Introduction
Commençons tout d’abord par définir la Palestine. Dans un premier sens, elle désigne une zone géographique dans le Moyen-Orient. Dans un second sens, elle désigne l’État juif sous mandat britannique qui, depuis son indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne en 1947, se dénomme Israël. Dans un troisième, elle désigne un État partiellement reconnu, autrement appelé l’État de Palestine. C’est sur le sujet de la reconnaissance internationale de ce dernier que nous allons nous pencher dans cet article.
1) Points-clés de l’Histoire de la Palestine
L’aspect historique est toujours un élément crucial lorsqu’il s’agit de la reconnaissance d’un État souverain. En voici donc les points-clés :
- -3000 : Fondation de Jérusalem par les juifs
- -1500 : Domination par les Égyptiens
- -587 — -333 : Domination par les Perses
- -333 — -134 : Domination par les Grecs
- -63 — 324 : Domination par les Romains
- 324 — 638 : Domination par les Byzantins
- 638 — 1096 : Domination par les Arabes
- 1096 — 1244 : Domination par les croisés d’Europe
- 1244 — 1918 : Domination par les Turcs
- 1918 — 1947 : Conquête par les Britanniques suite à la Première Guerre mondiale et création d’un état juif sous mandat britannique.
- 1947 : Indépendance de la Palestine, qui prend le nom d’Israël. Plan de partage de l’ONU, accepté par les Israéliens mais refusé par les Palestiniens. Début du conflit armé israélo-palestinien.
- 1993 : Accords d’Oslo
- 2012 : La Palestine devient membre de l’ONU
Ainsi, historiquement, il n’y a pas eu d’existence d’un État palestinien antérieurement au XXème siècle, ce qui en complique la reconnaissance internationale. Jérusalem a été fondée par les juifs, ce qui en confirme la présence historique, et la Palestine était sous contrôle successifs de différents peuples.
2) Motifs de la reconnaissance de l’État palestinien
Les motifs de la reconnaissance de l’État palestinien sont la plupart du temps liés aux aspects légaux, diplomatiques, à l’opinion publique et à des allégations infirmées par des faits.
Sur le plan diplomatique et de l’opinion publique, cette dernière est très majoritairement favorable à la reconnaissance de l’État palestinien, par exemple, dans les pays à majorité musulmane. Ainsi, la non-reconnaissance de l’État palestinien compliquerait significativement le rapport à l’opinion publique et les relations diplomatiques avec les autres pays musulmans. Les raisons diplomatiques concernent aussi, par exemple, beaucoup de pays avec des régimes autoritaires, ou encore des pays en voie de développement en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie, dont beaucoup nouent des relations diplomatiques en contrepoids par rapport aux pays occidentaux développés. Paradoxalement, et bien qu’Occidentaux, faisant partie de l’UE et ayant, comme Israël, obtenu leur indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne, les Irlandais sont eux aussi majoritairement favorables à la reconnaissance d’un État palestinien, et l’Irlande reste le principal et l’un des seuls soutiens à cet État en Europe et en Occident ; la raison en est que l’opinion publique irlandaise associe la lutte pour l’indépendance des Palestiniens à la leur par le passé ; opinion publique qui est d’autant plus déterminante pour les dirigeants des pays démocratiques.
Les aspects légaux sont également pris en compte. Le plan de partage de 1947 de l’ONU prévoyait la création d’un État palestinien, même s’il a été refusé par Palestiniens, alors que les accords d’Oslo prévoyaient la création d’une Autorité palestinienne afin d’administrer certains territoires ; et la Palestine est membre de l’ONU depuis 2012. Tout ceci rend plus difficile d’attribuer la souveraineté sur tout ce territoire à Israël. Le droit international à l’autodétermination des peuples autochtones se fait également valoir. Alors que les Arabes israéliens sont, pour la plupart, pro-israéliens, les habitants de Gaza et de la Cisjordanie sont majoritairement hostiles à Israël et souhaitent ainsi obtenir leur souveraineté et leur indépendance vis-à-vis d’Israël.
