Francis Ponge, poésie, orange, éponge, description sensorielle, métaphore, symbolisme, réflexion sur le langage, Le Parti pris des choses, L'Orange, langage
Francis Ponge publie Le Parti pris des choses en 1942, recueil dans lequel il choisit de se détourner du lyrisme traditionnel pour s'attacher aux objets du quotidien. Il les soumet à une description minutieuse pour découvrir, sous la surface familière, une singularité. « L'orange » s'inscrit dans ce projet.
[...] Le Parti pris des choses, L'Orange - Francis Ponge (1942) - Comment Ponge transforme-t-il le fruit banal en un sujet complexe et vivant, tout en faisant de cette exploration sensible une réflexion sur le langage ? Francis Ponge publie Le Parti pris des choses en 1942, recueil dans lequel il choisit de se détourner du lyrisme traditionnel pour s'attacher aux objets du quotidien. Il les soumet à une description minutieuse pour découvrir, sous la surface familière, une singularité. « L'orange » s'inscrit dans ce projet : fruit banal, il devient sous la plume de Ponge le sujet d'une poésie sensorielle qui met à l'épreuve les ressources du langage. [...]
[...] Ce vert intérieur est significatif puisqu'il évoque la germination et la vie. Ponge oppose ensuite l'abondance sensorielle de l'orange, « l'explosion sensationnelle de la lanterne vénitienne de saveurs, couleurs, et parfums » (l. 23-24) à la sobriété du pépin. La métaphore de la « lanterne vénitienne » évoque la fête, la couleur, la légèreté. Cependant, cette splendeur est désignée au passé comme quelque chose qui appartient déjà au fruit consommé. Le pépin, lui, incarne « la dureté relative et la verdeur du bois, de la branche, de la feuille » (l. [...]
[...] Les mots semblent n'être jamais tout à fait adéquats aux choses, mais le poète continue néanmoins de chercher cette adéquation. Le fruit est d'abord appréhendé dans sa globalité : « tendre, fragile et rose ballon ovale » (l. 17). L'accumulation des trois adjectifs avant le substantif crée un effet de délicatesse. L'image du « ballon » est simple, plus enfantine, restitue fidèlement la forme sphérique et légère du fruit. Puis la description se resserre vers l'épiderme : « extrêmement mince mais très pigmenté, acerbement sapide » (l. [...]
[...] Il y est perçu comme si complexe que les mots ne suffisent pas à rendre compte de toutes ses spécificités. Ce qui a été dit jusqu'ici n'est annoncé que comme un début. L'adverbe « assez » marque un refus de la facilité, une exigence de rigueur caractéristique de la démarche de Ponge dans Le Parti pris des choses. Il déplace alors l'attention vers une dimension sensorielle du fruit en insistant d'abord sur « la coloration glorieuse du liquide » (l.12). [...]
[...] Le passage le plus original de ce poème porte sur la correspondance entre prononciation et sensation : le jus « oblige le larynx à s'ouvrir largement pour la prononciation du mot comme pour l'ingestion du liquide » (l. 13-15). Dire « orange », c'est ainsi goûter le mot. L'idée fait du langage un prolongement de l'expérience physique. Le lecteur peut-être tenté de vérifier lui-même l'observation faite par Ponge, ce qui confère au poème une dimension plus concrète. Le quatrième paragraphe prolonge la description vers l'aspect extérieur du fruit. L'hésitation avouée « l'on demeure au reste sans paroles pour avouer l'admiration » (l. 16) montre toute l'insuffisance du langage tout en continuant de décrire. [...]
Source aux normes APA
Pour votre bibliographieLecture en ligne
avec notre liseuse dédiée !Contenu vérifié
par notre comité de lecture