Louis-Sébastien Mercier, Rétif de La Bretonne, Tableau de Paris, Les Nuits de Paris, cris de Paris, paysage sonore, étude urbaine, oeuvre musicale, littérature française, XVIIIe siècle, BNF Bibliothèque Nationale de France, sociologie urbaine, anthropologie urbaine, sonorités, bruits, voix, Paris
Depuis les travaux pionniers sur Tableau de Paris, la critique a majoritairement insisté sur l'observation sociale et l'approche quasi anthropologique de Mercier. Mais une lecture attentive laisse entendre, littéralement, une dimension sonore beaucoup plus présente qu'on ne le supposait d'abord.
La critique retifienne s'est longtemps focalisée sur les aspects moraux ou libertins des Nuits de Paris. Mais une relecture attentive, guidée par les travaux récents d'Hélène Cussac (2021), permet de poser un autre cadre : celui du son nocturne. Rétif, en tant que spectateur nocturne autoproclamé, n'écrit pas la ville : il l'écoute. Il guette les bruits, les silences et échos. Il fait du paysage urbain une matière dramatique où les sons deviennent événements.
[...] Le texte de Mercier écoute Paris pour mieux le reconfigurer. On remarque alors que chez Mercier, la rue est sonore d'abord parce qu'elle est habitée par les « reconstitués », ces figures mobiles que sont les marchands ambulants, les cochers, les porteurs. Ils crient, bougent, appellent, et ce vacarme, loin d'être chaotique, dessine les frontières d'un Paris populaire. Le cri devient alors forme d'expression politique, à peine voilée. Garrioch l'affirme nettement : « le paysage sonore constitue un système sémiotique » (Garrioch p. [...]
[...] Ce que montrent les études évoquées jusqu'ici, c'est que Mercier et Rétif partagent un même geste : celui de rendre Paris audible. Comme le rappelle Schafer, « le paysage sonore est un champ perceptif » (Schafer p. 4). Et dans les deux cas, il s'agit bien de percevoir mais par l'oreille. Mercier écoute pour comprendre, pour classer. Il reconstruit une ville sociale à partir des sons. Là où Rétif, lui, écoute pour sentir, pour suggérer. Il transforme la rue en expérience affective. [...]
[...] « Visuality in Pre-revolutionary Paris : Examining Louis- Sébastien Mercier's Tableau de Paris », International Journal of Arts, Humanities & Social Science, vol n°10, p. 12-20. Rétif de la Bretonne, Nicolas-Edme (1788-1794). Les Nuits de Paris ou le Spectateur nocturne. Paris, Veuve Duchesne. Schafer, R. Murray (1977). The Tuning of the World. Toronto, McClelland and Stewart. Turner, Peter (2019). « Cris nouveaux: The Soundscape of Paris in Mercier's Tableau de Paris and Le Nouveau Paris », Early Modern French Studies, vol n°1, p. 91-107. [...]
[...] Une histoire de l'écoute comme histoire politique. Dès lors, les reconstitués ne sont plus seulement des personnages secondaires. Ils deviennent les médiateurs d'une ville qui s'écoute elle-même. Par eux, les auteurs transmettent une densité urbaine qui ne passe pas par le regard. Ce sont eux qui « portent » les cris, qui les font circuler. On pourrait même dire : qui donnent forme à une mémoire acoustique du Paris prérévolutionnaire. Difficile alors de trancher. La rue n'est ni tout à fait réelle ni entièrement fictive. [...]
[...] Les reconstitués et les rues sonores de Paris dans Tableau de Paris de Louis-Sébastien Mercier et Les Nuits de Paris de Restif de la Bretonne Revue de littérature : les reconstitués et les rues sonores de Paris dans Tableau de Paris de Mercier et Les Nuits de Paris de Rétif 1. La rue auditive chez Mercier : une écoute sociale structurante Depuis les travaux pionniers sur Tableau de Paris, la critique a majoritairement insisté sur l'observation sociale et l'approche quasi anthropologique de Mercier. [...]
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