Certains dirigeants et politiciens évoquent également un prétendu génocide de la population palestinienne ainsi qu’un apartheid de la population arabo-musulmane qui existerait en Israël, ce pourquoi il serait nécessaire de leur accorder l’indépendance. Cependant, ces allégations ne correspondent pas aux faits, car la population palestinienne n’a jamais cessé de croître, y compris depuis le 7 octobre 2023, alors qu’un génocide implique la disparition totale ou partielle de la population concernée, ce qui aurait logiquement et forcément rendu cette croissance impossible. Quant aux Arabes israéliens, ils se déclarent majoritairement fiers d’être Israéliens, et aucune loi ni limitation ou différence en matière de droits civiques pour des raisons ethniques ou religieuses n’ont pu être recensées. Et bien qu’une partie des Arabes israéliens rapporte des cas de discrimination auxquels ils auraient fait face, les principaux concernés réfutent l’existence d’un apartheid en Israël, apartheid qui correspond à un droit différent en fonction de l’appartenance ethnique ou religieuse ; comme c’était par exemple le cas aux États-Unis, en Afrique du Sud ou encore en France sous le régime de Vichy ; à l’époque où les droits étaient différents en fonction de l’ethnie et où certains lieux pouvaient même être interdits à la fréquentation pour certaines personnes pour des raisons ethniques.
3) Motifs de la non-reconnaissance de l’État palestinien
Les motifs de la non-reconnaissance de l’État palestinien sont multiples.
Tout d’abord, comme nous avons pu le voir précédemment, il ne s’agit pas d’un État ayant existé en tant qu’État avant le XXème siècle ; alors que le contraire en légitimerait la reconnaissance. Car il s’agirait d’une création d’un nouvel État, et non de la reconnaissance de la souveraineté d’un État historique.
Ensuite, le pouvoir palestinien en rend la reconnaissance très difficile. La bande de Gaza est factuellement gouvernée par le Hamas, qui s’y maintient au pouvoir par la force depuis les élections de 2006, le Hamas qui est reconnu comme un groupe terroriste y compris par l’UE et qui commet et revendique régulièrement des actes terroristes et des prises d’otages sur les civils, et qui a pour vocation officielle l’antisionisme, autrement dit l’effacement de l’État israélien et le contrôle sur tout son territoire. La Cisjordanie est elle gouvernée par le Fatah, souvent décrit comme plus laïc, plus progressiste et plus modéré que le Hamas. Cependant, le Fatah a lui aussi longtemps été impliqué dans la lutte armée contre Israël, fréquenté par des radicaux, reste soupçonné de soutenir des activités terroristes, a récemment signé un accord avec le Hamas et ses dirigeants ont salué des auteurs d’attentats. Ainsi, une reconnaissance d’un État palestinien correspondrait soit à une reconnaissance de l’État sans la reconnaissance de ses dirigeants, ce qui correspondrait un positionnement très ambigu et difficile à adopter, soit à une légitimation de ses dirigeants, contraire à la morale, et évidemment à l’opinion publique de la plupart des pays ; une cohabitation pacifique et durable entre Israël et un État palestinien, en l’état actuel des choses, reste inapplicable.
De plus, dans le contexte du conflit militaire israélo-palestinien, malheureusement déjà vieux de plus d’un demi-siècle, la reconnaissance de la souveraineté de l’État palestinien rendrait légalement difficile le contrôle des exportations et fonds qui y seraient envoyés et le blocus économique mis en place dans les années 2000 par Israël et l’Égypte afin d’empêcher les transferts d’armes et de produits d’enrichissement du Hamas, qui ne seraient de toute manière par accessibles à la population gazaouie. Or, ceci augmenterait significativement l’armement du Hamas et intensifierait inévitablement et très fortement le conflit militaire.
Par ailleurs, là aussi, les relations diplomatiques jouent pour beaucoup. Les alliés occidentaux d’Israël verraient leurs relations se dégrader en cas de reconnaissance.
Toutes ces raisons font qu’une reconnaissance mondiale de l’État palestinien reste, au jour d’aujourd’hui, difficilement envisageable.
