Nathalie Azoulai, Titus n'aimait pas Bérénice, Racine, Bérénice, écriture racinienne, théâtre, écriture théâtrale, sentimentalisme, analyse de texte, Georges Forestier, biographie, opportunisme, chagrin d'amour, amour, évolution psychologique, psychologie sentimentale, poésie
Pour qui veut tenter de comprendre l'originalité puissante du vers racinien en ne s'appuyant pas seulement sur l'analyse des textes, deux options, relevant du narratif, sont possibles : celle de l'historien ou celle du romancier, le premier se fondant exclusivement sur les données avérées pour construire une interprétation la plus plausible possible, la seconde s'autorisant à imaginer une fiction. La grande biographie de Georges Forestier, Jean Racine, relève de la première approche, l'exofiction de Nathalie Azoulai, Titus n'aimait pas Bérénice, de la seconde. Cette dernière a toutefois puisé la trame biographique de son livre, qui suit la chronologie de la vie de Racine, dans la somme de Forestier. Et dans les deux cas, s'agissant de Racine, la dimension lacunaire de la « reconstitution » n'est pas sans poser problème : il y a des vides inévitables dans le travail de Forestier, qu'en historien rigoureux il ne cherche jamais à combler, mais qui peuvent l'amener à défendre un point de vue personnel, sur le sujet de l' « opportunisme » de Racine notamment. Chez Azoulai en revanche, les silences des faits conduisent à une surenchère de descriptions inventées, particulièrement des « états d'âme » de l'écrivain, de sa façon de travailler et de ses relations avec les femmes.
L'argument du « roman » d'Azoulai est le suivant : une jeune femme du XXIème siècle, Bérénice, vit un chagrin d'amour après avoir été quittée par son amant Titus, marié à « Roma » et père de deux enfants. Bérénice trouve un peu de consolation dans des vers de Racine, qui lui viennent au hasard et semblent lui parler de son amour et de sa perte.
[...] Elle imagine en particulier l'extase de l'enfant devant la terre « rouge » du premier automne passé à Port-Royal-des-Champs (qu'elle place lors de sa dixième année, tandis que Forestier estime que Racine a été admis au monastère à six ou sept ans) : « La terre reluit tant qu'elle en devient presque rouge. Le rouge et le vert s'allient à merveille. Quelqu'un devrait juger important de rendre cette alliance de couleurs qui raconte le dynamisme organique de la terre, les semis, les repousses, la vie des hommes dans la nature. Hamon lui apprend que le sang a parfois ce même aspect gras, qu'il change de couleur selon l'endroit où on va le chercher dans le corps. [...]
[...] Je supplie très humblement la Mère Abbesse et les Religieuses de vouloir bien m'accorder cet honneur, quoi que je m'en reconnaisse très indigne et par les scandales de ma vie passée, et par le peu d'usage que j'ai fait de l'excellente éducation que j'ai reçue autrefois dans cette Maison? »7 Forestier affirme même clairement que l'éducation si remarquable et originale de Port-Royal à l'époque a été un facteur crucial du développement du génie racinien : « ?ce qui paraissait à ces femmes la meilleure voie pour conduire l'enfant dans le sein de Dieu allait paradoxalement offrir à ce jeune garçon la plus étonnante des ouvertures vers le monde honni des hommes, de leurs vanités et de leurs péchés. Assurément, chance il y a eu. Ce fut que ce même Port-Royal avec lequel sa famille entretenait des liens de plus en plus étroits, ait décidé sous l'impulsion de son premier saint, l(abbé de Saint-Cyran, d'assurer l'éducation d'un petit nombre d'enfants. En créant ( à partir de 1646) ce qui s'appellera toujours modestement des « petites écoles » et qui fonctionnera cahin-caha près d'une quinzaine d'années, Port-Royal changea le destin de Racine. [...]
[...] Et, toujours selon Azoulai, Jean s'identifierait aussi à sa Bérénice. Il aurait éprouvé, comme on l'a vu plus haut, des sentiments violents de jalousie et de haine envers des maîtresses infidèles ou qui ne l'auraient pas aimé autant qu'il les aurait aimées. Sentiments supposés qui sont en réalité ceux attribués à la Bérénice moderne, laquelle s'identifie au personnage de la pièce de Racine tel qu'elle le réinvente. Pour Azoulai, celle-ci se résume, comme la Bérénice du roman, à son identité de femme ravagée par l'abandon, dont l'évolution psychologique la conduirait jusqu'à l'oubli et l'indifférence. [...]
[...] L'argument du « roman » d'Azoulai est le suivant : une jeune femme du XXIème siècle, Bérénice, vit un chagrin d'amour après avoir été quittée par son amant Titus, marié à « Roma » et père de deux enfants. Bérénice trouve un peu de consolation dans des vers de Racine, qui lui viennent au hasard et semblent lui parler de son amour et de sa perte : « Selon les jour, elle cite Captive, toujours triste, importune à moi-même, Peut-on haïr sans cesse et punit-on toujours ? ou Tout m'afflige et me nuit et conspire à me nuire. Ou encore, Je demeurai longtemps errant dans Césarée. [...]
[...] Oui, mais pas uniquement ».2 Pour qui veut tenter de comprendre l'originalité puissante du vers racinien en ne s'appuyant pas seulement sur l'analyse des textes, deux options, relevant du narratif, sont possibles : celle de l'historien ou celle du romancier, le premier se fondant exclusivement sur les données avérées pour construire une interprétation la plus plausible possible, la seconde s'autorisant à imaginer une fiction. La grande biographie de Georges Forestier, Jean Racine, relève de la première approche, l'exofiction de Nathalie Azoulai, Titus n'aimait pas Bérénice, de la seconde. [...]
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