Pétition des Agni, Cote d'Ivoire, colonisation, traité de Protectorat, Afrique, contestation, exploitation coloniale, droits des peuples, administration coloniale, codes de la discipline, répression, Première guerre mondiale, recrutement militaire, inégalités, indépendance, Empire Français, Royaume-Uni, histoire coloniale, Gold Coast britannique, abus de droit, revendications, indigènes, administration britannique, codes coloniaux, politique économique, droit à la dignité, travail forcé, citoyenneté française, affranchissement, colonialisme, souveraineté, ressources naturelles, géopolitique, démographie, fracture sociale, résistance, réfugiés de Côte-d'Ivoire
Je vais aujourd'hui vous présenter un document qui, à mon avis, présente un intérêt majeur pour comprendre l'histoire coloniale de la France en Afrique. Il s'agit d'une pétition, c'est-à-dire d'un texte signé par des réfugiés Agnis qui, par l'intermédiaire de 12 de leurs chefs, a été remise au gouverneur britannique de la Gold Coast, l'actuel Ghana, en 1917.
J'ai donc choisi, à partir de plusieurs éléments présents dans le texte, de m'intéresser à cette situation qui est celle de la Cote d'Ivoire française en 1917, et de démontrer, notamment à travers cette pétition, pourquoi, dès le début du XXe siècle, la perception des injustices de la colonisation peut représenter l'embryon de la contestation qui, bien plus tard, amènera à la recherche de l'indépendance.
[...] Un ressenti de déclin face au passé Les colons se croyaient supérieurs il y a un siècle parce que selon eux, les peuples locaux n'avaient pas vraiment d'histoire et d'organisation. Le texte prouve que si, mais que cette histoire est niée : « leurs propres sujets ont pu voir dans cet appareil d'abjection, les héritiers de leurs anciens Rois. » Il y a bien eu des rois en Afrique, mais leur statut n'existe tout simplement plus puisqu'ils sont traités aussi mal que les autres. [...]
[...] Et ce d'autant plus que le système colonial, si nous ne sommes pas encore à l'heure des revendications d'indépendance, est déjà très critiqué au local pour n'avoir pas respecté, surtout en Afrique de l'ouest, les engagements qui avaient été pris : une colonisation basée sur la protection et non sur l'exploitation, un respect et un maintien des chefs locaux qui ne s'est pas fait. Les chefs déclarent : « Nous n'entendons pas, Excellence, demander au gouvernement Anglais, parce que ce serait incorrect de notre part, de se mêler de nos difficultés. » Cette phrase montre bien un certain respect des Agnis envers la puissance coloniale. En même temps, les Agnis disent que ce serait incorrect, pas que ce serait injustifié. Nous pouvons donc nous interroger sur la finalité de ce document : pourquoi alerter les Anglais ? [...]
[...] Je pense donc que ce n'est pas surprenant si l'évocation de ce passé est source de nostalgie : les Agnis se sentent dans une situation de déclin, ils ont l'impression d'avoir perdu le statut de royaume avec la fierté qui va avec qu'ils avaient reçu de leurs ancêtres. Des éléments de comparaison défavorables Enfin, un aspect particulièrement intéressant est celui de la comparaison des Agnis avec d'autres peuples colonisés. Les Agnis parlent de ces autres peuples que la France « a dans certains pays affranchis et même élevés à la dignité de citoyens ». [...]
[...] Nous devons voir que dans le texte les Agnis ne demandent à aucun moment d'en être dispensés, ils sont d'accord pour se battre - disons que les colons les ont convaincus de la légitimité. Par contre, ils trouvent inacceptable que malgré cette contribution humaine, le même sentiment d'inégalité et d'injustice se reflète : ils mentionnent avoir été « brutalisés, violentés », et cætera. Les codes de la discipline imposés par la guerre à l'européenne peuvent peut-être l'expliquer en partie, mais il y a aussi le fait que les Africains soient sans doute plus facilement les boucs émissaires de l'armée, donc sanctionnés d'une manière ou d'une autre. [...]
[...] A mon avis, il est très improbable que les Agnis veuillent changer de colonisateur : en 1917, ce n'est plus à l'ordre du jour entre la France et le Royaume Uni devenus alliés de se disputer ce qu'ils ont déjà. Je pense plutôt qu'ils veulent mettre la pression sur la France pour qu'elle fasse des changements dans son organisation coloniale. D'ailleurs, peut-être que les Anglais, qui savent l'importance des contingents indigènes pour la guerre qu'ils mènent ensemble, pourraient en parler à leurs alliés, mais le plus probable serait que les Français se questionnent d'eux-mêmes. [...]
Source aux normes APA
Pour votre bibliographieLecture en ligne
avec notre liseuse dédiée !Contenu vérifié
par notre comité de lecture