toute sa Beauté, avec un grand B. Il insiste sur l'importance, dans le rapport au langage, de l'intuition et place cette notion en exergue au début (« instinctivement », ligne et au milieu du passage (« l'expression intuitive », ligne et l'on peut là encore voir un parallèle entre l'envol de l'oiseau et le fait que l'intuition peut être considérée, métaphoriquement, comme la partie la plus irrationnelle, la moins « terre-à-terre » chez l'Homme. [...]
[...] La Rage de l'expression, Notes prises pour un oiseau - Francis Ponge (1952) - Comment retranscrire en mots l'essence même de l'oiseau ? Témoin d'un siècle qui verra une profonde transformation de l'Art en général et de la poésie en particulier, Francis Ponge, en tant que poète du vingtième siècle, s'appliquera à casser les codes de la poésie traditionnelle, notamment en choisissant de rendre à des objets, des choses ou des éléments de notre vie quotidienne toute leur dimension poétique. [...]
[...] Et, en poète digne de ce nom, éclaireur du monde, il rejoint ce que Baudelaire écrivait dans son Ébauche d'un épilogue pour la deuxième édition des Fleurs du Mal (1857) : « Ô vous, soyez témoins que j'ai fait mon devoir Comme un parfait chimiste et comme une âme sainte. [...]
[...] Le deuxième (de la ligne 8 à la ligne 13) imite quant à lui la descente en piquet du volatile. Le dernier mouvement correspond pour finir à une ouverture universelle sur le monde. Le lecteur ressent, dès le début du texte, une sorte de mouvement, comme si le poète tournait autour de l'oiseau en se prenant lui-même, en tant que représentant de l'espèce qui a inventé l'aéroplane, pour un oiseau. Tout se passe comme si le poète avait pris lui-même les commandes d'un aéroplane pour s'élancer vers l'oiseau et l'observer sous divers angles afin d'en saisir l'essence. [...]
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