Servir les riches, Alizée Delpierre, services domestiques, richesse, classe sociale, ascension sociale, motivations salariales, motivation du personnel, violences systémiques, discrimination, préjugés, racisme, conditions de travail, Marcel Mauss
Alizée Delpierre, docteure en sociologie, est spécialiste des rapports de domination et des inégalités, ainsi que des questions liées à la domesticité, notamment chez les classes supérieures très fortunées. [...]
Dans cet ouvrage, Alizée Delpierre conduit une enquête immersive de plusieurs années, s'appuyant à la fois sur des entretiens menés du côté des domestiques et des grandes fortunes, et sur des observations, puisqu'elle a pris les rôles d'aide-ménagère et de « nanny », qui lui ont permis d'accéder au plus près aux dynamiques internes en jeu.
[...] Les avantages d'accéder sont multiples, une rémunération équivalente à celle d'un cadre moyen soit entre 2500 et 3500 par mois, avoir des avantages en nature tels que l'accès à un logement prêté par la famille, vivre par procuration cette richesse et vivre dans le bon goût. Mais c'est avant tout « l'abondance et la diversité des gains économiques potentiels » qui motive ces personnes à rejoindre ces milieux avec la possibilité à terme d'avoir une carrière attractive grâce à l'acquisition d'un réseau entretenu dans l'exercice de leur actuel fonction. Par exemple, l'une des domestiques interrogés Fatou gagne actuellement 5600 euros hors primes, et envisage à termes de devenir gouvernante à la tête d'une équipe de 9 domestiques. [...]
[...] Elle retranscrit dans ces deux phrases ce qu'elle a cerné des discours de ces ultra-riches selon le mode d'acquisition de leur richesse : « les multimillionnaires que j'ai rencontrés n'envisagent pas leur vie sans domestiques. Les aristocrates érigent l'emploi de domestiques au rang de culture, et les nouvelles fortunes le présentent comme un service bien mérité et indispensable. »1. Elle indique que pour les riches se faire servir relève d'un besoin et non d'un confort. Elle met d'ailleurs en exergue que l'utilisation du mot « besoin » dans leurs discours interpelle. [...]
[...] Alizée Delpierre, Servir les riches. Les domestiques chez les grandes fortunes. Lectures. [...]
[...] Cela se manifeste tout d'abord au moment de leur recrutement, le recrutement des domestiques ne se fait absolument pas de manière égalitaire et transparente. Pour pouvoir accéder à ses milieux, il est nécessaire d'intégrer ce réseau par l'intermédiation de personnes qui recommandent les futurs domestiques. Aussi, Alizée Delpierre démontre comment les mécanismes de recrutement sont discriminatoires et basés sur des préjugés racistes. Par exemple, les femmes arabes sont vues comme de « bonnes cuisinières », comme aux femmes « ivoiriennes », elles sont vues comme de bonnes nounous3. Dans son chapitre 4 intitulé « des corps au travail », Alizée Delpierre observe donc le travail quotidien des domestiques. [...]
[...] La doctorante en sociologie, qui a analysé l'ouvrage, indique dans son article : « La flexibilité demandée est justifiée par le caractère « familial » des relations de travail, alimentant la représentation d'une domesticité « fondée sur le don et non pas sur une logique comptable ». Dès lors, ces justifications sont presque imposées aux domestiques qui ne peuvent qu'accepter estimant qu'elles sont chanceuses de travailler dans ce milieu et sont donc une nouvelle fois soumises à une violence qui reste ainsi symbolique, puisque non affichée mais pourtant latente. Bibliographie Delpierre, A. (2022). Servir les riches : Les domestiques chez les grandes fortunes. La Découverte. https ://doi.org/10.3917/dec.delpi.2022.01 Kayser, L. (2022). [...]
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