Placides et Timeo, La Pucelle vénéneuse, littérature médiévale, récit, Nature, savoir, science, chrétienté, philosophie, rhétorique, exemplum, symbolisme, alchimie, éducation, encyclopédie, Moyen-âge, christianisme, Aristote, Alexandre le Grand, Socrate, métaphore, Religion, dieu
Extrait d'un récit médiéval intitulé « La Pucelle vénéneuse », ce texte aux allures de fable fait partie de Placides et Timeo ou li secrés as philosophes, « une oeuvre de vulgarisation [qui s'inscrit dans] l'évolution de la pensée scientifique du XIIIe siècle », ou plutôt une « encyclopédie médiévale en langue vulgaire, véritable lieu de création d'un savoir ». Son auteur y explique comment les pouvoirs intrinsèques à la Nature peuvent être utilisés pour transformer une pucelle à la beauté renversante en un poison fatal pour qui la côtoiera. Il a pour but de transmettre au lecteur des savoirs par des moyens rhétoriques dont la principale force réside dans l'utilisation de références historiques, philosophiques ou encore intrinsèquement liées à la Nature qui serviront de preuves à ce que les scientifiques de l'époque présentent comme étant, de ce fait, définitivement validées.
[...] À l'instar de Brémond qui distingue les exempla métaphoriques des exempla métonymiquesv, nous avons ici affaire à un exemplum métonymique « où le fait est donné comme vraisemblable. Il y a alors une certaine identité de statut entre les héros de l'anecdote et les destinataires de l'exhortation »vi. Car en effet, l'anecdote est ici utilisée au sein de l'exemplum pour accréditer ce qui est dit, d'autant plus que le héros choisi n'est autre que le roi Alexandre, c'est-à-dire un personnage historique à l'aura quasi mystique dont on ne peut contester ni l'existence ni le vécu. [...]
[...] Si les procédés littéraires utilisés, tout comme la caution de personnages historiques ou de grands philosophes, participent grandement à la transmission du savoir, il demeure indéniable, comme nous l'avons déjà mentionné, que le terreau religieux et la foi chrétienne servent de base indiscutable pour transmettre à l'époque n'importe quel message, qui plus est didactique. L'expression « pucelle vénéneuse » ressemble de prime abord à un oxymore tant la virginité, et donc la pureté, de la pucelle s'oppose à l'aspect venimeux et mortel de l'adjectif « vénéneuse ». Pourtant, l'association de ces deux termes reflète une vision religieuse dans laquelle la femme est souvent présentée comme un être tantôt fragile, tantôt influençable, tantôt fourbe, et de toute façon inférieure à l'homme. [...]
[...] II - 2 : L'homme savant, nouveau maître de la Nature. Si la Nature est liée au Divin, son observation minutieuse par les scientifiques de l'époque a permis des avancées rationnelles. Cette idée rejoint celle que présente Robert Delortix : « [?] l'homme est totalement séparé de la nature, par essence, et doit la dominer De telles idées ont mûri tout au long du Moyen Age De la vieille nature sacralisée des peuples d'avant la christianisation restent les pouvoirs magiques, merveilleux, miraculeux . [...]
[...] Par ailleurs, si la Nature est vue comme pouvant être analysée par les scientifiques pour être mieux comprise, elle n'apparaît donc plus totalement, au Moyen Age, comme toute puissante. L'auteur, par son encyclopédie, montre que l'Homme en tant qu'être pensant, est à même de la dompter. La mention dans le texte d'animaux tels que le chien et le cheval à la fin de l'extrait n'est pas anodine non plus quant à la volonté de l'auteur d'accréditer encore davantage ce qu'il veut démontrer. [...]
[...] Si exempla, anecdotes et un style littéraire entretenant le suspens sont donc autant de procédés chers au Moyen Age pour mettre en récit un savoir, l'auteur est aussi là pour rappeler que ces savoirs trouvent leurs racines dans la pensée des premiers philosophes, dont il se doit de faire l'écho. Il mentionne ainsi dans son récit Socrate et Aristote, rappelant par la même occasion qu'Aristote fut le maître d'Alexandre Le Grandviii, et que si, comme le mentionne le texte, « il doubtoit son maistre, si ne l'osa li contredire », par un processus de mise en abîme, le lecteur, en tant que « disciple » de l'auteur, se doit à son tour d'accorder du crédit à ce qui lui est présenté. [...]
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