Les Français, globalement, tiennent au principe de la solidarité nationale en tant que telle. Peu nombreux sont ceux, en France, qui aimeraient, par exemple, ne plus avoir de Sécurité sociale à l’image des États-Unis ou de la Suisse, un fonctionnement totalement individualiste et ne plus avoir de retraites prises en charge par l’État, ou, tout simplement, qu’un citoyen ayant subi un accent de vie ne puisse plus s’en sortir comme il le peut aujourd’hui grâce à la solidarité nationale. Cependant, tel qu’il est aujourd’hui, ce qu’est devenu le fonctionnement de la solidarité nationale suscite beaucoup de mécontentements chez les Français : prélèvements obligatoires, qui auraient pu être en partie évités, jugés excessifs, abus des droits sociaux, installation de ressortissants étrangers en France parfois dans l’objectif unique de jouir des droits sociaux, fraude fiscale, fraude sociale… Ainsi nous pouvons nous demander : la solidarité nationale est-elle aujourd’hui un vecteur de cohésion, ou, au contraire, de fracture sociale ? Pour répondre à notre problématique, nous allons, tout d’abord, faire une analyse de ce qui concerne la participation à l’effort collectif, puis poursuivre en étudiant ce qu’il en est des droits sociaux ; nous pourrons ainsi répondre à notre questionnement.
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1) Participation citoyenne à l’effort collectif
1.1 Participer à l’effort collectif : oui, mais de manière plus raisonnable
Si aujourd’hui, la plupart des Français s’accordent sur le fait qu’il est normal qu’on leur demande de participer à l’effort collectif, car ils voient ça comme un acte citoyen, et donc un devoir légitime, ils sont très nombreux à s’accorder aussi sur le fait que le niveau général de la fiscalité est trop élevé. Et toujours nombreux à partager l’opinion selon laquelle eux-mêmes payeraient trop d’impôts.
Pour faire un point historique, les droits sociaux financés par les prélèvements obligatoires ont été une norme qui a été intégrée dans le système politique et social français et qui est, au fil du temps, devenue de plus en plus progressive en fonction des revenus de chacun, le concept étant initialement de ne pas induire en difficulté les citoyens avec des revenus faibles ou limités. Le point marquant a été l’instauration du ministère de la Solidarité nationale en 1981, dont la vocation était de doter tous les citoyens d’une protection sociale, ainsi qu’une sorte de doctrine et de communication politique visant à expliquer qu’il ne s’agissait pas d’une prise en charge de certaines personnes par les autres, mais un bienfait pour la société dans son ensemble.
C’est donc un principe qui est aujourd’hui, en tant que tel, intégré, accepté et soutenu par la société française. Ainsi, on constate que pour une grande majorité des Français, en soi, la solidarité nationale est bien un vecteur de citoyenneté important, mais c’est sa mise en application qui ne les satisfait pas. Cette dernière chose peut malheureusement être source, cette fois-ci, de fracture sociale, car le contribuable peut ressentir un sentiment d’injustice qui lui serait infligée par d’autres franges de la société : les fraudeurs fiscaux et sociaux, les profiteurs du système social… et c’est ce que nous allons voir dès à présent.
1.2 Fraude fiscale : comprise, mais pas cautionnée
Bien que les Français, comme démontré précédemment, considèrent la fiscalité comme étant difficilement soutenable, ils ne cautionnent pas pour autant la fraude fiscale. Car en effet, un fraudeur, certes imposé lourdement, alourdit toujours les prélèvements qui s’abattent sur ceux qui ne fraudent pas, ce qui rend leur propre fiscalité encore plus rude qu’elle ne l’était déjà.
Cette opposition s’explique, car la fraude fiscale représente un manque dans les caisses de l’État, que le contribuable en règle compense avec ses propres impôts, impôts qu’il juge, dans la plupart des cas, déjà trop élevés. De là peuvent naître les appréhensions, dans la société, souvent dues à des généralisations, envers, par exemple, les détenteurs de grosses fortunes, ou encore les Français expatriés ou investissant dans les zones détaxées, car ces derniers sont souvent associés à la fraude fiscale massive, étant les plus gros redevables selon le système fiscal progressif en vigueur en France.
2) Droits sociaux résultant de l’effort collectif
2.1 Entraide : oui, mais dans une mesure plus modeste
Les Français restent attachés au principe d’entraide, principe typiquement français. Ce qui est, évidemment, un vecteur de cohésion nationale important, puisque les contribuables prennent en charge les soins des malades auxquels chaque résident en France, à quelques exceptions administratives près, a le droit. Ce qui contribue par ailleurs positivement à la santé publique, alors que ceci dans l’intérêt de tous.
