Ennemonde et autres caractères, Giono, roman, écocentrisme, nature, métamorphose, anthropocentrisme, protection de l'environnement, cartésianisme, conscience écologique, environnementalisme, nature humaine
Jean Giono illustre, dans Ennemonde et autres caractères, une nature douée de conscience, émancipée de l'homme, de ses convictions et de ses croyances. L'écrivain se détourne d'une perception anthropocentrique du monde pour mettre en scène une nature absolue, détentrice d'un pouvoir créateur et destructeur. L'eau et le soleil sont les véritables sujets du récit, tandis que l'Homme est relégué au rang de spectateur impuissant et assiste à un spectacle qui le dépasse.
[...] Tout ce qui était précédemment suggéré est maintenant clairement énoncé : la métaphore "c'est un serpent qui grossit" achève de donner une essence vivante, animale et redoutable. Le serpent est par ailleurs un symbole de séduction maléfique dans la Bible, et nous avons conservé cette image. Ainsi, c'est un nouveau renversement sciemment provocateur au regard de la religion des hommes, une façon d'affirmer sans honte son existence et ses désirs. De plus, le "désir" de s'épandre n'est plus qu'une idée, il y a un véritable passage à l'action : "c'est un serpent qui grossit, s'avance en mâchant la terre". [...]
[...] Les deux tournures pronominales, suite à « l'abandon » de l'eau mentionné plus haut, montre un sujet qui souffre, ce sont des verbes à valeur dépréciative. Cet extrait s'apparente à une rupture amoureuse douloureuse. Une nouvelle allitération en « c » avec « craquelle comme un coeur » mime ce coeur, et donc la terre, qui se brise, et ajoute une dimension pathétique. En outre, tout le texte est personnifié. Il faut bien noter que cela ne vise pas à attribuer à l'eau des caractéristiques humaines, à la rapprocher de l'homme, au contraire. [...]
[...] Ce qui était déjà amorcé comme une mystification de l'eau prend une forme monstrueuse, mythologique et tangible par le biais de cette métaphore. Ensuite, le texte bascule vers une poétique anti-cartésienne : Il y a une rupture entre ce que l'homme sait (H2O, la science) et ce qui lui est inaccessible empiriquement (Méduse, l'incarnation du mythe). L'eau échappe ainsi à la rationalité humaine et retrouve son pouvoir archaïque. C'est une révolte de la nature contre la connaissance humaine, la science étant à nouveau rejetée, comme au début du texte. [...]
[...] Sa cécité est justifiée par la proposition coordonnée "mais lourd de forces primitives". Cela suggère qu'il n'a pas besoin de voir, c'est à dire de savoir, car il possède déjà toutes les réponses, tous les secrets de l'univers qu'il porte depuis la nuit des temps. Giono lui confère une autorité ultime, supérieure encore à celle de l'eau. L'accumulation des verbes pronominaux "Il se lève, se déroule, se métamorphose sous vos yeux" suivie de "il traîne avec lui les éléments d'illusion d'où naissent spontanément les dieux" rappelle une nouvelle figure mythologique, celle du Titan Cronos. [...]
[...] C'était le dernier élément naturel qu'il manquait au tableau : le feu. Il est le premier à agir sur la créature, ou l'eau, qui jusqu'ici suivait ses propres lois : "Le soleil le couvre d'or noir". L'emploi du verbe couvrir suggère la protection. Il s'agit même d'un don, l'oxymore "or noir" exprime la fusion des contraires, la lumière et l'obscurité, la vie et la mort. Le soleil renouvelle et accentue l'essence chimérique et chaotique de l'eau, elle possède toutes les forces qui régissent l'univers, mises en tension. [...]
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