Communication, vieillissement, dépendance, soignant, vulnérabilité, revue de littérature, personne âgée, ISFI Institut de Formation aux Soins Infirmiers, EHPAD Établissement d'Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes, situation d'étonnement
Ma situation d'étonnement s'est déroulée en mars, lors de mon stage en EHPAD (Établissement d'Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes) du semestre quatre.
Cet établissement peut accueillir cinquante-six résidents, et la grande majorité des soignants qui y travaillent sont des femmes. Mme M., 80 ans, était une résidente de l'EHPAD depuis environ cinq ans. Elle était atteinte d'un cancer du foie depuis quelques mois, et en est décédée au mois de mai dernier. La volonté de sa fille était de ne pas mettre au courant sa mère de son état de santé, afin de ne pas l'inquiéter.
Cette situation se déroule lors de ma première semaine. La résidente était alors en fin de vie et toute l'équipe soignante en était informée. Il était prévu que l'équipe mobile de soins palliatifs (EMSP) vienne la voir d'ici quelques semaines afin de mettre en place un traitement antalgique adapté. Un matin, j'étais avec une aide-soignante (AS) qui m'a proposé de rester avec elle pour la douche de Mme M., en tant qu'observatrice. Pendant tout le soin, elle l'a appelée « mon chat », ayant recours à un ton enfantin. De plus, quand elle s'adressait à Mme M., elle utilisait un rythme plus lent, une intonation exagérée en fin de phrases, un volume plus fort ainsi qu'un vocabulaire simplifié ; elle utilisait aussi le pronom personnel indéfini « on » (« on va à la douche ») et avait fait le choix du tutoiement. Mme M. paraissait indifférente à la façon dont l'AS lui parlait, elle donnait le sentiment d'être lointaine comme absente du soin. De manière générale, c'était une résidente qui communiquait peu avec les soignants. Cependant, si on s'intéressait à elle, elle était en mesure de parler de son passé, car elle n'avait aucun problème de compréhension ni d'élocution. L'aide-soignante, elle, paraissait distante et n'avait pas de réelle discussion avec la résidente, hormis le fait de lui poser des questions basiques, telles que demander si elle allait bien, ou encore si l'eau était à une bonne température...
Cette façon de communiquer n'était pas seulement liée à cette situation précise ; elle se reproduit quotidiennement dans ce service. Les soignants utilisent des surnoms, comme « mon chat » ou « mon petit », tout en tutoyant et en utilisant un langage infantilisant ; langage d'ailleurs particulièrement réservé aux personnes vulnérables, que sont les personnes dépendantes, en fin de vie ou ayant une démence.
Je me pose donc la question suivante : « Pourquoi les soignants communiquent de façon infantilisante avec les résidents vulnérables ? »
[...] Attend je vais changer d'endroit » (IDE change de pièce car du bruit derrière elle) IDE 2 : Vas-y c'est bon [court silence] Moi : Ouai donc, vous disiez que c'est une personne qui a une vie derrière elle, c'est ça ? IDE 2 : Oui voilà, qui a un passé, qui a un vécu [heuuu] Voilà qui a plus ou moins [heuuuu] de pathologies , enfin y a des personnes âgées qui n'ont pas forcément de pathologies mais [heuuu] voilà avec un corps vieillissant ? [petit rire] Moi : D'accord ? [silence] Et pour vous, quels sont selon vous leurs besoins ? [...]
[...] [heuuu] Quand elle s'installe, c'est tant mieux, quand elle s'installe pas [heuuu] la prise en charge du coup est très compliquée, donc [heuuuu] faut se poser la bonne question quoi ? est-ce que ça vient du résident parce qu'il y a des résident qui sont très renfermés, qui ont vécu tous seul à domicile donc est-ce que c'est eux qui ont pas envie, ont pas besoins de communiquer, voilà qu'ils sont pas très doué aussi de leur côté pour communiquer avec nous c'est possible, ou est-ce que ça vient de nous quoi ? [...]
[...] Bon ça c'est les bases, vous vous en doutez ? » (téléphone qui bipe à plusieurs reprises) IDE 1 : « ? Mais siii, on est très fatigués ou qu'on est dans un contexte un peu particulier, comme l'épidémie, le confinement, tous ce genre de choses, baaah le personnel est stressé, mes résidents sont stressés . du coup faut être très vigilant sur la communication, parce que çaaaa [heuuu] ça, ça va déraper. Là on est au début mais j'pense queeee Moi : ? ha oui là, je pense queee ? IDE 1 : c'est déjà lourd, là pour nous ? Moi : ? [...]
[...] La majorité des articles que j'ai lus portent sur les personnes âgées résidant en EHPAD, ce qui m'a amenée à vouloir questionner des infirmier.e.s travaillant en EHPAD. 3 Phase exploratoire 3.1 Outil et lieu d'enquête Afin de répondre à ma question initiale et de pouvoir vérifier les données théoriques que j'ai trouvées avec les différents textes, j'ai réalisé trois entretiens auprès d'infirmières travaillant en EHPAD car elles sont quotidiennement au contact de personnes âgées. Mes trois entretiens, d'une durée de seize à vingt-cinq minutes, se sont déroulés au mois de mars 2020 pendant la pandémie du Covid-19. [...]
[...] » (IDE tout ceci peut rendre la communication plus compliquée, cependant, comme le dit l'IDE même en l'absence de parole, il y a toujours une communication qui peut se faire, avec le regard par exemple. Les IDE 1 et 3 expliquent qu'il existe des formations, des stages sur la communication et la bien traitance qui permettent de donner des clés. Pour l'IDE plus on est formé et meilleure en sera la communication. L'IDE 3 va aller plus loin que les deux autres infirmières en disant que le soignant doit avoir la volonté pour communiquer et que l'on n'est pas tous égaux face à cela : « y en a qui sont pas doués donc après je pense que c'est important quand juste t'es pas fait pour ça de ? [...]
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