Aux origines du nationalisme turc, nationalisme turc, panturquisme, turquité, Empire ottoman, nationalisme, idéologie nationaliste, peuple turc, Turquisation, race turque, Gengis Khan, Japon, Asie, Russie, XXe siècle, François Georgeon, Yusuf Akçura, Üç Tarz-? Siyaset
Le document en notre présence date du 15 mars 1904. Son auteur, Yusuf Akçura, est un historien et idéologue turc du début du XXe siècle (1876-1935), d'origine tatare (minorité turque de Russie). S'il écrit l'article qui nous intéresse, qu'il titre « Trois systèmes politiques », depuis le village de Zöye, en Russie, c'est cependant parce qu'il a dû fuir l'Empire ottoman pour son engagement pour faire réformer l'Empire. Cet article sera cependant publié dans le journal Türk un mois plus tard, ce qui nous aide à supposer qu'il est bien destiné au peuple turc dans le but de diffuser une prise de conscience nationale, en particulier auprès des classes intellectuelles et de la jeunesse, la lecture de la presse étant au début du XXe siècle loin de concerner l'essentiel de la population ottomane.
[...] Ce document historique ne peut que retenir notre attention au vu des évolutions actuelles de la Turquie. En effet, le regain de nationalisme turc porté par le président Erdogan peut par certains points s'assimiler à celui de l'époque ; paradoxalement, son caractère conservateur et religieux y contraste clairement. La lecture de l'histoire turque, mais aussi de l'histoire idéologique turque, devraient nous aider à mieux comprendre les mouvements de pensée marquant ce pays aujourd'hui. [...]
[...] A partir de l'article d'Akçura, nous montrerons donc en quoi l'idéologie pan-turque s'inscrit à la fois dans le contexte européen de développement des nationalisme, et par la prise de conscience par nombre d'intellectuels des faiblesses d'un Empire Ottoman qui n'a su encore se réformer. Pour ce faire, nous replacerons dans un premier temps l'Empire Ottoman dans le contexte de montée des nationalismes de l'époque ; nous verrons ensuite en quoi cet article est une rupture avec le conservatisme de l'Empire ; enfin, nous montrerons comment l'auteur y justifie le panturquisme. [...]
[...] Il est évident que les peuples turcophones parlent alors des dialectes très différents de par le monde. Déterminer une langue commune est une première étape évidente vers l'union. La mention des écrivains turcs en est une autre, ceux-ci portant une responsabilité évidente dans la diffusion de cette culture commune. Conclusion L'article d'Akçura se fonde sur une conviction forte, celle selon laquelle l'appartenance à la « race » (terme populaire à l'époque) turque, ou turquité, doit constituer un fondement pour cimenter un Empire Ottoman qui, à l'aube du XXème siècle, est en voie d'effondrement. [...]
[...] L'histoire porte un rôle certain pour rappeler qu'une telle initiative idéologique n'est pas inédite mais aurait (peut être) réellement existé. Elle représenterait alors le premier lien commun, mais certes pas le seul, entre peuples turcs. L'évocation de références communes entre Turcs Akçura complète sa démonstration en constatant que l'histoire en tous les cas, donné aux Turcs du monde bien d'autres caractéristiques communes, et utilise pour cela un concept qui tient alors du néologisme, à savoir la « turquité ». Une turquité démontrée puisque les Turcs « ont en commun la langue, la race, les coutumes et même, pour la majorité d'entre eux, la religion » (l35-36) Ces références communes, bien sûr, doivent poursuivre cette prise de conscience, bien au-delà de l'Empire, d'une vocation des peuples turcs à vivre dans un espace commun. [...]
[...] S'il écrit l'article qui nous intéresse, qu'il titre « Trois systèmes politiques », depuis le village de Zöye, en Russie, c'est cependant parce qu'il a dû fuir l'Empire Ottoman pour son engagement pour faire réformer l'Empire. Cet article sera cependant publié dans le journal Türk un mois plus tard, ce qui nous aide à supposer qu'il est bien destiné au peuple turc dans le but de diffuser une prise de conscience nationale, en particulier auprès des classes intellectuelles et de la jeunesse, la lecture de la presse étant au début du XXème siècle loin de concerner l'essentiel de la population ottomane. [...]
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