Stendhal, ironie, La Chartreuse de Parme, bonheur, rêverie romantique, prison, réel, analyse grammaticale, narrateur
Dès le début du roman La Chartreuse de Parme, écrit par Stendhal en 1839, la prison semble servir de préfiguration à la quête du bonheur de Fabrice. Dès son premier emprisonnement, lors de la bataille de Waterloo, il rencontre la belle Flamande, femme du geôlier, dans la prison de B***. Ce lieu d'enfermement, marque du gouvernement despotique établi, est un véritable motif dans le roman. Il semble paradoxalement être un espace où une forme de bonheur naît pour le personnage.
C'est précisément tout l'enjeu du passage retenu, situé au début du chapitre XVIII, où, après avoir fui de nombreuses fois de prison, il est emprisonné pour le meurtre de Giletti, amant de la petite Marietta et rival de Fabrice. Après une longue description de la prison, notre extrait commence lorsque Fabrice entre dans sa chambre.
[...] Elle met en place un dispositif optique, dans lequel Fabrice ne voit plus qu'à travers elle. L'extrait superpose deux voix : celle du narrateur, qui propose une description du dispositif scénique, et celle du héros, qui s'abandonne à la rêverie dans sa cellules. Un paradoxe se soulève dans ce texte : celui de la prison heureuse. Naît, dans cette cellule, un rapport romantique entre le « moi » de Fabrice et le monde, par l'observation de ce dernier qui jette une vision différente sur le lieu. Stendhal laisse place à une prose plus poétique. [...]
[...] On peut établir un parallèle avec l'épisode de la bataille de Waterloo, au chapitre III : Fabrice, au départ pris d'élans romanesques et héroïques, est tout troublé par la réalité de la situation et ne prend guère part aux combats, ce qui pousse le narrateur à tenir le propos célèbre « notre héros était fort peu héros en ce moment ». Dans les deux cas, le narrateur stendhalien s'amuse à démystifier l'héroïsme de Fabrice, le tout à l'aide d'une profondeur ironique qui parcourt tout le roman. [...]
[...] Ce rapprochement que le lecteur doit saisir implicitement laisse entendre que Fabrice se prend pour Casanova, du moins pour un grand héros, et que cet emprisonnement n'est pas qu'une péripétie pour lui. En effet, depuis le début de La Chartreuse de Parme, il se voit, s'imagine et se pense comme un homme héroïque. En revanche, ce que Casanova perçoit comme la misère de la solitude, Stendhal le renverse pour en faire un sujet de distraction : tout le passage transforme l'emprisonnement en une grande aventure romanesque et romantique, comme si Fabrice prenait conscience du monde dans une grande rêverie contemplative, alors qu'il s'agit simplement d'une distraction, visant à occuper le temps long et solitaire du prisonnier dans sa cellule. [...]
[...] S'opère un changement de point de vue entre celui du narrateur et celui de Fabrice, ce dernier est exalté, car en proie à une rêverie qui s'inscrit totalement en rupture avec la description supposément objective. Le point de vue de Fabrice est directement suggéré par l'intervention du discours direct libre au cours du passage : les propos, tenus à la première personne du singulier (« je »), sont expressifs ; en effet, on peut relever une exclamative, avec un présentatif (« c'est donc dans ce monde ravissant que vit Clélia Conti ») dénotant l'attitude pleine d'admiration du personnage rêveur. [...]
[...] Le rapport au monde est transformé : il se caractérise par l'émerveillement, mettant en lumière la naïveté de Fabrice face à la belle nature. Les seules actions de Fabrice sont semblables à celles d'un enfant, car elles sont connotées par les verbes « s'écria », « il courut », il « s'amusait ». Les yeux de Fabrice sont sujets de la phrase dans « les yeux de Fabrice furent attirés ». Cette synecdoque montre d'emblée que le monde extérieur l'investit. Il a l'impression d'un spectacle. Il regarde la nature, les « montagnes », « oiseaux », « le crépuscule », « l'horizon », « la chaîne des Alpes », renvoyant aux montages devant lui. La nature agit à sa place. [...]
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