Technique, liberté, éthique, domination, aliénation, Hans Jonas, Benjamin Constant, technophilie, autonomie, valeurs éthiques, nature humaine
En 2018, une révélation fait scandale : l'entreprise Cambridge Analytica recueillait depuis 2014 les données personnelles de 87 millions d'utilisateurs Facebook afin d'influencer leurs intentions de vote. Internet, cette avancée technologique qui promettait à l'être humain de naviguer librement et anonymement vers différents contenus, s'avérait être un moyen de contrôler et de déterminer à son insu sa manière de penser et d'agir. Alors, le développement technique menace-t-il nos libertés ? On remarque d'emblée que la liberté est ici donnée au pluriel, ce qui fait référence aux différents droits dont disposerait un individu, mais aussi aux différents sens du terme « liberté ». La technique désigne un ensemble de moyens mis en oeuvre afin de réaliser un certain but. Son développement a-t-il alors vraiment pour but la liberté, et si oui, de quelle liberté s'agit-il ? Peut-il favoriser certaines libertés tout en en mettant d'autres en danger ?
[...] C'est ce qu'exprime le mythe de Prométhée dans le Protagoras de Platon. Inapte à la survie en raison de l'étourderie d'Épiméthée, soumis aux autres animaux et aux aléas du climat, l'espèce humaine ne jouit d'aucune liberté, car elle est sans cesse menacée par plus fort qu'elle. Mais Prométhée vient corriger l'erreur de son frère en offrant aux êtres humains le feu, symbole de la connaissance technique. Ces derniers peuvent alors se libérer de l'oppression et des contraintes qui pèsent sur eux. [...]
[...] Peut-on encore faire du développement technique un véritable progrès pour nos libertés ? Maitrise du développement technique Le développement technique pourrait ?uvrer pour la liberté humaine à condition d'être maîtrisé. Face au développement technique, il est alors nécessaire d'exercer notre liberté de penser comme exercice de notre esprit critique : on a tôt fait d'accepter le développement technique comme un fait indépassable, de s'y soumettre et d'en faire une nouvelle idole. La technophilie peut alors se muer en sacralisation du développement technique, dont on attendrait la résolution de tous nos problèmes, à commencer par ceux dont il est lui-même la cause. [...]
[...] On pourrait toutefois penser que ce n'est pas le développement technique en lui-même qui constitue une menace, mais son usage illégitime. Cependant, le reproche peut aller plus loin : il serait lui-même dangereux, en ce qu'il semble obéir à une logique propre, indifférente aux valeurs humaines, et en premier lieu à la liberté de l'être humain qu'il était supposé viser. C'est un tel problème que pointe Michel Henry dans La Barbarie : « Ainsi l'univers technique prolifère-t-il à la manière d'un cancer, s'autoproduisant et s'autonomisant lui-même, en l'absence de toute norme, dans sa parfaite indifférence à tout ce qui n'est pas lui - à la vie. [...]
[...] Conclusion Le développement technique, s'il est livré à lui-même, constitue donc une menace pour nos libertés. Censé nous libérer de la nature et augmenter nos capacités, il peut servir d'instrument de domination pour nous soumettre. Et parce qu'il tend à suivre sa propre logique de développement, il peut par son indifférence constituer une entrave majeure à nos libertés. C'est pourquoi il est nécessaire de maîtriser la technique en interrogeant la légitimité de son développement pour les fins de l'existence humaine. [...]
[...] Puisque les inventions techniques sont faites par les êtres humains, pourquoi leur développement nous échapperait-il ? Ainsi, pour Bergson dans Les Deux sources de la morale et de la religion, l'être humain n'a pas à subir le développement technique. La technique étant d'origine humaine, c'est à l'être humain de lui fixer ses buts et de sortir de la représentation naïve d'une technique autonome : car la vérité est que la technique a donné ce qu'on lui demandait et n'a pas pris cet l'initiative », écrit-il. [...]
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