Amérique latine, crime organisé, cartels de drogue, criminalité transnationale, organisations criminelles, géopolitique, OICS Organe International de Contrôle des Stupéfiants, mafia
Fort d'acteurs de premier plan, le commerce mondial de la drogue représente en Amérique latine un défi lancé aux politiques publiques internes, mais aussi internationales : l'Organisation des États américains (OEA) rendait ainsi public en 2013 un rapport indiquant un échec des politiques traditionnelles de lutte contre les drogues et souligne « un pas de plus dans un processus vu comme salutaire par les uns et comme un remède pire que le mal par les autres, mais qui place l'Amérique latine à l'avant-garde de la réflexion sur l'opportunité de la modification du paradigme jusqu'alors hégémonique ». Parmi ces mêmes acteurs de premier plan du trafic de drogue mondial, en Colombie, à titre d'exemple, des « bandes criminelles [qui] profitent de leur emprise territoriale de type mafieux sur d'importantes zones rurales pour exporter une bonne partie des 350 tonnes de cocaïne produites chaque année dans le pays » selon un rapport de l'Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS) en date de 2012. Or l'association entre cartels de drogue latino-américains et organisations mafieuses n'est pas sans soulever un certain nombre d'observations, voire de contestations.
[...] Dans cet ouvrage, Arlacchi identifie deux branches : répression et médiation. La répression dans la mafia traditionnelle se caractérise par la répression des membres qui ne sont plus en accord avec le code d'honneur de la mafia ou les préceptes qu'elle est censée incarner ; des proximités dans les méthodes de répression sont remarquées par Arlacchi entre d'un côté la mafia et de l'autre les autorités publiques, dans la mesure où ces dernières ne s'empêchaient pas de punir « dans le sang » les mafiosi, et ce sans se préoccuper de les emmener vifs face à la justice. [...]
[...] Il est malaisé de définir ce qu'est une mafia. L'ONU livre plusieurs définitions à ce propos, à l'instar du crime organisé (groupe de trois personnes ou plus, durable, concerté, crimes de plus de quatre ans d'emprisonnement et bénéfice financier direct ou indirect). De même, un groupe de crime organisé (GCO) non seulement régule, mais contrôle la production et distribution d'une marchandise ou d'un service donné illégalement. Les GCO peuvent être, à cet égard, liés au commerce ou de type gouvernance, c'est-à-dire aspirant à régner sur des parties du monde clandestin. [...]
[...] Des marges étatiques, ces criminels deviennent un centre autour duquel gravitent des justiciables en quête d'une justice rapide, efficace et dotée d'une autorité sans conteste, ainsi que d'une administration dotée des mêmes attributs - y compris lorsqu'elles sont subséquentes à la commission de crimes en tout genre. Cette « intégration politico-juridique31 » des narcotrafiquants en Amérique latine révèlent la transformation des Etats eux-mêmes32 autant qu'ils « lissent » ces premiers aux yeux de la population. C'est donc une perspective politique complète qu'offrent ces organisations. [...]
[...] Tant sur les imaginaires que sur les méthodes de résolution de litiges, les analyses économiques et politiques, des convergences sont notées et figurent bien, fonctionnellement, les cartels de drogue comme des entités mafieuses. La question demeure toutefois : les cartels de drogue représentent-ils en tant que tels une mutation du régime mafieux en lui-même, ou une simple émanation ? Structurellement, qu'est-ce que les cartels de drogue ont à porter au sein de la compréhension de ce qui est mafieux et de ce qui ne l'est pas ? Ces questions demeurent ouvertes et à étudier dans le cadre d'analyses empiriques. [...]
[...] Dès lors, dans quelle mesure est-il possible de considérer que les cartels de la drogue latino-américains représentent per se des organisations mafieuses ? En quoi les cartels de drogue latino-américains, comme les mafias traditionnelles, tombent dans la catégorie des groupes de crime organisé et présentent ainsi des similitudes éloquentes dans une analyse de la criminalité transnationale ? Le premier temps du devoir est consacré au relevé d'un cortège de représentations tenant à l'établissement de valeurs (ou dimension axiologique) qui structure dans son ensemble les imaginaires mafieux des cartels de drogue latino-américains Subséquemment, la praticité des actions conduites par ces groupes coïncide avec des méthodes empiriques observées chez les mafias traditionnelles, hors de la simple résolution des litiges, et qui les rendent compatibles avec une analyse processuelle de l'organisation mafieuse ; c'est l'objet du second temps du devoir (II). [...]
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