4) Conditions de la reconnaissance de l’État palestinien : tableau récapitulatif
Pays | Date de reconnaissance | Conditions et reconnaissance |
France, Luxembourg, Malte, Belgique, Portugal | 2025 | Reconnaissance ce mois-ci en l’état actuel des choses |
Barbade, Jamaïque, Trinité-et-Tobago, Norvège, Irlande, Espagne | 2024 | Reconnaissance sur le fond de la guerre à Gaza |
Italie | - | Pour Giorgia Meloni, Première ministre italienne, les conditions pour la reconnaissance de l’État palestinien sont la libération des otages détenus par le Hamas, ainsi que la reddition de ce dernier ; et elles ne sont aujourd’hui pas satisfaites. |
Environ ¾ des pays mondiaux | Depuis 1980 | Environ trois quarts des pays mondiaux ont successivement reconnu l’État palestinien, avec des conditions et des contextes qui ont varié tout au long. |
Israël et États-Unis | - | La position des dirigeants israéliens est plutôt restée constate sur le sujet sur ces dernières décennies : pour qu’un État palestinien soit reconnu, il faudra qu’il reconnaisse à son tour le droit à l’existence de l’État juif et ne présente aucune menace pour ses citoyens. Les Américains ont toujours rejoint Israël sur ce positionnement-là. |
Conclusion
En conclusion, nous pouvons donc dire que la reconnaissance d’un État palestinien est un sujet complexe autant de par l’Histoire de la région de Palestine que de par le contexte actuel. N’ayant jamais existé avant le XXème siècle, était aujourd’hui gouvernée par des groupes radicaux, ayant refusé elle-même la solution à deux États et présentant un danger avéré pour l’État et la population israélienne, la reconnaissance mondiale de l’État palestinien est de facto impossible aujourd’hui. Cependant, jouissant d’un soutien de l’opinion publique dans le monde musulman, du droit à l’autodétermination des peuples et des accords passés, de plus en plus de pays reconnaissent l’État palestinien. Alors que d’autres demandent que les conditions garantissant une paix durable dans la région, qui sont aujourd’hui loin d’être réunies. Ainsi, une reconnaissance mondiale de la Palestine devra forcément passer par la reddition des terroristes y gouvernant aujourd’hui, une reconnaissance mutuelle et des garanties d’une paix durable entre Israël et le futur État palestinien.
FAQ
La Palestine a-t-elle déjà été indépendante et mondialement reconnue ?
Non, il n’a jamais eu, par le passé, d’État palestinien mondialement reconnu. Avant son indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne, il s’agissait d’un État juif sous mandat britannique depuis la Première Guerre mondiale, avant laquelle la Palestine était sous contrôle de l’Empire ottoman, et avant quoi, elle était disputée par différents peuples originaires d’Europe, d’Afrique et du Moyen-Orient. Par ailleurs, Jérusalem a bien été fondée par les juifs, ce qui en confirme la présence historique.
Combien de pays reconnaissent-ils l’État palestinien ?
Aujourd’hui, 158 pays reconnaissent la souveraineté de l’État palestinien, soit un peu plus des trois quarts des pays du monde. Dont certains, que depuis ces dernières années.
Pourquoi la Palestine n’est à ce jour pas un État mondialement reconnu ?
Plusieurs éléments empêchent la reconnaissance mondiale d’un État palestinien. Tout d’abord, sa non-existence dans le passé. Ensuite, c’est la non-reconnaissance par ses dirigeants actuels de l’État d’Israël ainsi que leur revendication de tout le territoire israélien. Donc, un refus avant tout de leur part de la solution à deux États. Ensuite, le gouvernement factuel de la bande de Gaza par le groupe terroriste Hamas rend très difficile sa reconnaissance. Enfin, cette reconnaissance dans le contexte du conflit militaire entre Israël et le Hamas rendrait difficile le blocus de la bande de Gaza et le contrôle des fonds et des matériaux qui y seraient envoyés, ce qui faciliterait l’approvisionnement du Hamas financier et militaire du Hamas, et intensifierait le conflit militaire.
