Jouissance, sujet contemporain, identité, désir, psychanalyse, capitalisme, lien social, signifiant, économie psychique, névrose, manque symbolique, inhumain, vie nue, sujet divisé, inconscient, castration, identification, Lacan, Charles Melman, Marie-Jean Sauret, Pierre-Christophe Cathelineau, Giorgio Agamben
Si « jouir de l'objet » (Cathelineau, 2019) et « jouir de l'identité » (Cathelineau, 2019) forment l'alternative qui s'offre au sujet, c'est qu'il existe au sein de ce « sujet contemporain » (Melman, 2002) ontologisé, réifié, quelque chose qui a affaire avec son rapport à la jouissance. En même temps, une ambiguïté subsiste : on peut comprendre qu'il s'agit de la totalité de l'alternative : ou bien jouir de l'identité, ou bien jouir de l'objet. Ou bien... peut-on y voir une référence à une troisième posture éthique ? Pour filer la référence faite à Kierkegaard, à côté de l'esthète, qui jouirait de l'objet et de l'éthicien, qui jouirait de l'identité, n'y aurait-il pas une troisième posture éthique ?
[...] Lacan, Jacques, « L'instance de la lettre dans l'inconscient » Ecrits, Seuil, 1966. Lacan, Jacques, Lacan in Italia, En Italie Lacan, 1953-1978, La Salamandra. Melman, Charles, L'homme sans gravité. Jouir à tout prix, Denoël, 2002 Sauret, Marie-Jean, Malaise dans le capitalisme, Erès, 2009. [...]
[...] Jouir de l'objet ou jouir de l'identité : est-ce une alternative éthique crédible pour le sujet contemporain ? Le sujet pose comme présupposé à son traitement deux axiomes : qu'il existerait quelque chose comme un « sujet contemporain » (Melman, 2002) et qu'il serait face à une alternative éthique lui imposant de choisir entre jouissance de l'objet et jouissance de l'identité. Il pose que cette alternative devrait être reçue comme étant crédible ou non, comme pouvant faire un certain acte de foi, de croyance, d'engagement dans l'une de ces alternatives. [...]
[...] Pour filer la référence faite à Kierkegaard, à côté de l'esthète, qui jouirait de l'objet et de l'éthicien, qui jouirait de l'identité, n'y aurait-il pas une troisième posture éthique ? Dans L'Homme sans gravité, Melman estime que le sujet contemporain a désormais « nouvelle relation à l'objet 2» (Melman, 2002), comme dépouillé de sa dimension symbolique qui l'attache au sujet, celui-ci est désormais considérée dans son existence propre. Il vaut désormais pour lui-même. Nous serions dans une économie du signe3, c'est-à-dire que la représentation serait déterminée par le signe, à ce qui renvoie à la chose même, à la preuve de son existence. [...]
[...] Dans le discours du capitalisme cet obscur objet du désir est produit a postériori pour combler le sujet divisé, le sujet au manque, qui est aussi celui du désir. Pathologies donc, du désir qui se trouvent à l'endroit même de cette demande toujours déjà assouvie et donc jamais posée comme telle. Narcose du désir5, donc, là où il ne peut plus se formuler. La spoliation d'une jouissance originaire, mythique, serait à penser de manière analogue à celle du patron, capitaine d'industrie, capitaliste sur le travail de l'ouvrier, gardant le produit d'une partie de son travail, le payant 30h, pour 35h de travail effectué. [...]
[...] Dès lors est à l'oeuvre une logique d'exclusion fondatrice. La figure de l'inhumain émerge dès que se trouve brouillées les frontières du citoyen, sujet du politique et de la « vie nue » (Agamben, 1995) dès lors que la morale vient régir un espace où nulle loi ne s'applique et où est laissé à l'arbitraire du pouvoir de police de faire régner l'ordre. Si le partage d'un renoncement en commun n'est plus possible, si la communauté des frères de la horde est remise en question, c'est la figure de l'Urvater qui ressurgit. [...]
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