Interdit vénitien, Venise, Église catholique, République de Venise, Paul V, mythe politique, rupture confessionnelle, théologie politique, catholicisme, chrétienté, Rome, État, religion, politique, diplomatie, liberté, gouvernement, souveraineté, modernité, papauté, République
L'histoire médiévale [...] représente l'héritage antique et incarnera pendant dix siècles à travers le conflit théologico-politique une transition vers la renaissance. C'est dans cette perspective que De Franceschi (2009) analyse l'Interdit vénitien comme l'un des épisodes où s'affrontent la raison d'État, soucieuse de préserver la souveraineté temporelle des princes, et la raison d'Église, attachée à défendre la suprématie spirituelle du pontife. L'Interdit vénitien, prononcé par Paul V en 1606, surgit dans cette trame complexe. Il ne s'agit pas seulement d'une querelle juridique entre la République de Venise et le Saint-Siège. C'est un moment où l'on voit une cité, fière de sa liberté, affirmer sa souveraineté contre le pouvoir pontifical, au point de se trouver, littéralement, frappée d'excommunication générale. Et donc, malgré tout, un épisode qui, en même temps qu'il fascine, inquiète par ce qu'il révèle de possibles fractures dans l'unité de la chrétienté.
[...] À travers l'Europe, l'espoir se cristallise autour de l'idée d'une « nouvelle Genève ». L'activité diplomatique est intense : l'Angleterre, par le biais de son ambassadeur Wotton, suit de près les événements ; les princes protestants allemands, comme Christian von Anhalt, envisagent déjà alliances et confédérations. Duplessis-Mornay envoie même le théologien Jean Diodati à Venise avec pour mission d'y distribuer le Nouveau Testament en italien et de sonder les esprits (Denis p. 413). Cette entreprise est aussi politique que religieuse. [...]
[...] La République de Venise (1608-1610) : L'espoir et l'illusion d'une nouvelle Genève. Albineana, Cahiers d'Aubigné 409-422. https://doi.org/10.3406/albin.2006.1071 De Franceschi, S.-H. (2009). Raison d'État et raison d'Église : La France et l'Interdit vénitien (1606-1607). Aspects diplomatiques et doctrinaux. Paris : Honoré Champion. Foucault, D. (2010). Sarpi, l'interdit de Venise et la France d'après la correspondance de l'ambassadeur Canaye de Fresne. [...]
[...] Ces actes sont perçus par Paul V comme une atteinte directe à la souveraineté spirituelle du Saint-Siège. La République, de son côté, voit dans les prétentions pontificales une ingérence insupportable dans ses affaires internes. Ainsi, la rupture qui éclatera en 1606 couvait déjà depuis des décennies, nourrie par une tradition gallicane avant la lettre, et une culture politique vénitienne profondément attachée à l'idée de laïcité du pouvoir civil. En somme, ces conflits juridiques annoncent la radicalisation qui surviendra en 1606. [...]
[...] Enfin, il faudra interroger les conséquences de cette crise : échec d'une rupture confessionnelle ou victoire politique vénitienne?? I. Venise avant l'Interdit : mythe d'indépendance et tensions larvées Avant d'entrer dans la crise elle-même, il importe de revenir sur ce qui, en amont, a façonné l'originalité vénitienne. Nous commencerons donc par analyser les fondements idéologiques et politiques qui nourrissent le mythe de la Sérénissime. A. Le mythe politique et religieux de Venise Il est devenu commun, dans l'historiographie moderne, de parler d'un « mythe de Venise » pour désigner l'image d'une République indépendante, stable, modèle de gouvernement mixte et bastion de liberté au sein d'une Italie souvent soumise à des dominations extérieures (Van Hamme, 2017). [...]
[...] L'Interdit vénitien constitue-t-il l'expression d'une rupture confessionnelle profonde d'une architecture religieuse de la chrétienté ou, au contraire, un calcul politique minutieux de la République ? Introduction L'histoire de l'Europe moderne, si l'on entend par là surtout ces XVI? et XVII? siècles souvent qualifiés de « siècles de fer », se déploie sous le signe d'une tension quasi permanente entre les pouvoirs civils et religieux. Il est donc difficile, peut-être même illusoire, d'y tracer une frontière nette et stable, tant les deux sphères semblent, tour à tour, s'imbriquer, se heurter, ou parfois se prêter mutuellement leurs forces. [...]
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