Liberté, éthique, contrainte, Nicolas Fargues, Rousseau, Kant
« L'écriture est le seul espace de liberté absolue. » Avec cette citation, l'écrivain français Nicolas Fargues renvoie à une conception courante de la liberté, qui consiste à dire qu'être libre, c'est faire tout ce que l'on veut, faire tout ce qui nous plait. Selon ce point de vue, la liberté consiste à réussir à échapper à toutes formes de contrainte, de détermination, de système de causes à effets qui limitent nos actions et nous empêchent de faire ce que l'on veut. Mais est-ce réaliste ? Est-ce qu'être libre consiste réellement à échapper à toutes formes de détermination ?
[...] Selon cette définition, une personne libre est par exemple une personne qui peut aller dans n'importe quel pays, dès qu'elle le veut, sans avoir à se soucier des questions de douane, du prix du billet d'avion etc. Dans ce cas, être libre revient effectivement à échapper aux contraintes de la société, aux lois économique et politique. Néanmoins, nous pouvons aussi noter que « faire ce que l'on veut » suppose de faire un choix, de décider entre plusieurs possibilités ce que l'on préfère faire. C'est le libre arbitre. Par exemple, une personne qui a la possibilité, qui est libre d'aller dans n'importe quel pays choisira une destination précise, par exemple l'Italie. [...]
[...] En s'interrogeant sur les raisons de sa décision, nous pouvons nous demander si le choix de cette personne échappe réellement à toutes formes de détermination. Si elle choisit l'Italie pour sa nourriture, nous pouvons nous demander si son goût pour la nourriture italienne résulte réellement d'un choix. Ce goût est influencé, conditionné, déterminé par ses habitudes alimentaires, qu'elle hérite de ses parents, mais aussi des habitudes alimentaires de la société où elle a vécu. Ainsi, quoi que la personne fasse ce qu'elle veut, elle semble malgré tout soumise au déterminisme de la société. [...]
[...] Toutefois, cette conception de la liberté est irréaliste et illusoire. L'homme est toujours déterminé par des conditions et des contraintes extérieures, même s'il n'en est pas conscient. Afin de ne pas abandonner l'idée que la liberté existe, il est nécessaire de l'envisager sous un autre jour. Etre libre, ce n'est pas échapper à toutes les formes de détermination, mais savoir tirer profit et maitriser les déterminations auxquelles nous sommes soumis. [...]
[...] Dans cette dernière partie, nous allons soutenir qu'être libre n'est pas faire tout ce que je veux et échapper à toute formes de détermination, mais au contraire, savoir négocier avec les contraintes de l'existence et tirer profit de ces dernières. Il est tout d'abord possible de souligner que faire tout ce que je veux et échapper à toutes formes de détermination renvoie au fantasme d'un monde comparable à une page blanche. Or, l'être humain est pris dans un maillage de facteurs et de contraintes dont il ne peut échapper. Rousseau dit à ce propos que « l'homme est né libre, et partout il est dans les fers » (Contrat social). [...]
[...] En considérant qu'être libre, c'est échapper à toutes formes de détermination, nous aboutissons donc à une impasse : être libre semble impossible pour tout être humain. Deuxièmement, il est possible de soutenir que la liberté, entendue comme « échapper à toutes formes de détermination », comme « faire ce que je veux » est illusoire. En effet, nous pouvons tout d'abord maintenir qu'une personne qui se définit comme libre, parce qu'elle pense faire ce qu'elle veut, sans être influencée et déterminée par quoi que ce soit est en réalité une personne qui n'a pas conscience des éléments et des facteurs qui la déterminent. [...]
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