La logique de l’entretien de mémoire : comment l’exploiter ?

Pour beaucoup, un entretien se résume à un enregistrement de conversation, mais les choses ne sont pas aussi simples. Au moment de retranscrire cet entretien, un ensemble de critères entrent en ligne de compte, car il est bien sûr impossible de retranscrire la totalité de l’entretien en question. L’objectif est de conserver uniquement ce qui a un lien avec la problématique, pour rendre l’ensemble plus cohérent.

Dans un premier temps, il faut savoir comment prendre l’essentiel dans les entretiens. Les entretiens contiennent un certain nombre d’informations, certaines sont considérées comme très importantes, les autres plus secondaires. Attention également à savoir repérer les répétitions dues au langage oral ainsi qu’aux éventuelles digressionsLe rôle du chercheur est de mettre en avant ce qui est pertinent et ce qui ne l’est pas. Attention, car il ne s’agit pas de modifier l’entretien, mais bel et bien de le rendre exploitable.

Par ailleurs, il s’agit également de comprendre les propos échangés, leur sens, les émotions qui s’en dégagent et pourquoi ; les hésitations mais aussi les éventuels non-dits. Là aussi, il faut être prudent, il ne faut rien inventer, mais de savoir comprendre ce qui n’est pas explicitement affirmé.

Enfin, une fois que les informations sont bloquées, il faut établir un lien avec le sujet du mémoire et sa problématique. Transcrire un entretien est une étape importante, mais elle ne suffit pas, il est primordial de faire le lien avec les notions de l’ensemble, avec les hypothèses mises en avant, avec les autres entretiens et enfin, avec les autres recherches effectuées.


Quelle est la méthode pour retranscrire et analyser ?

Préparer pour rendre la retranscription exploitable

Encore une fois, nous avons bien mis en avant que le fait de retranscrire ne signifie pas taper ce que disent les personnes interrogées. Certains moments dans la conversation sont plus importants que d’autres, certaines humeurs, émotions, silences peuvent être plus significatifs que d’autres. Dans une conversation, la spontanéité est de mise, donc attention aux hésitations, aux changements de tons aussi, qui eux aussi, peuvent vouloir signifier quelque chose.

Par ailleurs, il est très difficile de retranscrire mot pour mot une conversation, peu importe le domaine dans lequel elle a lieu. À l’écrit, il faut structurer et organiser la pensée de celui qui parle, découper la conversation, surtout si elle est longue, en thèmes et parfois même en sous-thèmes.

Durant la phase de retranscription, l’étudiant doit trouver les moments forts. En imprimant la conversation telle quelle, avec les hésitations, et sans rien changer du tout au contenu, cela lui permet d’annoter, de surligner, d’entourer, de faire attention aux contradictions. Cela est un gain de temps précieux pour la suite.

Établir une grille pour faciliter l’analyse

Une grille d’analyse peut être importante, surtout quand les entretiens sont longs et / ou nombreux pour organiser le contenu et les idées à mettre en avant.

Il ne faut jamais oublier que tout doit être lié à la problématique de départ, il faut donc choisir des catégories et des critères adaptés.

Ces critères peuvent être liés à la motivation, à l’engagement, ou encore ils peuvent représenter des critères chronologiques ou comparatifs. Les comparaisons peuvent être des groupes d’élèves entre eux, des débutants et des experts, cela dépend du sujet de recherche initial.

L’analyse d’un entretien est importante, mais à elle seule, elle ne saurait suffire. Les entretiens doivent aussi être comparés entre eux, il faut mettre en avant les différences, les ressemblances, les surprises, ou tout ce qui peut même aller à l’encontre des hypothèses de départ. Plus il y aura de résultats obtenus, et plus il sera possible de comparer les données, donnant plus de pertinence à l’ensemble.


Comment insérer les entretiens au coeur du mémoire ?

Attention à la mise en avant des citations dans le mémoire, ces dernières doivent être claires, utiles et courtes, surtout s’il doit y en avoir plusieurs pour les besoins de l’ensemble.

En outre, l’objectif même d’un mémoire de recherche est de parvenir à établir un lien direct entre théorie et pratique. Le document, une fois terminé, doit montrer que le candidat possède certaines aptitudes, comme la confrontation d’idées ou encore la vérification d’hypothèses. Tout ce qui est illustré au travers des retranscriptions doit être mis en perspective avec la théorie.

Enfin, les entretiens doivent servir à donner des résultats aux hypothèses formulées : que montrent les entretiens, que confirment-ils, quelles limites apportent-ils ? Ainsi, l’analyse pourra être construite sur une argumentation forte, logique, et ciblée.

Tableau récapitulatif

Objectif

A faire

A éviter

Garder l’essentiel

Souligner les passages en lien avec la problématique

Tout garder

Organiser

Définir différents thèmes

Laisser l’entretien tel quel

Comprendre

Repérer les émotions, les nuances, les silences, hésitations

Trop interpréter, car cela peut changer la pensée de celui qui parle

Comparer

Chercher les ressemblances / différences avec d’autres entretiens

Analyser séparément

Citer

Privilégier les extraits concis

Intégrer trop de citations

Lien pratique / théorie

Mise en perspective

Donner trop de descriptions

Mettre en lumière des résultats

Faire une synthèse de ce qui est perçu

Donner trop de détails

 

Conclusion

Savoir exploiter un entretien est primordial pour pouvoir l’intégrer de manière pertinente dans son mémoire. Il s’agit de savoir à la fois comment sélectionner l’essentiel, tout en structurant l’ensemble afin de faire le lien avec la problématique de départ.


FAQ

Les silences sont-ils importants dans la retranscription et son analyse ?

Oui, ils peuvent être synonymes d’une hésitation ou d’une émotion particulière, il ne faut les intégrer au mémoire que s’ils sont pertinents avec la problématique.

Comment faire pour ne pas sur interpréter ?

Il est important de ne pas s’éloigner du contexte, il faut toujours garder sous les yeux sa problématique. Il faut prendre en considération le concret, pas de suppositions.

Est-il possible de corriger le langage oral ?

Oui, mais avec modération, il faut garder la structure initiale.

Comment faire avec les éventuelles contradictions ?

Il faut les prendre en compte, elles sont souvent révélatrices d’un grand nombre de choses, complexes parfois.

Qu’en est-il des citations plus longues ?

Elles ne sont que peu pertinentes, elles rendent l’ensemble plus lourd, moins « digeste ». Privilégier les citations courtes et précises.

Références

Bardin, L. (2013). Lanalyse de contenu. Presses Universitaires de France.

Bertaux, D. (1997). Les récits de vie. Perspective ethnosociologique. Nathan.

Blanchet, A., & Gotman, A. (2010). Lenquête et ses méthodes : Lentretien. Armand Colin.

Rondeau, K., Paillé, P., & Bédard, E. (2023). La confection dun guide dentretien pas à pas dans lenquête qualitative. Recherches Qualitatives, 42(1), 5–29.