Analyse du sujet

Il s’agit dans un premier temps d’analyser les termes clés du sujet. Tout d’abord, qu’est-ce que le « journal intime ». Si nous nous en tenons à la définition donnée par le dictionnaire Larousse, le journal intime se présente comme des « notes journalières sur des événements personnels, des émotions, des sentiments et des réflexions intimes ». Quant au « moi », il est défini ainsi, toujours par le même dictionnaire : « ce qui constitue l'individualité, la personnalité consciente du sujet ».

Problématique

Il s’agit donc de s’interroger sur la relation qui est établie entre le journal intime et le « moi ». Comment le journal intime permet-il de mieux l’appréhender, combien au contraire on peut s’en éloigner ? La problématique pourrait être alors : « Comment le journal intime nous permet de mieux connaître notre « moi » ? »

Exemple de plan

I – Le journal intime, un puissant allié pour connaître le « moi »

1) L’histoire du journal intime

On peut dater le journal intime tel que nous le connaissons du XVIIIe siècle. On peut établir un parallèle entre les aspirations démocratiques et la volonté de tenir un journal. On peut considérer Jean-Jacques Rousseau comme un pionnier du journal intime. Il commence ainsi Les Confessions : « Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple, et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme, ce sera moi ».


2) Journal et exploration de soi

Avec la mise en avant de la sensibilité au XIXe siècle, on cherchera à analyser ses émotions, ses sentiments. C’est à cette période que se développera ce que l’on nomme l’ « égotisme » stendhalien. L’écrivain témoigne alors de ses pensées, de ses émotions, comme dans Souvenirs d’égotisme : « Je n'ai aimé avec passion en ma vie que Cimarosa, Mozart et Shakespeare. À Milan, en 1820, j'avais envie de mettre cela sur ma tombe ».


II – Le journal intime comme exploration également de l’extérieur

1)    Le journal intime comme témoignage historique

Le Journal d’Anne Frank est le parfait exemple d’un journal qui dépasse le strict cadre de l’intimité. En effet, il écrit par une jeune juive allemande exilée aux Pays-Bas. Elle commence son journal en 1942 alors qu’elle n’est âgée que de 13 ans et l’interrompt en 1944 lorsque toute sa famille est arrêtée. Son journal est un témoignage particulièrement précieux d’une période historique particulièrement sombre. Ici, le journal intime dépasse le strict cadre du « moi ».


2)    Le journal intime comme réflexion sur la littérature

Le Journal d’André Gide est ainsi l’exemple d’une perpétuelle réflexion sur la littérature. Certes l’auteur des Faux Monnayeurs se livre bien dans son journal à une exploration de son intimité, de sa personnalité, de son « moi ». Mais cet ouvrage est également l’occasion de réfléchir à l’art de la littérature, lui qui est un écrivain inclassable, que l’on peut difficilement rattacher à tout courant littéraire.


3)    Le journal comme une chronique de la société de son époque

Le journal des frères Goncourt est connu pour être une sorte de description sans concessions de la société de leur époque. Ces deux frères écrivains côtoyaient les grands écrivains que sont Gustave Flaubert ou encore Guy de Maupassant et leur journal était alors l’occasion pour eux de faire de ces auteurs des portraits qui n’étaient pas toujours très flatteurs, loin s’en faut. Le journal est alors bien autre chose qu’une exploration du « moi ».


III – Le journal intime comme dépassement de la supposée division radicale du « moi » et du monde

1)    Exploration du dehors pour mieux explorer le dedans

« Quand je suis au dehors, ma personne est néantisée. Je n’existe pas. Je suis traversée par les gens et leur existence, j’ai vraiment cette impression d’être moi-même un lieu de passage. Et ce Journal est une tentative de dire l’extériorité pour exprimer l’intériorité. C’est un journal intime extérieur. Je crois très fortement que c’est dans les autres que l’on découvre des vérités sur soi ». Dans cet extrait, Annie Ernaux explique bien comme l’exploration du « moi » passe par l’exploration des autres.


2)    Dépasser la stricte individualité

Dans sa célèbre Confession d’un enfant du siècle, Alfred de Musset témoigne, dès le titre même, de son ambition de dire davantage que sa propre expérience. À travers l’exploration de ses pensées, de ses sentiments, de ses idées, l’auteur témoigne ainsi de ce que l’on a également nommé « le mal du siècle » romantique, celle d’un individu « né trop tard dans un monde trop vieux ».


3)    Le journal comme genre hybride

Dans son Journal en miettes, Eugène Ionesco fait se croiser différentes formes d’écritures, l’écrivain peut éventuellement se livrer à une forme d’exploration de soi comme on peut l’attendre dans un journal mais également se livrer à des réflexions d’ordre littéraire. Le titre même de son œuvre témoigne d’une écriture fragmentée.

Conclusion

Le journal intime se présente comme le genre littéraire par excellence pour l’exploration de soi, à mesure que l’individu prend une place de plus en plus importante dans la société. Cependant, assez rapidement, le journal a pu se présenter également comme une sorte d’outil historique et même un laboratoire littéraire ainsi qu’une façon d’observer la société de son temps. Le journal intime n’est-il pas souvent une sorte de forme hybride dans la mesure où l’exploration des autres permet l’exploration de soi, qu’elle permet, paradoxalement, de dépasser le cadre de la stricte individualité ?