Monsieur Monsieur, Métamorphoses, Jean Tardieu, poésie, poème, poésie moderne, anticonformisme
Si le titre de son poème "Métamorphoses", extrait du recueil "Monsieur Monsieur", évoque d'emblée un questionnement sur la porosité, la malléabilité et finalement la signification des choses, des êtres et de la vie, il renvoie également au souci premier qu'avait Tardieu d'étudier, de triturer et défier le langage en bousculant les conventions de la poésie traditionnelle.
[...] L'association et l'assimilation de mots à priori radicalement opposés se poursuit ensuite jusqu'à la fin du poème, avec cette fois des mots, choisis pour rimer, qui apparaissent comme des antonymes : "pur" et "moisissures" (vers 13 et 15) ou plus métaphoriquement "moteur" et "c?ur". L'association de ces deux derniers mots est d'ailleurs à rapprocher de l'assimilation que le poète fait entre "le sifflet du train" et "une hirondelle", sous-entendant par là qu'il ressent comme une déshumanisation de la société. Il n'entend plus ni son c?ur ni le chant d'une hirondelle, qui ont été supplantés par des bruits métalliques sans âme. [...]
[...] Si le lecteur pensait jusque-là avoir affaire à un poème "simplement" sombre, Tardieu le "cueille" en quelque sorte par surprise avec les mots "chapeau" et "artichaut", dont l'association, en plus de la rime, prête à sourire. Mais au-delà de ça, dans la mesure où les mots formant les rimes précédentes avaient pour le poète la double utilité de rimer mais aussi d'être synonymes, on ne peut s'empêcher de penser qu'avec la mise sur le même plan d'un "chapeau" et d'un "artichaut", Tardieu nous interroge de manière plus métaphysique, sur le sens des mots. [...]
[...] Monsieur Monsieur, Métamorphoses - Jean Tardieu (1943) - Quels sont les mécanismes mis en place par le poète pour déconstruire les codes de la poésie, et pour quelles raisons ? Poète du vingtième siècle, Jean Tardieu est le fils d'une musicienne et d'un artiste peintre. Dans la lignée d'un Baudelaire pour qui "les parfums, les couleurs et les sons se répondent"1, Tardieu a toujours considéré que l'écriture se devait d'être colorée comme un Magritte ou musicale comme une ?uvre de Debussy, ce qui en a fait un artiste difficilement classable. [...]
[...] Nous procèderons à un commentaire linéaire du poème afin d'en dégager la progression. Formé de pentamètres, "Métamorphoses" déroute rapidement le lecteur par une absence d'unité dans la longueur des strophes ainsi qu'une irrégularité dans les rimes, présentes parfois sous forme de rimes plates (vers 22-23) parfois sous forme de rime croisée comme pour les vers 13 et 15. L'atmosphère sombre que le poète installe dès les premiers vers avec la "nuit noire" se confirme lorsque l'expression est associée à l'Histoire que Tardieu prend la peine de personnifier avec une majuscule. [...]
[...] Finalement, tout se passe comme si le poète avait placé un miroir entre ces antonymes, et que les mots ne faisaient que se renvoyer une même image. Cela rejoint la tragique expérience que Tardieu avait faite de la différence entre le "moi" et "l'image du moi", qu'il explique d'ailleurs dans le recueil "Le Fleuve Caché" : "Et quand je me regarde dans la glace, je vois un étranger. Un étranger narquois et méchant qui va fondre sur moi."2 Le questionnement du poète va donc crescendo jusqu'à son apogée, à la fin, avec "les autres pour moi" qui rappelle le célèbre "je est un autre" d'Arthur Rimbaud. [...]
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