Les Regrets, Du Bellay, poème, littérature française, lyrisme, sonnet, exil, temps, romantisme, nostalgie
Du Bellay, poète de la Renaissance, se réappropriera la dixième élégie du cinquième livre d'Ovide. Ironiquement, c'est ici Rome que le poète cherche à fuir. Plus que tout, il désire retourner en France. Alors qu'il qualifiait ses sonnets de « papiers journaux » dès le début de son célèbre recueil Les Regrets, la réécriture d'un poème antique dans son sonnet 36 atteste de son érudition et du caractère sérieux de ses écrits.
Dans ce poème adressé à un ami, Morel, le rapport subjectif au temps parcourt toutes les strophes. Le désir de retrouver la patrie se heurte aux années passées à Rome, qui s'écoulent lentement, et semblent, progressivement, aliéner le poète.
[...] A nouveau, le poète fait face à une nature grandiose qui le malmène. Dans le texte original, Ovide évoquait seulement le « solstice » et « l'hiver ». Du Bellay confère à son poème une dimension plus dramatique, fatale. L'ensemble du poème repose sur l'emphase. Quant à l'opposition « jours » et « nuits » vers 11, ce parallélisme antithétique crée l'hermétisme, l'idée que tout se confond dans la lutte contre le temps. Cette dualité lyrique est reprise mainte fois, notamment dans la poésie romantique trois siècles plus tard dans le célèbre poème « Demain dès l'aube » de Victor Hugo, (« et le jour sera pour moi comme la nuit »), pour symboliser le deuil, le conflit avec l'univers face à la perte de l'être cher. [...]
[...] Ces interpellations attestent d'une focalisation interne, qui par la subjectivité, confère à la plainte une dimension personnelle. On constate à nouveau que le sonnet oscille entre expérience intime, et généralisation d'un sentiment, topos récurent dans la poésie lyrique : la perte de l'être, la chose, le lieu aimé. La nostalgie ubi sunt est elle-même caractéristique de l'universalisation d'un sentiment a priori privé. Le sizain est caractérisé par un changement de ton, du rêve au désespoir, porté par une scène de catabase, motif récurent des épopées Antiques, traitant de la descente aux Enfers du héros. [...]
[...] Il déploie une rhétorique élégiaque en deux temps : d'abord, il expose les conditions de son exil et sa volonté presque utopique d'y échapper ; ensuite, le je lyrique se met en scène sombrant dans une mécanique infernale, conduisant à une résignation tragique. Le sonnet tout entier est parcouru par une dialectique entre l'aliénation exercée par le monde sur le poète et la distorsion subjective du temps. Cette parole élégiaque, érudite et maîtrisée) partir du modèle Ovidien, achève la partie plaintive des Regrets. Elle prépare le lecteur à la démarche satirique qui suivra, où Rome sera représentée comme une force corruptrice et machiavélique, en contraste avec la France louée. [...]
[...] Le modalisateur « me semble » vers témoigne toujours d'une perception subjective du temps, mais aussi de l'espace, car le verbe attributif renvoie au ciel. L'anadiplose « si morne » entre les vers 9 et 10 imite à nouveau l'aspect cyclique du sonnet. Remarquons que tout ce qui est de l'ordre de la répétition y participe, qu'elle soit syntaxique (parallélisme, chiasme, anadiplose) ou phonétique (assonances, allitérations, rimes embrassées). De plus, les quatre adverbes intensifs « si » (« si lent », « si morne », « si pesant ») font réellement sentir la monotonie, mais aussi l'angoisse que suscite ce ciel lourd et décoloré. [...]
[...] Les Regrets, Sonnet 36 - Joachim du Bellay (1558) - Comment l'auteur transforme-t-il une plainte intime, expriméée sous la forme d'une épître familière, en une méditation universelle sur le temps et l'exil ? « Mais où sont les neiges d'antan ? ». Voilà l'un des plus célèbres vers de la poésie Française, que l'on doit à un écrivain du XVe siècle, précurseur de la Renaissance, François Villon, et sa Ballade des dames du temps jadis. En ces huit pieds tiennent le grand thème de la nostalgie d'un temps révolu. [...]
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