L'Anomalie, Hervé Le Tellier, littérature oulipienne, OULIPO Ouvroir de Litterature Potentielle, roman épistolaire, Georges Perec, Raymond Queneau, François Le Lionnais, intertextualité, inventaire, infraordinaire, métalinguistique, Francis Ponge, langage, prix Goncourt
Hervé Le Tellier se présente lui-même comme un représentant de l'OuLiPo et sans doute l'un des derniers représentants de ce groupe littéraire fondé dans les années 1960 par Raymond Queneau et François Le Lionnais et dont on peut compter parmi les figures majeures, notamment Georges Pérec.
Dans notre étude, il nous a paru intéressant de porter notre attention sur trois chapitres représentatifs du roman et du travail littéraire d'Hervé Le Tellier.
[...] III - Chapitre « Trois lettres, deux mails, une chanson, zéro absolu », un usage transgressif de la littérature Hervé Le Tellier, dans L'Anomalie, n'hésite pas, dans la tradition oulipienne, à jouer avec la littérature. Il remet en question les frontières entre ce qui théoriquement doit relever de la littérature et ce qui n'en relève pas. Dans le chapitre final du roman, il inscrit ainsi les lettres de deux personnages. Ce premier aspect ne dévie pas à ce point de la littérature traditionnelle. [...]
[...] Hervé Le Tellier fait ensuite référence de façon directe à Georges Pérec lorsqu'il écrit : « Épuisement d'un lieu improbable ». Cette expression est une référence directe à Georges Pérec qui est l'auteur en 1975 de Tentative d'épuisement d'un lieu parisien : Un grand nombre, sinon la plupart, de ces choses ont été décrites, inventoriées, photographiées, racontées ou recensées. Mon propos dans les pages qui suivent a plutôt été de décrire le reste : ce que l'on ne note généralement pas, ce qui ne se remarque pas, ce qui n'a pas d'importance : ce qui se passe quand il ne se passe rien, sinon du temps, des gens, des voitures et des nuages4. [...]
[...] Hervé Le Tellier s'inscrit dans cette dimension ludique de la littérature, proprement oulipienne. II - Chapitre « Table 14 », la réappropriation de la « tentative d'épuisement » perecquienne Ce chapitre se caractérise notamment par des digressions, des digressions méta-linguistiques dans lesquelles l'auteur va rebondir de manière tout à fait impromptue sur des termes : « Hangar est un mot si bizarre. Pas loin de hagard, de hasard2 ». Nous ne sommes pas si loin du travail de Francis Ponge dans Le Parti pris des choses : « A mi-chemin de la cage au cachot la langue française a cageot3 ». [...]
[...] Conclusion Hervé Le Tellier donne le sentiment de réussir le tour de force de produire un texte oulipien au XXIème siècle. Sans doute, parce qu'il parvient à s'approprier à sa manière une structure textuelle en vogue il y a 50 ans de cela. On retrouve en effet le même jeu sur le signifiant, la même puissance transgressive, la même dimension intertextuel et la volonté de bousculer les codes traditionnels de la littérature mais Hervé Le Tellier ajoute une dimension moderne à ces dimensions oulipiennes en intégrant des aspects de notre monde contemporain tels que les mails, les productions cinématographiques. [...]
[...] On peut en effet voir l'adresse d'expéditeur, l'adresse du destinataire et même l'objet du mail qui peut quelque peu désarçonner le lecteur : De : À : Le : 1er juillet 2021, 09 :43 Objet : rupture Hervé Le Tellier fait même le choix d'inscrire les adresses mail de l'expéditeur et du destinataire en bleu comme s'il s'agissait de véritables adresses mail. Le langage employé dans les mails est également un langage usuel, de tous les jours. C'est sans doute une manière pour Hervé Le Tellier, en oulipien, de mettre en question ce qui est censé être littéraire et ce qui ne le serait pas. On aurait coutume parfois effectivement de définir le style littéraire de par l'usage de figures de style par exemple, ou, pourquoi pas de par une certaine richesse lexicale. [...]
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