La peau de chagrin, Balzac, roman, littérature française, lumières, fantastique, crédit, philosophie, talisman, économie, usurier, désir, anticipation, prolepse, Faust, capitalisme, conte oriental, amour, mort
Dans son introduction aux Romans et contes philosophiques (1831), le critique Philarète Chasles a reconnu d'emblée La Peau de chagrin comme un chef-d'oeuvre, mettant l'accent sur l'observation sociale présente dans le roman. Parmi les éclairages portés sur la société, le crédit revient à plusieurs reprises, au point que l'on peut se demander si La Peau de chagrin n'est pas le roman du crédit, au sens financier du terme. Mais n'est-il pas réducteur de le qualifier ainsi ?
[...] Ce capital limité renvoie aux théories scientifiques du temps : le magnétisme et la thermodynamique7. Chaque fois que Raphaël désire, la peau diminue, véritable indicateur de l'état de la réserve d'énergie. Le talisman montre que vouloir, c'est se consumer. On tombe alors dans « l'horreur mathématique » : chaque v?u exaucé est un pas vers la mort. III. La convergence vers le crédit A. Le projet initial « Le sujet initial était la mystification d'un jeune esprit fort par un vieillard, son créancier, mécontent d'être traité en M. [...]
[...] La Peau de chagrin présente, à un moindre degré il est vrai, des analogies avec cette stratégie de suspension du récit. On a pu soutenir que, dans l'organisation de ce récit, l'utilisation de la prolepse fait penser au « système dissipationnel3 » recommandé par Rastignac à Raphaël : « « Il voulait absolument m'établir un crédit et me faire faire des emprunts, en prétendant que les emprunts soutiendraient le crédit. Selon lui, l'avenir était de tous les capitaux du monde le plus solide. ». « La Peau de chagrin est un texte qui se dépense, et qui le fait par le biais de l'anticipation4 ». [...]
[...] Elles consomment leur vie comme on dépense de l'argent emprunté, dans une jouissance immédiate. Elles fonctionnent comme des détentrices de la Peau. F?dora justifie ainsi l'exclamation surprise par Raphaël quand il est caché chez elle : « je pensais à mon agent de change, j'avais oublié de lui faire convertir mes rentes de cinq en trois, et dans la journée le trois avait baissé ». Raphaël vient de lui faire une vibrante déclaration d'amour. Mais F?dora accorde davantage d'importance à l'argent, en l'occurrence à la conversion de ses rentes. [...]
[...] Pour lui, le discours du vieillard n'est qu'un boniment de marchand ou une vieille légende orientale. Le fantastique se place toujours à la frontière du rationnel et de l'irrationnel. Raphaël parle ici en écoutant sa raison, et pourtant, quelques instants après, il signera le pacte. On pense à la lampe d'Aladin, orientale elle aussi, et qui exauce les souhaits d'un jeune homme mû lui aussi par la volonté de réussir. Mais Aladin ne paie pas chaque v?u d'une soustraction de moments de sa vie. B. Le pacte faustien Le vieil antiquaire ressemble à Méphistophélès. [...]
[...] Ils se ressemblent physiquement : ils sont très âgés, petits et très maigres, habillés de noir, pâles de visage et leurs lèvres sont en lames de couteau. Ils sont inquiétants, volontiers moqueurs et ils parlent peu. Ils ressemblent au personnage de Gérard Dow (ou Dou), Le Peseur d'or (1664), comme l'a remarqué Pierre Citron6. Tous deux sont avares, quoique fabuleusement riches : Gobseck prête à l'avocat Derville au taux de quinze pour cent ; l'antiquaire informe Raphaël que le prix à payer pour l'objet n'est autre que sa vie. B. [...]
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