L’art est à la fois associé à l’invention et à la beauté, et, par extension, à l’embellissement de la réalité. Intuitivement, nous nous demandons donc si l’art n’est donc pas un beau mensonge. Ainsi, afin de vous aider à vous préparer pour votre épreuve de philosophie, ainsi que pour votre culture personnelle, nous vous proposons 5 problématiques adaptées au sujet de dissertation « Toute œuvre d’art est un beau mensonge ».

L’art est-il forcément un mensonge ?

Introduction

L’art est souvent associé à la créativité et donc à l’invention, au fait de retranscrire les choses de manière plus belle et donc de présenter, en l’embellissant, une réalité plus amère. Mais, est-ce vrai pour autant ?

1.     Pour Platon et Nietzsche, l’art est une imitation de la vérité, une illusion, un mensonge créateur, et qui serait donc en effet un beau mensonge. Platon critique par ailleurs l’art pour cette raison précise : « L’art de l’imitation est assurément loin du vrai. ».

Recommandations de lecture : « La République » de Platon ; « La naissance de la tragédie de Nieztsche ».

2.     Mais l’art peut exister sans mensonge

2.1  Une fiction reste une fiction, l’artiste n’essaye pas forcément de la faire passer pour la réalité. Il n’y donc pas de mensonge qui dise : « La fiction que je présente, c’est la vérité ».

2.2  Les sports, les films documentaires, les danses, etc., font partie de l’art mais sans aucun caractère « mensonger ».

Conclusion

À l’origine, l’art était plutôt basé sur le beau mensonge et était critiqué pour cette raison. Cependant, le caractère mensonger reste à relativiser, car il s’agit d’une fiction présentée comme telle. Aussi, d’autres arts plus « authentiques » ont émergé par la suite.


L’art déforme-t-il notre perception de la réalité ?

Introduction

Nous savons bien distinguer la fiction et l’art de la vie réelle. Cependant, à force d’y être exposée, cette capacité à distinguer les deux ne s’atténue-t-elle pas, en influençant de cette manière notre perception de la réalité ?

1.     L’art comme une présentation déformée de la réalité

En nous référant à l’ouvrage Le Peintre de la vie moderne (recommandation de lecture), les auteurs nous y dévoilent la volonté de l’artiste de retranscrire la réalité autrement, en captant notre attention sur certains aspects ou choses précises, et d’une manière choisie par l’artiste. Ainsi, notre perception de la réalité change lorsque nous nous exposons à de telles œuvres d’art.

2.     Une perception déformée n’est pas réellement un mensonge, mais plutôt une vision différente, et qui capte l’attention justement sur certains aspects de la réalité, chose pour laquelle cette déformation est justement paradoxalement utile.

Conclusion

L’art procure en effet une vision déformée sur la réalité, mais ce ne serait pas un mensonge à proprement parler.


Le « mensonge » dans l’art est-il condamnable comme il l’est dans la vie quotidienne ?

Introduction

Le mensonge est utilisé dans l’art, mais est-ce comparable, et aussi condamnable qu’un mensonge dans la vie de tous les jours ?

1.     Thèse (= le mensonge dans l’art est condamnable tout autant qu’ailleurs)

1.1  L’art peut en effet nous tromper, biaiser notre perception de la réalité, et même servir de prétexte pour le faire à d’autres fins moins « nobles » (cf. partie 2).

1.2  L’acceptation du mensonge dans l’art peut banaliser le mensonge de manière générale, et ainsi, amplifier son utilisation ailleurs que dans les arts.

2.     Antithèse (= le mensonge dans l’art n’est pas condamnable comme il l’est ailleurs)

2.1  Le mensonge dans l’art n’est pas utilisé pour tromper, mais pour créer quelque chose de beau.

2.2  L’art est une invention et une expression de la créativité, le mensonge lui est « naturel ».

2.3  Comme l’explique Oscar Wilde dans son ouvrage Le déclin du mensonge (recommandation de lecture), le mensonge artistique peut nous être bénéfique car il nous permet d’échapper à une dure réalité, et ainsi, à la supporter plus facilement.

Conclusion

Même dans l’art, le mensonge peut avoir pour conséquence de nous tromper tout en banalisant cet acte, mais les intentions et les conséquences du mensonge dans l’art ne sont souvent pas celles qu’ailleurs, et souvent plus « nobles ».


Le mensonge dans l’art est-il un signe de créativité, et donc d’un art réussi ?

Introduction

L’art consiste en une expression de la créativité, et donc de l’invention, et donc, quelque part, du mensonge. Ainsi, le mensonge peut-il être interprété comme un signe de l’art réussi ?

1.     Thèse

1.1  L’art, c’est l’inventivité, donc le « mensonge » par définition.

1.2  Oui, car il nous est bénéfique s’il nous aide à affronter une dure réalité

2.     Antithèse

2.1  Comme évoqué dans les parties précédentes, l’art réussi ne s’apparente pas forcément au mensonge, car il peut déformer sans « mentir ». 

2.2  Et il existe des arts qui ne sont pas basés sur l’invention, et donc pas sur le mensonge.

Conclusion

L’inventivité, et donc le « mensonge » peuvent être nécessaires pour l’art, mais cela peut également être fait tout en retranscrivant la réalité, et sans réellement « mentir ».


La fiction dans l’art s’apparente-t-elle au mensonge ?

Introduction

La fiction artistique, par définition, n’est pas la réalité. Mais est-elle réellement un mensonge ?

1.     Thèse

Si la réalité était exposée, cela ne relèverait ni de la fiction, ni de l’art. De plus, comme vu précédemment, la fiction doit être « plus belle » que la réalité pour avoir une fonction artistique.

2.     Antithèse

Pour Italo Calvino, « le mensonge n’est pas dans le discours mais dans les choses ». Ainsi, raconter ou concevoir une histoire fictive n’est pas un mensonge, c’est de tromper intentionnellement et à des fins malveillantes qui l’est. Surtout que la fiction, comme vu précédemment, est présentée comme une fiction, il n’y a donc pas de tromperie ni de « mensonge »

Lecture conseillée : « Les villes invisibles » d’Italo Calvino

Conclusion

Pour être artistique, une fiction ne doit pas raconter la fiction mais l’embellir. Mais c’est moralement différent du mensonge trompeur.


Sources

Chambrun, M. (2022, 18 mars). Imitation. Philosophie Magazine

Le Peintre de la vie moderne, Calmann Lévy, 1885, Œuvres complètes de Charles Baudelaire, tome III (p. 68-73)