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Analyse du sujet 

Jean-Jacques Rousseau traite ici d’une question philosophique capitale. Le philosophe pose la question de l’individu et de la société. Pour lui, l’individu doit savoir se dissoudre dans la société, la collectivité. Le sujet doit renoncer en quelque sorte à son individualité pour se considérer comme faisant partie d’un tout plus grand que lui.

Problématique

On peut envisager de traiter cette question selon un plan dialectique et selon la problématique suivante : le sujet doit-il renoncer à son individualité pour se fondre dans la collectivité ? 

Introduction

La question entre liberté individuelle et société est une question cruciale sur le plan des lettres et sciences humaines. Nous allons tenter d’étudier s’il est possible de concilier l’un et l’autre après avoir étudier la façon dont il est souhaitable de mettre en avant la liberté d’une part, la société de l’autre.

I – L’individu doit se fondre dans la collectivité

1)    La sécurité au détriment d’une part de liberté

On peut faire référence ici à la pièce d’Eschyle Les Suppliantes. En effet, dans cette pièce, les Danaïdes cherchent à échapper à un mariage forcé avec leurs cousins qui leur est imposé par l’Égypte. Pour échapper à leur sort, elles vont trouver refuge auprès du roi Pélage à Argos. Mais pour pouvoir profiter de la sécurité, de la paix que leur offre cette cité, elles seront obligées de renoncer à une partie de leur liberté.


2)    Limiter sa liberté personnelle au profit de la volonté générale

C’est ce qu’exprime également Rousseau dans le Contrat social : « Le chef est l'image du père, le peuple est l'image des enfants, et tous étant nés égaux et libres n'aliènent leur liberté que pour leur utilité ». Le philosophe s’oppose ainsi à une société dans laquelle chacun pourrait agir uniquement selon sa propre envie. Une telle société serait invivable. Il faut concéder un peu de sa liberté personnelle pour pouvoir évoluer dans une société harmonieuse.


3)    La société même au-delà des liens familiaux

Dans Sept contre Thèbes d’Eschyle, nous avons l’illustration du personnage d’Étéocle qui n’hésite pas à se battre contre son propre frère Polynice malgré l’amour fraternel qu’il pourrait ressentir à son égard. C’est pour la Cité, quelque chose de plus grand que lui qu’il combat. Le personnage illustre donc bien la façon dont un sujet peut faire fi de sa propre individualité pour se dissoudre dans une collectivité qui le dépasse largement.


II – L’individu doit pouvoir exprimer sa singularité

1)    Le risque de l’idéologie totalitaire

Faut-il complètement renoncer à son individualité ? Ne serait-il pas risqué de renoncer à toute forme de singularité ? C’est ce que peut exprimer par exemple une pièce telle que Rhinocéros d’Eugène Ionesco. Dans cette pièce, tous les personnages se transforment peu à peu en animaux et le seul qui résiste est un personnage un peu nonchalant et indécis se nommant Bérenger : « Je ne peux plus changer. Je voudrais bien, je voudrais tellement, mais je ne peux pas. Je ne peux plus me voir. J'ai trop honte ! Comme je suis laid ! Malheur à celui qui veut conserver son originalité ! ».


2)    Le romantisme et l’expression du moi

Les écrivains romantiques ont cherché à s’émanciper d’une société écrasante en voulant exprimer le moi de chacun. Et notre société individualiste est d’une certaine manière l’héritière de ce mouvement intellectuel et philosophique qui a voulu octroyer une certaine place à l’individu qui jusqu’alors était écrasé par une société qui ne voulait pas le considérer. Cette vision des choses s’oppose alors à celle de Rousseau.


3)    Une société qui restreint les libertés individuelles

Dans Le Temps de l’innocence, Édit Warthon évoque des personnages qui sont obligés de renoncer à leurs aspirations en raison des contraintes mises en place par la société. Les désirs personnels, comme l’amour de Newland pour Ellen, sont sacrifiés au profit des règles sociales. Ce roman illustre donc bien la façon dont une société peut être délétère.


III – Synthèse dialectique entre liberté de l’individu et nécessité de se fondre dans la collectivité

1)    La liberté rationnelle et civique de Spinoza

Le philosophe Baruch Spinoza ne demande pas à ce que le sujet renonce complètement à sa liberté. Il demande pourtant que la liberté naturelle, « sauvage » soit en quelque sorte domestiquée, contrôlée. Selon lui, la liberté ne consiste pas en l’absence absolue de contraintes qui reviendrait à l’anarchie mais bien plutôt dans l’intégration consciente des normes sociales et l’acceptation de la souveraineté de l’État;


2)    Harmonie entre individualité et solitude

Le sociologue Émile Durkheim explique que l’individu doit pouvoir exprimer sa liberté individuelle mais il doit également pouvoir s’insérer dans la société au risque de se retrouver dans l’anomie. L’anomie est le grand drame de la société moderne ou post-moderne. Dans ce cas, le sujet se sent seul, dans une sorte d’ « ultra-moderne solitude » pour reprendre l’expression du chanteur Alain Souchon.


3)   Conclusion 

Ainsi, il peut être intéressant de considérer que le sujet doit savoir se fondre dans la collectivité pour parvenir à une certaine harmonie sociale mais cela ne se fait pas sans risques. N’est-il pas risqué effectivement de renoncer complètement à sa liberté ? C’est alors courir le risque des dérives totalitaires par exemple. Ne peut-on pas considérer de pouvoir trouver une sorte de compromis entre la liberté d’une part et la nécessité de se fondre dans une collectivité qui effectivement nous dépasse et est plus grande que nous ?