Jean Duns Scot, infini intensif, infini extensif, Bonaventure, philosophie scolastique, Aristote, physique, métaphysique, méditation métaphysique, quantité, puissance, Dieu, privation, accomplissement, Saint Thomas d'Aquin, Jean Damascène, infinité divine, volonté divine, infini
La question de l'infini traverse toute la philosophie scolastique, bien avant que Jean Duns Scot ne produise la définition d'un infini intensif et d'un infini extensif. Cette question s'avère en effet cruciale pour penser l'essence divine, car Dieu se conçoit au travers de l'infinité de sa nature et de ses oeuvres, en séparation avec la nature finie de ses créatures. Cette question, relevant de la théologie naturelle, suppose cependant que cette définition de l'infini ne soit pas seulement la conséquence d'une révélation mais d'une argumentation logique fondée selon des arguments rationnels. La question de l'infini implique donc, avant d'être théologique, d'être philosophique, ou plus précisément métaphysique.
[...] De quelle nouvelle forme de discours sur les étants accouchera l'ontologie scotiste ? Comment la déduction d'une unité de l'être de tous les étants compris l'être divin), invitera à rompre avec le discours analogique mais à considérer les modes d'expression de l'être dans leur eccéité ? Comment dès lors considérer le mode d'expression propre à l'être divin (actualité infinie) dans son unité générique avec l'homme (actualité finie) et dans leur séparation modale ? 1 L'infini comme actualité intensive de Dieu L'affirmation primordiale de l'ontologie scotiste pourrait se résumer à cette position de principe : l'être général est un être unique, nécessaire et infini intensivement. [...]
[...] Attribuer l'infinité à l'être de Dieu et non seulement à un rapport de l'homme à Dieu ne signifie pas que Dieu puisse être infini « sans nous », puisque le concept d'infinité divine marque, par son caractère négatif, la faiblesse de la créature qui ne parvient pas à circonscrire l'ousia Divine dans des limites. Le concept d'infinité inclut ainsi intrinsèquement un rapport négatif avec le fini. La question de savoir si Dieu est infini « en soi » ou seulement « pour nous » ne se pose donc pas. [...]
[...] Accomplissement de l'infini dans le fini dont témoigne le Christ, Dieu incarné en homme, mort puis ressuscité. On comprend de la sorte que cette position suppose un refus de la métaphysique et ouvre à la constitution d'une ontologie et d'une théologie pratique où la liberté, la volonté propre à l'homme n'est plus disjointe ou séparée de celle de Dieu, mais répond à la même nature actualisée dans une infinité intensive. Si dans l'?uvre thomasienne, la connaissance de l'infini se liait à l'intellect angélique, aux germes divins que l'amour du créateur avait déposé en l'homme, chez Duns Scot, c'est au travers de la liberté et de la volonté que s'exprime cette part divine en l'homme. [...]
[...] Pourquoi dans l'?uvre de Jean Duns Scot, la définition d'un infini extensif en puissance s'avère-t-il nécessaire pour considérer un infini intensif en acte ? Enfin, en quoi l'infini extensif, puissance du monde matériel réalisé, témoigne- t-il de l'unité du monde, de Dieu et de sa créature ? 1 Du principe d'individuation ou de la pluralité des substances et de l'unité de l'être Pour comprendre la nécessité dans laquelle va se trouver Duns Scot de constituer une métaphysique de l'étant, il nous faut revenir à la source de sa réflexion sur la nature propre aux individus considérés dans leur singularité, relevant d'une individuation, en tant qu'unité de forme et de matière. [...]
[...] L'infinité intensive de l'actualité divine correspond donc dans sa création à la liberté de la personne humaine. Ainsi l'infini se doit d'être pensé comme contingence, au sens philosophique et théologique au sens où il le définit lui-même : non ce qui est contingent par rapport au hasard ou à la nécessité, mais ce qui est produit de manière contingente et inventive, positivement et non comme une défaillance. L'infini au c?ur de la création divine doit donc être pris au pied de la lettre Nulle nécessité ontologique n'enchaîne car l'infini réalisé se trouve dans notre volonté. [...]
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