Cinéma documentaire, Joffrey Speno, mort, deuil, expérience personnelle, émotion, empathie, parole, écoute, relation humaine, philosophie, sociologie, film documentaire, réalisation cinématographique, La Parole aux morts, série documentaire, humanité
« La parole aux morts » est une série documentaire que le cinéaste Joffrey Speno débute en 2013. Il rend publics ses portraits vidéo en 2020. Ce projet sans fin définie se déploie aujourd'hui en 30 portraits de ses proches à la durée et au contenu propres à chacun. La question quant au travail de Speno est la suivante : comment met-il en scène l'écoute des vivants qui parlent de mort afin de sublimer l'humanité et questionner l'objet « film » même ?
[...] Bastian met par exemple en lien la rupture et la mort mais bien qu'il les dissocie, on ne sait pas dans quelle mesure. On devine alors la question de Speno : « pour toi, quelle est la différence entre le deuil suite au décès d'une personne ou suite à une rupture ? » et Bastian développe. Plus tard, il parle des obsèques comme moment charnière et on devine le "pourquoi ?" de Speno pour que la personne nous amène des réponses et s'en apporte à elle-même. [...]
[...] Pour Speno, la parole peut être comprise comme « Parole immatérielle, bloc de symbolisme et de subjectivité, mais aussi matérielle, faite de son et de rythme. » comme écrit Pedro Butcher à propos du cinéma de Coutinho. « Plus que quiconque, il aimait écouter les gens volubiles, que sa caméra ne réduisait jamais à des statuts d'objets. »2, ce qui est aussi le cas pour Speno. La volonté de cette série est de donner « la parole aux morts » comme son titre l'annonce sans détour mais pas seulement. Oui, ces entretiens donnent la parole aux morts ou plutôt la parole aux vivants qui ressuscitent les morts. [...]
[...] La Parole aux morts - Joffrey Speno (depuis 2013) - Comment Joffrey Speno met-il en scène l'écoute des vivants qui parlent de mort afin de sublimer l'humanité et questionner l'objet « film » même ? « La parole aux morts » est une série documentaire que le cinéaste Joffrey Speno débute en 2013. Il rend public ses portraits vidéo en 2020. Ce projet sans fin définie se déploie aujourd'hui en 30 portraits de ses proches à la durée et au contenu propres à chacun. La question quant au travail de Speno est la suivante : comment met-il scène l'écoute des vivants qui parlent de mort afin de sublimer l'humanité et questionner l'objet « film » même ? [...]
[...] Speno réalise cela avec subtilité en privilégiant l'angle d'un dialogue naturel presque monologue tant la personne est libre de parler, digresser, réfléchir comme si elle était seule. L'effet prend plus ou moins selon la volonté d'en parler, l'aisance face à la caméra mais tous les portraits sont à la fois extrêmement personnels et universels. Le son est aussi soigné pour donner l'impression d'être dans la même pièce que la personne, comme si nous étions à l'origine de la discussion. « La peur des émotions », portrait qui ouvre cette série d'écoutes documentaires en 2013 à Paris, contribue à poser le cadre de Speno. [...]
[...] Il est riche en informations sonores et visuelles qui annoncent l'attention au détail des témoignages suivants. Chaque entretien est unique, comme la personne qui parle : une durée, un rythme, un contenu différents. Les films sont titrés et Speno nomme ce premier pour faire présager au public un discours à distance des émotions et un rapport à la mort assez générique. Or, ce titre est honnête et trompeur, il révèle l'identité complexe de la personne interrogée. Bastian, qui nous parle de rupture, du deuil de son père, explique sa perception de ces notions en les généralisant pour mieux cacher les émotions qui s'emparent de lui. [...]
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