Dans la philosophie occidentale, l'animalité se comprend comme l'inverse de ce qui devrait fonder l'homme, soit l'âme, la raison, l'histoire, le langage... L'animalité se pense donc comme une différence, soit originelle, soit par la distinction entre nature et culture, par laquelle l'homme se serait détaché de son animalité. Animalité et humanité semblent dès lors opposés.
[...] Dès lors, cette capacité de penser permet à l'homme de sortir de la nécessité, et donc de faire des choix : en ce sens, il peut choisir d'aller vers le bien ou le mal, et donc vers la bestialité, qui relève donc bien de la culture et non de la nature. L'homme est donc libre, et ce non pas par sa part animal, qui semble être ici une contrainte biologique. La liberté est une capacité d'initiative et de choix non soumis à la nécessité ou la survie : les choix des animaux ne peuvent être libres, ils sont forcements conditionnés. [...]
[...] Dès lors, l'essence de l'homme est double. L'homme est un animal raisonnable : contrairement à l'animal, il agit en fonction de représentation (donc de concept abstrait) de certaines règles ou de lois édictées pour tous. Il agit donc de manière sensée, selon certains de ses projets. C'est un animal qui interroge et qui, surtout, s'interroge lui-même. Par là même, l'essence de l'homme ne peut se résumer uniquement à son animalité, car l'homme a accès à plusieurs temporalités. En effet, l'animal est toujours en lien avec l'actuel. [...]
[...] L'homme est un être doué d'instinct, régi à bien des égards par son intuition et ses passions : en ce sens, il ne peut renier son animalité. Pour autant, sa capacité de connaître, de réfléchir, sa culture et son usage du langage semblent le distinguer radicalement des autres animaux, non pas comme un animal spécifique mais bien comme échappant radicalement à l'animalité. Ainsi, l'homme serait double, régi et par sa raison et par son instinct, faisant de lui un animal particulier dont la spécificité le méconnaît souvent comme tel. L'homme ne peut renier son animalité. Mais en quoi cette dernière serait-elle ce qui le définit ? [...]
[...] Dès lors, cette double essence de l'homme témoigne peut-être que la différence entre l'homme et l'animal est moins une affaire de nature que de degré, et que la culture ne s'oppose pas tant à la nature, car l'homme est l'exemple même de l'association des deux. Ainsi, l'homme est un être dont l'essence est double : il ne peut se restreindre à son animalité, mais, pour autant, ses spécificités acquises par sa raison ne le distinguent pas entièrement des autres animaux. En un sens, l'homme est bien un animal, mais un animal spécifique, et dont les caractéristiques lui donnent l'illusion d'être un « empire dans un empire », selon Spinoza dans son Ethique, soit le maître du règne animal. [...]
[...] Faut-il en conclure que l'homme est supérieur à l'animal ? Malgré les spécificités de l'homme (le langage, la conscience, la mémoire ou encore la liberté), l'animal possède une forme d'authenticité qu'on ne retrouve pas chez l'homme. Incapable de mensonge ou de cruauté, l'animal aurait une supériorité sensible sur l'homme. Quant à l'homme, il possède une supériorité rationnelle car l'animal en est dépourvu. Mais, justement, considérer l'homme comme en tout point supérieur à l'animal revient à réintroduire l'animalité de la loi du plus fort dans l'essence même de l'homme, et d'en faire un animal encore plus bestial que les animaux peuvent l'être. [...]
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