Quelles sont les conditions généralement requises pour la reconnaissance d’un État palestinien ?
Ce qui est généralement demandé, c’est la libération des otages détenus par le Hamas, le départ de ce dernier, une reconnaissance de l’État d’Israël ainsi que la cessation de toute attaque armée contre les Israéliens.
Qu’est-ce qui a poussé et pousse encore les pays à reconnaître l’État palestinien
Les accords passés, la reconnaissance par l’ONU, les aspects légaux, la guerre Israël-Hamas actuelle et les conséquences humanitaires préoccupantes dans la bande de Gaza qu’elle a entraînée, les relations diplomatiques et l’opinion publique de certains pays (notamment dans les pays à majorité musulmane) ont poussé une partie des pays à reconnaître l’État de Palestine.
Sources :
- Graindorge, T. (2025, 20 août). Pourquoi l’Irlande s’affirme comme le principal soutien à la Palestine en Europe. Le Point. Consulté le 26/09/2025 sur : https://www.lepoint.fr/monde/pourquoi-l-irlande-s-affirme-comme-le-principal-soutien-a-la-palestine-en-europe-20-08-2025-2596696_24.php
- Newman, M (2016, 19 décembre). 55% of Israeli Arabs are ‘proud citizens’ of Israel, but 76% reject its definition as a ‘Jewish state’. Times of Israel. Consulté le 26/09/2025 sur : https://www.timesofisrael.com/over-75-of-israeli-arabs-reject-right-to-define-israel-as-jewish-state-poll/
- (2024, 24 juillet). Gaza : Israël fustige le Fatah de Mahmoud Abbas après l’accord signé avec le Hamas. Le Figaro. Consulté le 26/09/2025 sur : https://www.lefigaro.fr/international/guerre-israel-hamas-l-organisation-terroriste-annonce-un-accord-d-unite-nationale-avec-ses-rivaux-palestiniens-20240723
- Dugast, L. (2025, 22 septembre). Le Portugal reconnaît l’État de Palestine, mais se trompe de drapeau. Le Figaro. Consulté le 26/09/2025 sur : https://www.lefigaro.fr/international/le-portugal-reconnait-l-etat-de-palestine-mais-se-trompe-de-drapeau-20250922
- Chaaban, F. (2025, 23 septembre). À l’ONU, Emmanuel Macron officialise la reconnaissance par la France de l’État de Palestine. Touteleurope.eu. Consulté le 26/09/2025 sur : https://www.touteleurope.eu/l-ue-dans-le-monde/a-l-onu-emmanuel-macron-officialise-la-reconnaissance-par-la-france-de-l-etat-de-palestine/
- Meloni pose ses conditions pour la reconnaissance d’un État palestinien. (2025, 23 septembre). Euronews. Consulté le 26/09/2025 sur : https://fr.euronews.com/2025/09/23/meloni-annonce-une-motion-pour-la-reconnaissance-de-letat-de-palestine-avec-deux-condition
- (2013, 6 octobre) Netanyahu demande aux Palestiniens de reconnaître Israël comme un État juif. Le Point. Consulté le 26/09/2025 sur : https://www.cnews.fr/monde/2013-10-06/netanyahu-demande-aux-palestiniens-de-reconnaitre-israel-comme-un-etat-juif-573979?utm_source=chatgpt.com
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Palestine_(%C3%89tat) (consulté le 26/09/2025)
- https://www.donneesmondiales.com/asie/palestine/croissance-population.php (consulté le 26/09/2025)
- https://www.wikiwand.com/fr/articles/Histoire_de_la_Palestine (consulté le 26/09/2025)
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Palestine_(r%C3%A9gion) (consulté le 26/09/2025)
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Fatah (consulté le 26/09/2025)
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_pays_reconnaissant_l%27%C3%89tat_de_Palestine#:~:text=En%202024%2C%20dans%20le%20contexte,'Irlande%20et%20l'Espagne. (consulté le 26/09/2025)
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Accords_d%27Oslo (consulté le 26/09/2025)
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Plan_de_partage_de_la_Palestine (consulté le 26/09/2025)









