L'Amant, Marguerite Duras, autobiographie, roman, amour, codes sociaux, Nouveau Roman, écriture cinématographique
Dans cet extrait issu du roman autobiographique de Marguerite Duras paru en 1984, l'auteure, qui a alors soixante-dix ans, nous relate sa rencontre avec un jeune homme d'origine chinoise qui va devenir son amant alors qu'elle a quinze ans et demi.
[...] Nous pouvons comprendre que c'est la jeune femme elle-même qui intimide le jeune homme. Mais nous avons un autre point de vue donné par le jeune homme qui serait intimidé selon lui, par la différence de race qui sépare ces deux êtres. En passant sans cesse d'un point de vue à un autre, nous retrouvons la singularité de l'écriture de Marguerite Duras qui s'inscrit dans le Nouveau Roman. Nous reviendrons sur cette singularité mais nous pouvons déjà dire que ces changements incessants des points de vue qui permettent de passer sans cesse de la pensée d'un personnage à un autre est proche de l'écriture cinématographique. [...]
[...] La gêne du jeune homme, sa timidité sont peut-être de cet ordre car il doit déjà sentir ce qui se noue dans cette rencontre qui rentre dans le cadre de la rencontre amoureuse. Nous pouvons de plus découvrir que l'homme est riche, il est en effet « élégant », sort d'une « limousine » véhicule de luxe par excellence, et il fume une cigarette non ordinaire mais « anglaise ». Les codes sociaux sont encore plus fortement brisés car à la différence de race, s'ajoute celle de l'origine sociale alors même qu'il est précisé que la mère de la jeune femme n'est qu'une institutrice qui n'a pas eu de chance. [...]
[...] L'auteur ne cherche donc pas à embellir le cadre narratif de cette rencontre, ni son cadre spatial et temporel réduit à son strict minimum. Les deux personnages se décrivent l'un l'autre, chacun à leur tour grâce à l'écriture unique de Marguerite Duras, en des termes mélioratifs. La jeune femme trouve l'homme « élégant ». Quant au jeune homme, il trouve la jeune femme belle, « elle est si jolie » ; il lui dit même « qu'il croit rêver » avant. Ce passage nous fait penser au topos de la rencontre amoureuse dans les contes de fées. [...]
[...] Elle pourrait détourner son regard mais non elle l'examine fumer sa cigarette anglaise, tout comme le jeune homme va observer de son côté la jeune femme jusqu'à repérer son chapeau d'homme et ses « chaussures d'or ». La jeune femme porte un chapeau d'homme ce qui casse le code vestimentaire pour une femme de cette époque. L'homme souligne que celui-ci « lui va bien, même très bien même, que c'est?original? ». Les trois points de suspension témoignent bien de la surprise qui a pu être celle de ce jeune homme face à cette femme qui porte un tel chapeau mais aussi de son admiration et de son attirance pour la jeune femme. [...]
[...] C'est seulement dans cette perspective que nous pouvons dire que Marguerite Duras essaie de se rapprocher du topos habituel de la rencontre amoureuse. Nous pouvons parler d'une véritable vision de la part du jeune homme au travers des nombreux termes employés et pensés par cet homme : « c'est tout à fait extraordinaire », élément répété qui montre bien l'étonnement du jeune homme, « c'est très inattendu ». Nous avons donc un ensemble de termes hyperboliques. Et puis, « il croit rêver » surtout qu'il s'agit « d'une jeune fille belle comme elle l'est ». [...]
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