Samuel Beckett, Fernando Arrabal, littérature française, pièce de théâtre, Nouveau théâtre, théâtre de l'absurde, En attendant Godot, condition humaine, existentialisme, violence, spiritualité, quête de sens, sens de la vie, humanité, autrui, temps, souffrance, vieillissement, mort, L'Architecte et l'Empereur d'Assyrie, relations humaines, comportement
Face à un univers dépourvu de sens, l'existence humaine se voit traversée par la répétition, l'attente et l'incompréhension. Le théâtre dit de l'absurde ou « Nouveau théâtre », dont Samuel Beckett et Fernando Arrabal sont des représentants majeurs, s'inscrit pleinement dans cette perception du monde. Lorsque Vladimir, personnage de "En attendant Godot", affirme que « ceci devient vraiment insignifiant », ses paroles nous ramènent à la vacuité apparente des actions humaines et l'impression d'un temps qui s'écoule sans but. Les personnages de Beckett, comme ceux d'Arrabal, évoluent dans des espaces indéterminés, ce qui confirme l'idée d'un monde absurde.
[...] Ainsi, une première réponse de l'homme face à l'absurdité de son existence consiste à chercher hors de soi ce qu'il ne trouve ni dans le monde ni dans les autres. Mais s'il cherche d'abord des appuis dans autrui ou dans Dieu, l'absurde le confronte inévitablement à sa propre responsabilité. Face à l'absence de signification du monde, l'homme peut chercher à affirmer son importance par la domination, la conquête ou la supériorité. La violence apparaît comme une tentative désespérée de produire de l'intensité, de créer un événement dans un monde qui demeure immobile. [...]
[...] La question de l'origine demeure sans réponse, renforçant le sentiment d'abandon dans un univers indifférent. La tentative de fuite entreprise par Fando et Lis se révèle par ailleurs illusoire : les personnages reviennent inlassablement au point de départ. Tous ignorent où ils se trouvent et ne possèdent aucun repère pour s'orienter. Alors, lorsque Pozzo demande à Vladimir « Où sommes-nous ? », ce dernier ne peut que répondre « Je ne sais pas. » L'univers présenté par Beckett et Arrabal place les personnages dans des situations qui échappent à leur compréhension. [...]
[...] Il en va de même dans Fando et Lis : Lis dépend physiquement de Fando pour avancer, puisqu'elle ne peut marcher seule. Cette dépendance pourrait créer une solidarité mais elle engendre au contraire des scènes de brutalité. Rien ne semble déclencher réellement ces accès de violence. Ils surgissent au milieu du trajet, dans des moments où le couple pourrait continuer sa route vers Tar. Cette disproportion entre l'objectif annoncé, l'atteindre d'un lieu qui mettrait fin à la souffrance, et le comportement adopté par Fando provoque le malaise. [...]
[...] Plus que de parler pour se faire comprendre, ils parlent pour se faire entendre. La relation à l'autre repose sur aucun objectif clair : celui de prouver sa propre existence. Impossible de savoir quand et comment ces personnages se sont connus, ni s'ils sont ensemble par défaut ou par choix véritable. Ils évoquent souvent une séparation, se disputent, mais ne parviennent jamais à se quitter, au risque d'être exposés à la solitude et donc à la réalité d'une existence absurde. [...]
[...] Beckett, Arrabal portent la trace de cette désillusion qui se reflètent dans leurs ?uvres. Face à elles, le spectateur se trouve alors placé dans une position particulière. Les gestes violents suscitent une attente : ils promettent un événement, une rupture, quelque chose qui adviendrait enfin. Pourtant, ils reconduisent la même situation. Le temps passe, les personnages restent enfermés dans leur condition, et la route vers Tar, comme l'attente de Godot, demeure suspendue. Ainsi, le théâtre de Samuel Beckett et de Fernando Arrabal expose des personnages confrontés à une existence dont ils ignorent le sens. [...]
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