Grand oral, SES Sciences Économiques et Sociales, éducation et scolarisation, Espagne, France, universités, inégalités sociales, marchandisation de l'éducation, enseignement supérieur, accès aux études supérieures, inégalités scolaires, études de commerce, professionnels de santé, établissements à but lucratif, numerus clausus, exode étudiant, développement économique
Lors de l'année universitaire 2021-2022, 11 400 étudiants français étaient inscrits dans des cursus d'universités espagnoles, auxquels on peut ajouter les étudiants des programmes Erasmus ou du dispositif pour les Masters. [...]
Les raisons d'un tel exode d'étudiants français vers l'Espagne s'expliquent principalement par deux phénomènes socio-économiques qu'il est intéressant d'étudier à l'échelle des pays concernés : l'inégalité d'accès aux études supérieures, particulièrement prégnante dans les filières de santé et de commerce, et les effets de la marchandisation de l'éducation à l'échelle européenne.
[...] Les contraintes dans les études de commerce sont d'un autre ordre : le système de concours pour entrer dans les grandes écoles de commerce est particulièrement difficile, nécessitant un passage préalable par des classes préparatoires de 2 à 3 ans, elles-mêmes très sélectives. Cette spécificité française perdure depuis de nombreuses années, malgré les tentatives d'harmonisation des cursus des formations supérieures en Europe, avec les accords de Bologne notammentii. Sur le territoire français, le recours à des systèmes de formations privées comme alternative aux écoles de commerce sélectives est donc déjà bien installéiii. [...]
[...] Parallèlement, les principales filières de formation plébiscitées, santé et commerce, présentent pour les familles des étudiants une promesse de "retour sur investissement" assez rapide. En effet elles garantissent l'employabilité à court terme des étudiants en sortie de formation, du fait de la pénurie de praticiens en France par exemple ou de l'abondance des propositions d'emploi dans le commerce, à des salaires plutôt élevés. Pour répondre à cette demande croissante d'accès aux études supérieures en France et en Espagne, l'offre de formations s'est développée conjointement, essentiellement à l'initiative de structures privées, à but lucratif, qui ont su saisir toutes les opportunités de ce nouveau marché du savoir. [...]
[...] Pour cette même année, on estimait à 19% la part des 2 millions d'étudiants scolarisés en Espagne dans les domaines du commerce, administration et droit, privé et publique confondus. Effet d'aubaine observé en France comme en Espagne : certains prestataires de formation moins scrupuleux se sont précipités sur ce marché juteux et délivrent des diplômes à la valeur contestable. C'est donc toute une offre de service qui s'est développée autour de la formation supérieure privée en France et en Espagne, en ciblant particulièrement certaines filières, le commerce pour la première, la santé et le commerce pour la seconde, en parfaite adéquation avec la demande des familles Ce phénomène a été amplifié par une conjonction parfaite de l'offre et de la demande. [...]
[...] S'ils séduisent souvent les territoires d'accueil en répondant à leurs besoins de développement local, ceux-ci n'ont que peu de contrôle face aux logiques concurrentielles qui animent ces entreprises, faute de régulation du secteur. En Espagne également, les universités privées se sont appuyées sur la dynamique des territoires qui les accueillent pour développer leur implantation. Les données officielles 2022-2023iv indiquent que l'Espagne compte 39 universités privées, pour 50 établissements publiques, majoritairement catholiques. Elles se répartissent pour la plupart sur cinq Communautés autonomes, celle de Madrid, de Catalogne, d'Andalousie, de Castille-et-Léon et la Communauté valencienne. [...]
[...] Le développement des formations supérieures privées à but lucratif est en plein essor, dans ces deux pays, aux dépens des universités publiques. Le risque à terme est bien sûr que les états sous-traitent une grande partie de leur offre de formation supérieure à des organismes privé, voire hors de leurs frontières, solution de facilité qui limite ainsi les dépenses publiques dédiées à la formation et les coûts pour le contribuable, notamment dans des périodes de rigueur budgétaire exacerbée comme celle que traverse la France actuellement. [...]
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