Crise de l'éducation, système éducatif, inégalités sociales, autonomie, méritocratie, instruction, enseignement supérieur, égalité des chances, réussite universitaire, Hannah Arendt, réussite professionnelle, adaptation sociale, clientélisme, laxisme, société hiérarchique, mobilité sociale, Éducation nationale, Rousseau, accès à l'enseignement, La Crise de la culture, savoir, facteurs sociologiques, Émile ou De l'éducation, compétitivité, apprentissage, classe sociale
Le système méritocratique de l'Éducation nationale, issu de l'instruction primaire pour tous instaurée sous la troisième République, et qui prévaut aujourd'hui encore en France, se porte garant d'une prétendue égalité des chances de réussite, aussi bien universitaire que professionnelle, indépendamment des milieux socioprofessionnels dont les étudiants sont issus. Force est de constater qu'aujourd'hui, l'effectivité d'une telle égalité fait débat (...).
En ce sens, il semble légitime de se demander si nous assistons à une crise de l'éducation, entendue tout d'abord comme une discordance entre ce que l'éducation promet et ce qu'elle permet effectivement, une paralysie de l'efficacité d'un système méritocratique qui ne parvient pas à réaliser ce qui est son objet.
[...] Y a-t-il une crise de l'éducation ? Le système méritocratique de l'Éducation Nationale, issu de l'instruction primaire pour tous instaurée sous la troisième République, et qui prévaut aujourd'hui encore en France, se porte garant d'une prétendue égalité des chances de réussite, aussi bien universitaire que professionnelle, indépendamment des milieux socio-professionnels dont les étudiants sont issus. Force est de constater qu'aujourd'hui l'effectivité d'une telle égalité fait débat, et si les universités et l'enseignement qu'elles délivrent sont effectivement publics et ouverts à tous, cet accès massif des Français aux études supérieures est régulièrement remis en question quant à son efficacité d'un point de vue méritocratique. [...]
[...] Ainsi des jeunes diplômés, sont régulièrement contraints d'accepter des postes qu'ils vivent comme un déclassement (qu'on peut rapprocher de celui que montrait Rousseau dans l'Émile), eu égard à leur diplôme et au nombre d'années qu'ils ont consacrées à leurs études. Faut-il alors considérer qu'il y a bien une crise de l'éducation, entendue comme une conséquence d'une immersion mal calibrée du politique dans de domaine de l'éducation ? L'analyse de Hannah Arendt dans « La crise de l'éducation » (La crise de la culture), puisqu'elle y estime que « nous devons fermement séparer le domaine de l'éducation des autres domaines, et surtout celui de la vie politique et publique ». [...]
[...] Cela permet de comprendre l'un des chefs d'accusation portés à l'encontre de notre système éducatif actuel : les changements successifs des programmes scolaires et des manières d'enseigner, pensés en vue d'une subordination de l'école aux attentes d'un monde régi par les règles du libre marché, c'est-à-dire de la compétitivité. La modernisation, la professionnalisation de l'apprentissage, en sont autant d'exemples. Comment penser alors cette « crise » de l'éducation, dans sa relation avec un système politique auquel elle est, d'une certaine manière, subordonnée ? Ici encore, on peut nourrir la réflexion d'une lecture de l'Émile et du Contrat social. [...]
[...] Un autre phénomène, étroitement lié au premier, vient renforcer ce sentiment d'une crise de l'éducation. Il s'agit de l'évolution progressive et discrète, opérée par nos gouvernements successifs, des programmes scolaires et des modalités de l'enseignement public, vers une compréhension plus libérale de l'école et de son rôle économique, en accord avec les principes économiques compétitifs du monde dans lequel nous vivons. La notion de crise permet de penser un une phase grave, préoccupante, dans l'évolution d'un organisme ou d'une institution, ce qui est éclairant dans ce contexte. [...]
[...] Éduquer un homme, selon Rousseau, ce doit être lui apprendre à être un homme en tant que tel, et non pas un homme de tel ou tel rang social : car dans une société changeante, il faut pouvoir s'adapter. Or, un vice de la société politique moderne est, selon Rousseau, le mépris social pour les métiers les plus nobles (l'artisanat et les métiers agricoles), qui se trouvent être également ceux qui permettent à l'homme d'être le plus indépendant possible, et en outre, le plus à l'abri d'un déclassement social. On pourrait étendre cette réflexion pour éclairer la manière dont la crise de l'éducation est décrite aujourd'hui, comme une forme d'inégalité des chances. [...]
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