Introduction

La théorie de l’arc de la crise a émergé à la fin des années 1970. Les arcs de la crise désignent ainsi, au sens large, des foyers d’instabilité dans le monde musulman, dans lesquels les États-Unis et leurs alliés sont souvent intervenus, toujours dans un contexte de la confrontation Ouest-Est. Nous allons poser la problématique suivante : quel a été l’impact de ces interventions après la fin officielle de la guerre froide avec la chute de l’ex-URSS ? Nous allons y répondre en analysant deux exemples concrets d’arcs de la crise où les États de l’Ouest sont intervenus. 

1) L’Irak : un arc de la crise avéré

L’Irak était un arc de la crise encore pendant la guerre froide, avec les guerres engagées par Saddam Hussein contre l’Iran, puis contre le Koweït. À l’issue de celles-ci, la question des armes de destruction massive, et notamment des armes chimiques utilisées contre des civils iraniens lors de la guerre Iran-Irak, s’est grandement posée. Au bout de 12 ans de sanctions et de médiation infructueuse sur le contrôle de ses armes, pression diplomatique alimentée par la guerre contre le terrorisme lancée par Georges W. Bush suite aux attentats du 11 septembre, mais aussi, la médiation concernant la répression des opposants politiques et des minorités ethniques en Irak, celui-ci a été contraint, avec des dizaines de pays occidentaux alliés, de lancer une intervention militaire, Hussein ayant catégoriquement refusé d’abandonner le pouvoir — pourtant pris par la force à son époque — et de quitter le pays, préférant ainsi la confrontation armée, dont il était pourtant évident, au vu du rapport de forces, qu’elle était perdue d’avance.

Bien que son régime ait été destitué au bout de quelques mois seulement, la zone est restée instable avec le développement des milices radicales et de ce qui est devenu par la suite l’État Islamique, dont certains membres à l’origine étaient des partisans du maintien de Saddam Hussein au pouvoir par la force.

Au niveau géopolitique, l’exploitation du pétrole iranien ainsi qu’une présence militaire américaine ont été rendues possibles suite à cette intervention. Ce qui, en plus de l’aspect financier, a permis d’affaiblir le régime de Bachar al-Assad, qui a fini a tomber en début de cette année, d’intervenir par voie aérienne contre l’État islamique en Syrie et en Iran et de sécuriser un tant soit peu la région, en permettant d’éviter un potentiel conflit à grande échelle entre Israël et des dizaines d’États dans la région qui lui sont hostiles.

Cependant, l’intervention a également connu quelques déroutes. La démocratie et la prospérité en Irak escomptées par les États-Unis n’ayant pas été atteintes, et les preuves de toutes les armes chimiques revendiquées par les USA comme étant détenues par Saddam Hussein n’ayant pas été présentées, cette intervention aura quelque part joué négativement sur la crédibilité et la popularité des États-Unis à l’international, notamment dans le monde musulman, et est même aujourd’hui rappelée par les dictateurs anti-occidentaux se servant de cet argument pour mobiliser contre les USA et l’Occident plus globalement.


2)    L’Afghanistan : les alliés d’hier devenus des ennemis après la guerre froide

Alors soutenus par l’Ouest en opposition à l’invasion soviétique de l’Afghanistan, pays alors déjà en guerre, les moudjahidines, après la chute de l’URSS et la fin de la guerre froide, se sont radicalisés et devenus une force militaire hostile à la démocratie en Afghanistan, et aux forces armées visant à maintenir la démocratie. La situation s’est intensifiée là aussi après les attentats du 11 septembre 2001 et le refus des talibans de livrer leur commanditaire, Oussama Ben Laden. Ce qui a poussé à une offensive militaire des Américains, de leurs alliés et des forces locales contre les talibans, qui ne contrôlaient plus que très peu de territoires à la fin de l’année.

La présence américaine aura perduré pendant les 20 années qui auront suivi, jusqu’en 2021, lorsqu’une offensive talibane a poussé le président américain Joe Biden à ordonner le retrait américain du pays.

Cette présence américaine aura permis de stabiliser temporairement ce foyer pourtant instable en permanence et de lutter, dans les faits, efficacement contre le terrorisme, car, premièrement, aucun attentat n’y aura été commis par les talibans sur cette période. Le chef d’Al-Qaïda aura été liquidé en 2011 dans le Pakistan frontalier, notamment grâce à une présence américaine dans la zone. Les États-Unis auront renforcé leur crédibilité à l’international, du moins jusqu’à leur retrait en 2021, sans parler des liens diplomatiques établis et des échanges commerciaux et énergétiques avec le gouvernement afghan en place.

Cependant, les coûts financiers de leur présence auront été plus que considérables, ils auront été évalués à 776 milliards de dollars en 2019. Et ce retrait et cette victoire talibane, en plus de, pour le coup, décrédibiliser les USA sur la scène internationale, sont vus par certains analystes comme une potentielle raison de l’accroissement prochain du terrorisme mondial. De plus, il est souvent rappelé par les détracteurs des États-Unis que ceux-ci étaient en guerre contre ceux qu’ils avaient eux-mêmes soutenus et armés à l’époque pour contrecarrer l’offensive soviétique, longtemps avant la radicalisation des talibans.


Conclusion

Ainsi, nous pouvons dire que les États occidentaux ont accru leur influence sur la scène internationale avec leurs interventions dans les arcs de guerre. Stabilisation des zones sensibles en permanence, intérêts diplomatiques, économiques, lutte contre le terrorisme… leur impact aura donc été très significatif. Cependant, les objectifs n’ont pas toujours entièrement été atteints : retrait de l’Afghanistan, instabilité qui perdure en Irak, certaines armes revendiquées mais non trouvées… Les conséquences sur l’image des États-Unis et sur la lutte pour la stabilité, la démocratie et contre le terrorisme restent donc aujourd’hui mitigées. Ce qui est aujourd’hui souvent rappelé à des fins de propagande par le bloc de l’Est, dans le cadre de sa confrontation avec l’Occident, confrontation qui perdure aujourd’hui largement au-delà de la fin officielle de la guerre froide.

Sources bibliographiques 

-   L’Harmattan (2008). L'IRAN PARADOXAL - Un péril ou en péril ? Dogmes et enjeux régionaux. N°26. Eurorient. Disponible sur : books.google.fr (consulté le 27/11/2025)

-  Le monde diplomatique. (2002, septembre). Ces chantiers afghans si discrets. Consulté le 27/11/2025 sur : monde-diplomatique.fr

-  OTAN. (2022, 12 avril). L’OTAN et l’Afghanistan. Consulté le 27/11/2025 sur : nato.int

-  RAZOUX, Pierre. (s.d.). Les deux guerres du Golfe (1991 et 2003) et leurs prolongements : d’une guerre interétatique à un conflit asymétrique. EHNE. Consulté le 27/11/2025 sur : ehne.fr

-  TV5 Monde & AFP (2021, 16 août). Afghanistan : les chiffres-clés de la défaite américaine. TV5 Monde. Consulté le 27/11/2025 sur : information.tv5monde.com