Introduction

Les émotions tiennent une place très importante dans les relations humaines. Elles jouent un rôle fondamental dans les réactions, les décisions que nous allons prendre dans la vie de tous les jours. SI on a longtemps opposé la raison aux émotions, on comprend aujourd’hui qu’elles sont des réponses biologiques complexes qui prend en compte le système nerveux et le système endocrinien. Ce sont des mécanismes physiologiques qui engendrent une réaction réflexe dans une certaine situation, mais ces dernières peuvent être ensuite contrôlées par la raison. Il sera donc intéressant de s’interroger sur la façon dont les émotions qui s’inscrivent dans des réponses biologiques ont un retentissement sur nos comportements et notre façon de raisonner.

Problématique : Comment les émotions, qui s’inscrivent dans un mécanisme physiologique complexe, ont des répercussions sur notre comportement et quelle relation entretiennent-elles avec la raison ?

I – Le substrat biologique des émotions

Chez l’être humain, c’est le système limbique qui se trouve au centre des émotions. Le système limbique s’articule notamment autour de quatre organes majeurs : l’hypothalamus, le thalamus, l’amygdale et l’hippocampe.

Le thalamus joue tout d’abord un rôle de relais sensoriel. Les émotions se présentent comme une réaction instantanée. Lorsque nous nous trouvons face à quelque chose qui nous fait peur, on ressent immédiatement cette émotion sans avoir besoin de réfléchir. 

Le système limbique traite les informations de manière très rapide et efficace. Il va permettre de classer cette expérience émotionnelle : soit quelque chose qui apporte du plaisir, du bien-être, soit comme quelque chose qui nous fait souffrir, qui nous fait peur, qui nous menace. À partir de cette information, ces organes vont envoyer des signaux dans le corps humain qui vont alors mobiliser les hormones. Étymologiquement, les hormones renvoient à la notion de mouvement. La dopamine est par exemple reliée au plaisir, la sérotonine au déplaisir.

L’amygdale joue un rôle décisif dans le registre émotionnel de la peur. Relié à la mémoire, l’hippocampe joue également un rôle fondamental. En effet, on peut observer que dans des situations de stress post-traumatique, le volume de ce dernier pouvait réduire. Lorsque les sujets se retrouvent dans une situation qui leur rappelle une situation déjà vécue, alors cette zone du cerveau peut déclencher des réactions de peur. Même si les situations sont très différentes, si certains stimuli ressemblent à des stimuli déjà anciennement vécus, alors des réponses peuvent être enclenchées.

Le système nerveux joue un rôle fondamental dans des réactions archaïques de fuites ou de combat. L’hypothalamus, en charge de contrôler nos organes internes et nos glandes, va alors agir sur un ensemble de processus de notre mécanisme. Ces différents paramètres sont le pouls, la pression artérielle, la circulation sanguine, etc. C’est cette mobilisation du corps humain qui optimisera notre vigilance.

II – L’articulation entre émotions et raison

La tradition philosophique a longtemps opposé raison et émotion.

C’est en particulier la colère que les stoïciens cherchaient à combattre : « La colère, nous l’avons dit, est avide de châtiments, et l’existence d’un tel désir dans un cœur humain n’est pas conforme à sa nature[1] ». La colère est pour le philosophe une ennemie de la raison, elle nous empêche de considérer les choses sereinement et avec raison. Les émotions, les passions sont pour les stoïciens ce qui nous empêche de nous élever intellectuellement et de pouvoir dialoguer avec intelligence avec notre prochaine. Lorsque nous nous trouvons en colère, nous avons tendance à ne plus considérer autrui que comme un adversaire que nous devons terrasser. C’est pourquoi les stoïciens se méfient énormément des émotions et l’opposent fondamentalement à la raison.

Le philosophe français du XVIIe siècle René Descartes s’est lui intéressé aux émotions dans son célèbre ouvrage publié en 1649 Les Passions de l’âme. René Descartes n’est pas un philosophe qui condamne fondamentalement les émotions mais il se montre prudent vis-à-vis d’elles dans la mesure où il pense qu’il ne faut pas qu’elles s’expriment trop fortement. Il en distingue en tout cas six fondamentales qui sont l’admiration, l’amour, la haine, le désir, la joie, la tristesse. Pour le philosophe René Descartes, il ne s’agit pas de réprimer complètement les émotions parce qu’agir ainsi, ça serait trop assécher l’être humain mais il faut que les émotions soient canalisées pour ne pas qu’elles deviennent un frein à l’épanouissement individuel et collectif : « Les passions sont toutes bonnes de leur nature et nous n’avons rien à éviter que leur mauvais usage ou leurs excès[2] ».

III – Réguler les émotions en prenant en compte notre nature mais en agissant avec raison

Comme dirait le philosophe Alain : « Nous respectons la raison, mais nous aimons nos passions[3] ». On peut être tenté de séparer émotion et raison. Les émotions ont quelque chose d’irrationnel. Nous ne les maîtrisons pas. Comme nous avons pu le voir, elles répondent à un mécanisme biologique et physiologique complexe. Les émotions se manifestent sans que nous le voulions, que ce soient des émotions positives ou négatives.

Mais on peut aussi se dire que les émotions ne sont pas foncièrement à opposer à la raison. On peut penser qu’il faut une sorte d’équilibre entre les émotions et la raison : « Source fondamentale de l’action, rouage indispensable du raisonnement pratique, l’émotion façonne, oriente, structure nos décisions et les actions qui s’y rattachent[4] ».

Conclusion

Les émotions s’inscrivent donc dans un certain substrat biologique auquel on ne peut échapper. Elles nous ont permis et nous permettent encore de mobiliser notre corps humain à produire des réponses spécifiques et précises dans des circonstances données. On s’est longtemps méfié des émotions, en particulier les philosophes qui nous invitaient jusqu’à nous en détourner. Nous sommes revenus depuis sur cette vision étroite des choses, déjà au XVIIe siècle avec le philosophe René Descartes. Il faut donc pouvoir envisager les émotions et la raison comme compatibles.

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Bibliographie

[1] Senèque, De la colère, I, V, 1-3, trad. Veyne.

[2] René Descartes, Les Passions de l’âme.

[3] Alain, Propos sur le bonheur.

[4] Ravat, J. (2007). Actions, émotions, motivation : fondements psychologiques du raisonnement pratique. Le Philosophoire, 29(2), 81-95. https://doi.org/10.3917/phoir.029.0081.