La caída de Madrid, Rafael Chirbes, narrateur omniscient, franquisme, portrait, idéologie, relation amoureuse, liberté, sentiments, relations humaines, analyse d'un personnage, révolution, espagnol
Lucio est un des personnages du roman historique La caída de Madrid de Rafael Chirbes. Dans les chapitres 9 et 20, le narrateur omniscient adopte la vision du monde de ce personnage à la fin du franquisme. Nous suivons ainsi ses pensées et ses actes dans un rythme irrégulier et saccadé, ponctué de polysyndètes et de répétitions qui privilégient celui de la pensée et des souvenirs.
[...] Nous terminerons l'analyse du personnage par une interprétation possible de son prénom. Lucio provient du mot « luz ». Il semblerait que la lumière soit en lui, dans ses convictions, dans son désir d'égalité, dans son amour pour sa bien-aimée qu'il garde au fond de lui et non à l'extérieur, dans ce contexte sombre, pauvre et oppressant qui le condamne à la solitude. Dans la pénombre, Lucio semble entrer d'ailleurs en contraste : « La figura destacaba llamativamente iluminada ». Pour conclure, Lucio est un être reclus, exclu et le fruit de cette société à la fin du franquisme qui abandonne les plus faibles. [...]
[...] Sa condition se reflète aussi dans ses mains d'ouvrier, abîmées par la pénibilité du travail : « rugosas, irregulares », « color equívoco de quien trabaja con maquinaria mecánica, poros negruzcos, manchas oscuras que no quita ningún jabón, uñas cortas bajo las que se dibuja una media luna negra ». Le travail est incrusté dans la peau et est indélébile. Il fait partie de lui. Lucio est ainsi intimement lié au monde ouvrier dont il est le représentant. Continuons en affirmant que cet être complexe est divisé entre son amour pour sa compagne et son rêve de révolution. Son goût pour la révolution se révèle face à Taboada, dans la cellule de la prison de Carabanchel, où ce dernier prône l'usage de la guillotine et des armes. [...]
[...] Cependant, il rencontre des difficultés à prendre les armes : « La punta del fusil. Le dieron ganas de reírse ». La seule fois où il fut en possession d'une arme, ce fut quand il voulut mener une offensive avec ses compagnons d'armes la nuit de San Isidro, ou un soir de verbena pour obtenir une peluche à Lurditas. Nous pouvons également constater que le passable où il évoque les moments où il eut une arme à la main s'enchaîne sur la description de son sac sur l'épaule, la conséquence d'avoir porté les armes. [...]
[...] Sa présence lui manque. Il ne possède que la photo de Lurditas dans son portefeuille. Celle-ci lui sert de présence. Le couple vit dans le souvenir. Lucio souhaiterait retourner vivre avec elle. Le dernier chapitre se ferme sur cette aspiration et sur la présence fictive de Lurditas à ses côtés : « Imaginó que entraban en la habitación cuando se acurrucaba ? acariciaba el hueco que había dejado el cuerpo de ella. ». Leur amour est difficile voir impossible à cause du contexte. [...]
[...] La cachette et les recoins sont son seul refuge. Dans le chapitre 20, sa fuite est comparée à un chien errant fuyant : « huyendo de aquellos individuos, que iban a lo suyo, a cazar, más perros que perros, corriendo como lo que eran, perros de dos patas, cabrones de perros más malos peor que los perros. ». La comparaison péjorative déshumanise Lucio qui a perdu sa place dans la société. Lucio est un personnage qui vit dans le passé, dans les souvenirs et les regrets : « con la cabeza repleta de sueños de soledad desde un montón de años antes ». [...]
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