Féminisme islamique, hijab, belgique, France, sport et politique, religion, islam, émancipation féminine, institutions sportives, citoyenneté, laïcité, neutralité pluraliste, gouvernementalité, contrôle disciplinaire, intégration, symbolisme, doxa sportive, idéologies nationales, espace public, visibilité religieuse, droit des femmes musulmanes, liberté d'expression, réglementation sportive, droits de l'Homme, terrorisme, sociologie, relations internationales
Cadre théorique d'un mémoire sur l'interprétation du hijab dans le sport en Belgique en vue de l'obtention d'un Master en sciences politiques, orientation relations internationales.
Les concepts de gouvernementalité, de biopouvoir et de normalisation des corps permettent de réinterpréter les réglementations sportives dans une dimension qui dépasse le cadre formel des lois ou celui de la symbolique. Ces notions soulignent le caractère diffus, productif et incorporé du pouvoir.
Dans le domaine du sport, ce pouvoir prend la forme d'un contrôle disciplinaire des corps, en particulier des corps féminins, à travers des normes vestimentaires, comportementales et esthétiques prétendument neutres ou techniques (Ferez, 2012 ; Mennesson, 2005). Le hijab sportif se voit dès lors érigé au rang de ce qui est à réguler, non pas parce qu'il est religieux, mais parce qu'il perturbe une représentation hégémonique du corps féminin athlétique.
En privant ces femmes de leur capacité d'agir selon leurs propres normes, le pouvoir disciplinaire redéfinit leur agentivité dans les termes d'une égalité prédéfinie, conforme aux standards occidentaux (Mahmood, 2005). Mais pour saisir pleinement les dynamiques de légitimation de ces discours réglementaires, il est utile de mobiliser également les apports de la sociologie critique de l'expertise.
[...] À l'opposé, le modèle belge francophone repose sur une approche plus pragmatique et décentralisée de la neutralité. Plutôt que d'imposer une norme uniforme, l'État délègue aux entités fédérées, communes, écoles et fédérations sportives la responsabilité d'interpréter et d'appliquer les principes de neutralité (Zemni ; Torrekens & Jacobs, 2016). Ce pluralisme pragmatique autorise des accommodements raisonnables avec les pratiques religieuses. Comme l'expliquent Torrekens et Jacobs, « la Belgique laisse place à des arrangements contextuels, parfois contradictoires, mais aussi plus adaptables aux réalités sociales » (2016, p.7). [...]
[...] Ces imaginaires reposent sur des représentations implicites de la normalité corporelle, souvent blanches, sécularisées et masculines (Le Renard, 2019). Comme le souligne Nuraan Davids (2013), ce processus aboutit à « une citoyenneté performative, dans laquelle les femmes musulmanes sont invitées à participer à condition de neutraliser toute marque de différence visible ». Le sport, en raison de sa focalisation sur la discipline du corps, la visibilité et la performance, devient ainsi un champ particulièrement propice à l'imposition de ces normes. [...]
[...] Ainsi, ces femmes ne sont pas construites comme des déviantes individuées mais comme des symboles d'une altérité collective à contenir. Le terrain sportif devient alors, selon leurs termes, « un espace d'énigme », à la croisée des régimes de discipline et des potentiels d'affirmation majoritaire (Zempi & Chakraborti, 2023). Dans ces reconfigurations multiples - individuelles, collectives, numériques, juridiques - s'esquissent donc des formes de résistance qui contestent l'inclusion conditionnelle et révèlent les asymétries profondes de la citoyenneté dans l'espace sportif contemporain. [...]
[...] Erica Howard (2012, p.25) illustre cette dynamique lorsqu'elle écrit que « l'égalité invoquée pour interdire le hijab repose sur une conception occidentalo-centrée de l'émancipation, qui refuse de reconnaître la pluralité des trajectoires féminines ». Le hijab est ainsi construit comme un obstacle à la liberté des femmes, plutôt que comme une expression d'agency située. Cette lecture exclut d'emblée la possibilité que des femmes puissent librement choisir de conjuguer foi et participation sportive. Elle reconduit, selon Scott (2007), une violence symbolique au nom de l'émancipation. En réponse à cette disqualification, des voix comme celle de Malika Hamidi (2023) revendiquent un féminisme musulman, capable de réconcilier foi, agentivité et autonomie. [...]
[...] Cette posture permet de concevoir la résistance comme une reconfiguration inventive des normes, non comme leur simple rejet. Dans cette optique, Benn, Pfister et Jawad (2010) proposent de distinguer deux logiques d'émancipation dans le champ sportif musulman féminin : la première, alignée avec une lecture sécularisée du féminisme, conteste ouvertement les traditions religieuses perçues comme patriarcales ; la seconde, inscrite dans une perspective de féminisme islamique, revendique au contraire une « lecture autonome et émancipatrice des textes religieux », intégrant la foi comme ressource d'autodétermination. [...]
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