Tatouage, Psychanalyse, pulsion, fantasme, corps, peau, identité, symptôme, psychotraumatismes, Douleur, rite initiatique, modification corporelle, inconscient, conflits internes, tatoueur, Acting out, symbolisme, langage corporel, écriture, passage à l'acte, narcissisme, thérapie, projection, résilience
La pratique du tatouage représente un moyen d'expression à la fois personnel et artistique. Chaque individu marque son corps pour des raisons diverses, car les ressorts symboliques du tatouage sont variés. Il se définit telle une empreinte indélébile sur la peau racontant une histoire liée à des souvenirs, il peut incarner des valeurs personnelles, ou l'appartenance à un groupe, ou encore des évènements marquants de la vie.
À partir de l'entretien avec S.R, jeune homme d'une vingtaine d'années, qui, au travers d'un historiographe, s'est livré sur ses tatouages qu'il a multipliés en l'espace de deux années, au gré des évènements de son existence, nous aborderons la problématique suivante : le tatouage relève-t-il une impossibilité à dire autrement, ou constitue-t-il un processus de symbolisation là où le langage échoue ?
[...] - Reste à intégrer le tatouage réalisé à l'image de soi, période qui peut s'accompagner de fierté comme le mentionne S.R. Pour reprendre D. Anzieu, "le sujet se représente lui-même comme Moi à partir de son expérience de la surface du corps" le tatouage fournit à la conscience une connaissance de l'unité corporelle du sujet. S.R n'hésite pas à parler de ses tatouages comme "une part d'entre moi" Dans ce contexte, l'acte de se faire tatouer, et sa répétition permettraient donc la symbolisation. [...]
[...] C'est un peu con de les faire en noir et justement le fait qu'elles soient en rouge bah ça les faisait ressortir. Et du coup bah j'ai gardé ce truc de rajouter à chaque fois du rouge dans mes tatouages. Juste le jaune, là, c'est une exception' - "On a un grand crâne qui fait la moitié de l'avant-bras, avec des fleurs de sakura qui sortent du coup du crâne" - "C'est un masque Oni qui est fait sous la forme d'un crâne. [...]
[...] La peau a une double fonction, elle enveloppe la personne en la reliant aux autres, ou elle la démarque radicalement en fonction des signes distinctifs utilisés. Ce qui la définit, sa texture, ses cicatrices, ses particularités comme les grains de beauté, crée un individu, et en conserve les traces de l'histoire de chacun. S. Wiener définit le tatouage comme : « la gravure sur la peau d'un symbole imagé. Le tatouage produit une entame dans le corps et l'atteint dans sa substance. Cette atteinte cicatricielle le différencie du dessin sur la peau. [...]
[...] On retrouve donc dans la démarche du tatouage, le caractère de répétition, compulsif du geste, de ce qui peut représenter une blessure : Le tatouage effracte l'enveloppe, il prend place dans la peau incisée et produit, à la suite de la cicatrisation, une nouvelle image en surface. Il y a découpe dans le corps et atteinte dans sa "matière" même, mettant en jeu dans le réel du corps du symbole. L'addiction d'une inscription qui ne dissipe pas. De ce fait, le sujet pourrait alors mobiliser la répétition du geste tatouant comme une recherche graduelle en quête d'élaboration psychique de ce qui ne peut encore se dire. [...]
[...] Selon Olivier Hache, le tatouage met en jeu dans le réel du corps du symbole et une fiction du sujet. Par cette modification corporelle, nous pouvons retrouver les trois dimensions borroméennes Réel, Symbolique, Imaginaire. Conclusion : Le tatouage, échange silencieux entre la psyché et l'encre, assurerait une fonction imaginaire stabilisatrice, voire homéostasique en fonction de l'approche et du vécu de chacun. Le tatouage dans sa symbolique et ses significations implique l'autre, et participe à une quête du Soi, en assurant avant tout une fonction d'individuation. [...]
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