Analyse du sujet : ce sujet peut tout d’abord interpeller. Il peut sembler étrange de s’adresser ainsi à une entité abstraite. On peut également reconnaître une référence à Baudelaire qui déclare dans Les Fleurs du Mal « Sois sage, ô ma douleur » mais il faudra s’interroger si cette référence est particulièrement à creuser ou non, au risque du hors sujet.
Les termes clés revêtent un caractère antithétique : « sage », « violence ». Il semble que le sujet s’adresserait à une violence inhérente, une violence que chacun posséderait en soi.
Problématique : Est-il possible de domestiquer une violence que chacun porterait en soi ?
La violence inhérente à l’être humain
L’homme est intrinsèquement violent
Comme l’explique Sigmund Freud dans Malaise dans la civilisation et en reprenant une citation de Plaute « L’homme est un loup pour l’homme ». Il n’est pas difficile de trouver des exemples d’agressivité, de violence dans l’Histoire. Le XXe siècle avec l’atrocité des deux guerres mondiales n’en est qu’un exemple. Il semble donc logique de pouvoir s’adresser à celle-ci en partant du principe que nous la portons en nous.
On peut choisir de ne pas la maîtriser et de lui laisser libre cours
Le Marquis de Sade est un écrivain qui est allé jusqu’au bout de l’expression de la violence, aussi bien dans ses actes que dans ses écrits. Dans la perspective philosophique et esthétique de cet auteur, l’autre n’est qu’un moyen de satisfaire ses propres pulsions. On a parfois parlé de solipsisme pour décrire l’approche philosophique du sujet sartrien dans la mesure où le sujet ne considère que lui-même dans sa vision du monde.
La violence est comme un « autre » qui ne nous appartient pas, et que l’on peut dès lors interpeller
Le roman de Stevenson Docteur Jekyll and Mister Hyde nous présente un alter ego néfaste d’un être plein de bienveillance. C’est une manière de décrire métaphoriquement le clivage qu’il peut y avoir dans un sujet. Dès lors, on peut tout à fait envisager la violence comme une sorte d’entité que l’on chercherait à maitriser même si, en l’occurrence, cette entité hors de violence qu’est Mister Hyde est hors de contrôle.
- Fiche de lecture de L'Étrange cas du Docteur Jekyll et de Mister Hyde (1886) de Robert Louis Stevenson
Réprimer la violence
Réprimer la violence au risque d’anéantir l’individu
Le roman de Burgess, Orange Mécanique, adapté au cinéma par Stanley Kubrick nous montre des individus animés par une extrême violence complètement gratuite. L’un d’eux va subir une sorte de cure de redressement, notamment sous la forme d’un traitement chimique. Le problème est que le sujet devient effectivement incapable de violence mais au point de devenir un être faible et docile. Est-il donc bon de réprimer complètement la violence d’un sujet au point de le faire devenir veule et incapable de se défendre ?
La répression de la violence individuelle au profit de la violence légitime et étatique
Dans le Léviathan, le philosophe anglais Thomas Hobbes développe l’idée que pour que l’on évolue dans une société sereine, les individus doivent renoncer à leur violence individuelle et à leur tentation de se faire justice eux-mêmes par exemple en laissant l’utilisation de la force seulement à l’État. Cela permet ainsi d’éviter l’escalade et de se conformer à la délétère « loi du talion ».
La répression de la violence finit toujours par surgir d’une autre manière
Le roman adapté en film par David Fincher Fight Club nous montre les risques d’une violence contenue par la société. En effet, dans une société hyper policée, aseptisée, des individus cherchent à évacuer leur mal-être dans une sorte de société secrète où tous les coups, au sens propre, sont permis, et ce jusqu’à clairement menacer leur intégrité physique. C’est donc une manière de montrer qu’il est difficile et dangereux de trop vouloir contenir sa violence intrinsèque.
Apprivoiser sa violence plutôt que la contenir
Transformer sa violence en art
Dans Ainsi parlait Zarathoustra, le philosophe Friedrich Nietzche invite à dépasser l’agressivité et la destruction en les transformant en art. Ce processus rejoint le procédé de sublimation décrit par le psychanalyste Sigmund Freud. C’est une manière de rendre la société plus sereine, d’harmoniser les relations entre les individus.
La violence comme moyen de défense
Dans sa chanson « La Grenade », Clara Luciani invite à envisager les femmes autrement que comme le « sexe faible ». Elle explique qu’il faut sortir de l’idée d’une femme fragile, qui ne saurait se défendre. Bien au contraire, elle est capable d’une certaine force, capable de s’exprimer s’il le faut. Et ce n’est pas pour rien que sa chanson est volontiers reprise pendant les manifestations féministes.
La violence pour s’exprimer dans sa complexité
Dans le film Black Swan, le personnage principal est amené à sonder sa part sombre pour mieux se saisir dans sa complexité dans la mesure où nous ne sommes ni totalement un ange, ni totalement un démon. Et c’est donc, en laissant s’exprimer cette part inexorable de violence que l’on peut s’exprimer complètement et non pas en l’exhortant à être sage.
Conclusion
La violence est inhérente à l’individu. Elle se présente volontiers comme un danger pour soi-même et pour autrui, pour la société. D’aucuns peuvent avoir envie de lui laisser libre cours dans une frénésie narcissique et sadique. On peut également vouloir la réprimer au risque de brimer complètement l’individu. N’est-il pas mieux alors de la domestiquer, de l’apprivoiser, de la sublimer dans des activités artistiques, socialement valorisées ? Et la violence est d’ailleurs un bon moyen de se défendre dans certaines situations.








