I - Comment le poème Automne malade met-il en avant la fin d’un cycle tout en intégrant les notions de mélancolie et de beauté profonde ?
Dès le départ, on assiste à une personnification de l’automne, le ton employé est élégiaque, Apollinaire parle de l’automne comme d’un être vivant malade.
Dès les premiers vers, on retrouve un contraste entre les deux termes « malade » et « adoré », il y a un lien entre l’amour et la douleur, deux thèmes qui vont se retrouver tout au long du poème.
Dans le vers « tu mourras quand l’ouragan soufflera dans les roseraies », on assiste au futur inévitable de l’automne, qui s’éteint au rythme des saisons. Les images employées sont violentes et révèlent une forme de mélancolie, avec l’image du vent qui déracine les roses.
On assiste ensuite à une rupture saisonnière, avec le passage de l’automne à l’hiver « quand il aura neigé ». Il s’agit d’une transition de la vie vers la mort, la nature se fige. « au fond du ciel/ des éperviers planent », suggère une forme de menace.
« Pauvre automne », il s’agit ici d’un apitoiement. L’emploi de l’adjectif « pauvre » est chargé au niveau émotionnel, cela renforce la personnification de la saison en train de s’éteindre.
L’automne est ensuite relié à une forme de richesse, et la blancheur dans les vers suivants évoque l’hiver. « Sur les nixes », image féérique, décalée, métaphore de l’isolement.
« Les cerfs ont bramé », c’est la fin d’une saison.
Vers 14, l’amour de l’automne est plus fort que sa disparition, changement de ton.
Dans les vers 15 à 18, l’automne est présenté comme étant en plein déclin, mais aussi très belle (le vent, la forêt, les feuilles).
A la fin du poème, l’emploi de l’impératif marque une accélération dans le rythme, une forme de résignation.
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II - En quoi le temps qui passe est-il un thème primordial dans le poème ?
L’automne est ici symbolique du temps qui passe et du changement de cycle.
Dès le départ, l’automne est personnifié, il est « malade », il y a un lien avec la fin de la vie. Les mots « ouragan, neige, fruits mûrs » sont une forme de transition vers la saison hivernale que l’on voit arriver peu à peu tout au long du poème.
« Meurs en blancheur et en richesse », symbolique des derniers instants, présence d’un paradoxe entre la mort et l’abondance, le temps se transforme.
« Au fond du ciel, des éperviers planent », il y a une suspension au niveau du temps. Le temps se fige, il y a une forme de danger.
« Sur les nixes… », ces créatures sont intemporelles. Cela renforce l’idée que le temps est figé, qu’il est coupé de toutes notions de changement. Il y a un contraste entre le monde féérique et le réel.
« Les cerfs ont bramé », la brame est la saison des amours, l’emploi du passé s’inscrit dans la fin d’une période, le temps s’écoule de manière inexorable.
« Et que j’aime ô saison.. », le poète reprend l’emploi du présent, il met en avant l’amour de l’automne.
« Les fruits tombant sans qu’on les cueille » « Le vent et la forêt qui pleurent », dans le premier, le temps qui passe et qui emporte tout ; et dans le second vers, une personnification des éléments de la nature, avec le temps qui s’efface lentement.
A la fin, l’emploi de l’impératif montre un changement de ton, il faut faire vite, car le temps passe vite.
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III - Comment le poème Automne est-il une référence de la tension qui existe entre la vie et la mort ?
Tout au long du poème, on assiste entre des images liées à la vie et à d’autres liées à la mort, à la fatalité de la disparition. (fruits, vin, plaisir) et d’un autre côté (mort, destruction, maladie).
Dans les premiers vers, l’auteur fait référence au paradoxe « malade adoré ». Dans une même phrase, on retrouve la vie et la mort, et plus précisément l’amour et la maladie.
« Tu mourras », « quand l’ouragan soufflera », « quand il aura neigé », il s’agit là d’images simultanées de la mort et de l’hiver, du déclin des saisons.
« Pauvre automne », le poète s’apitoie sur une saison en train de mourir, qui doit laisser désormais la place.
« Meurs en blancheur et en richesse », l’automne meurt de façon somptueuse, en laissant la place, en donnant naissance à quelque chose.
« Des éperviers planent », suggèrent la prédation.
« Les cerfs ont bramé », l’emploi du passé suggère que l’élan vital est passé, c’est un souvenir.
« Les fruits tombant sans qu’on les cueille », vie perdue, putréfaction, mort naturelle.
« Qu’on foule… » la vie passe, elle s’écoule car elle va vers la mort.
IV - Comment le poème apparait il comme étant une expérience à la fois sensorielle et poétique ?
« Automne malade et adoré », la personnification donne une perception émotionnelle à la saison.
Dans le vers 2, « Tu mourras… », il y a un contraste entre la violence de l’ouragan et la fragilité des roseraies.
Vers 3 et 4, la neige évoque le visuel (blanc), le tactile (froid), le ralentissement. Il y a un effacement sensoriel, la nature s’en va lentement.
« Pauvre automne », vers 5 à 7, l’automne est voué à disparaitre, il ne peut pas se défendre. Le poète met en avant l’esthétique de la mort, la beauté fragile de la nature.
Vers 8-9, « Des éperviers planent », la vision du ciel évoque un temps figé, hypnotique.
Vers 10-11 « Sur les nixes », les nixes apportent quelque chose de féerique à l’ensemble, elles représentent l’absence d’amour, la froideur.
Vers 12-13 « Les cerfs ont bramé », cri puissant, mais l’emploi du passé évoque un paysage qui s’éteint.
Vers 14 « Et que j’aime ô saison… », cela évoque une expérience sensible et intime, celle du poète.
Vers 15-18, le poète évoque l’abandon des fruits qui tombent sans être cueillis, la désintégration de la nature, la contemplation d’une nature à l’abandon.
Vers 19-22 « Qu’on foule… », il y a beaucoup d’impressions auditives. Le monde fuit, comme les images présentes dans le poème.
V - Comment le poème exprime t’il la beauté mélancolique de la nature ?
Dès les premiers vers, il y a un paradoxe entre les termes « malade » et « adoré », qui amorce déjà le ton mélancolique de l’ensemble.
Vers 2-4, l’automne est sur le point de mourir, cela est mis en avant par l’ouragan et la neige, la force naturelle qui s’oppose à celle de la fragilité et de la tranquillité des roseraies.
Vers 5-7, « pauvre automne, meurs en blancheur et en richesse », le poète invite l’automne à mourir en beauté, la mort est magnifiée, célébrée.
Vers 8-11, les éperviers et les nixes permettent une suspension du monde, entre mélancolie et beauté avec une référence à un côté plus féerique. Les éperviers représentent une menace, tout s’éteint lentement, dans une sorte d’hypnose mélancolique.
Vers 12-13, la brame du cerf et l’emploi du passé accentue le fait qu’un cycle se termine et que l’hiver arrive.
Vers 14-17, le poète parle de ses sentiments, il aime cette saison, les bruits, les soupirs. L’automne se change en musique d’un monde en train de mourir.
Vers 18-22, les derniers vers sont à la fois visuels et sonores, le temps fuit.
Conclusion
Dans ce poème, Apollinaire propose une vision symbolique, sensuelle et mélancolique de la nature. L’automne devient en l’espace de quelques secondes une scène de méditation sur le temps qui s’écoule et sur l’inexorabilité de la mort.
Il donne au travers des images présentes dans ce poème un monde qui s’efface sans bruit, une personnification des éléments, donnant à l’ensemble une forme de célébration mélancolique du réel.