C’est un principe qui s’est installé durablement au sein du système politique, de la culture et de la société française. À la fin du XIXe siècle déjà, certains parlementaires appelaient à l’effort financier collectif pour venir en aide aux citoyens ravagés par la catastrophe naturelle. Mais c’est après la fin de la Première Guerre mondiale et les ravages qu’elle a entraînés que les Français ont eu une prise de conscience collective quant à la nécessité de l’entraide. Depuis, l’attachement à l’entraide s’est ancré dans l’art de vivre français.
Cependant, pour beaucoup de Français, par exemple, la Sécurité sociale est difficilement soutenable fiscalement, et donc en partie responsable de leur lourde fiscalité à eux. Ainsi, un sentiment de colère légitime se crée vis-à-vis de ceux qui profitent de ce système, de ceux qui fraudent, de ceux qui s’installent en France dans le seul but d’en jouir, etc. C’est ce que nous allons voir plus en détail dès à présent.
2.2 Les Français et l’abus des aides sociales
Tout comme pour la fraude fiscale, beaucoup de citoyens jugent que l’État devrait tout autant lutter plus fermement contre la fraude sociale. Et une bonne partie pense que les aides sociales attribuées légalement sont elles aussi excessives, surtout parmi les classes aisées, donc parmi les plus gros contributeurs. Également, une bonne partie des Français est favorable à la préférence nationale en ce qui concerne les aides sociales, estimant que les allocations devraient être réservées soit qu’aux citoyens français, soit qu’aux ressortissants de l’UE, considérant que l’investissement qu’ils font pour les élargir à tous les résidents en France, ne leur est pas retourné.
Ainsi, bien que le principe d’entraide soit majoritairement soutenu par les citoyens français, il y a bien un sentiment chez ces derniers que les uns payent pour les autres, contrairement à ce qui était initialement projeté par le ministère de la Solidarité nationale évoqué plus tôt, ce qui compromet un tant soit peu une cohésion sociale entière basée sur la solidarité nationale.
Conclusion
En conclusion, nous pouvons dire que la solidarité nationale, sur le principe, est bien un vecteur de citoyenneté en France ; plus encore, ceci fait en quelque sorte partie de l’identité française car les citoyens français tiennent à ce principe. Ils estiment très majoritairement qu’il relève de leur devoir de citoyen légitime de payer les impôts, en participant ainsi à l’effort collectif, que l’État prenne en charge les citoyens malades, accidentés… Ainsi, c’est bel et bien une composante significative de la cohésion nationale.
Cependant, ce qui compromet cette dernière, c’est la manière dont elle est appliquée. Car en effet, les citoyens français constatent aujourd’hui un déséquilibre, comme quoi, certains profitent trop de la solidarité nationale, d’autres n’y contribuent pas ou moins que ce qu’ils devraient, et les autres se retrouvent à être prélevés plus que ce qu’ils ne devraient, sans que cela leur profite. Ainsi, bien que sur le principe, la solidarité nationale soit source de cohésion, son exécution donne lieu dans une certaine mesure, à l’inverse, à une fracture sociale.
Ainsi, pour préserver la cohésion sociale autour du principe de la solidarité nationale, un rééquilibrage s’impose, afin que les uns ne se sentent plus lésés au profit des autres. Rééquilibrage qui résulterait à une participation de tous, et à des aides ne couvrant que les réels besoins des citoyens, auxquelles ces derniers ne feraient appel qu’en cas de nécessité. Un tel rééquilibrage permettrait donc à la fois de réduire les prélèvements obligatoires et de renforcer les caisses de l’État, alors que nous avons souvent tendance au contraire à opposer ces deux phénomènes. Ceci donnerait donc lieu à une fiscalité plus clémente, à des prestations sociales de meilleure qualité, mais surtout, au rétablissement d’une réelle cohésion sociale, ce qui était à l’origine la vocation de la solidarité nationale.
Sources bibliographiques
(2014, janvier). KNETSCH, Jonas. La solidarité nationale, genèse et signification d'une notion juridique. Revue française des affaires sociales. Éditions DRESS Ministère de la Santé. Disponible sur : shs.cairn.info (consulté le 06/01/2026)
Propos recueillis par Lemarchant, C. et Neyrat, F. (2023). Nicole Questiaux. Mai 1981 : ministre de la Solidarité nationale. Travail, genre et sociétés, 50(2), 5-23. doi.org (consulté le 06/01/2026)








