Condorcet est un philosophe et un homme politique qui, en 1791, s’interroge sur l’esprit humain. Dans le passage proposé, il met en avant le fait qu’il est nécessaire d’exercer l’âme des plus jeunes à la pitié. Nous donnerons trois axes principaux, le côté universel de la pitié, la valeur qu’elle possède au niveau humain, et enfin, le rôle de la pitié dans la liberté de chacun.
Partie 1 : La pitié comme sentiment universel qui doit être révélé dès le plus jeune âge
La pitié, un sentiment défini comme primaire
Pour l’auteur, la pitié fait partie de l’un des « premiers sentiments » qui doivent être mis en place et intégré par l’enfant, et ce, dès le plus jeune âge.
Pour lui, cela ne représente en rien un hasard, la pitié apparait avant la raison, elle est enracinée à l’intérieur de l’humain, elle est selon ses termes « irréfléchie », elle nait avant toute forme d’intelligence. Les enfants devraient être capables d’éprouver de la pitié avant même de savoir comme se servir de leur intellect. Cela est crucial pour leur développement, car la notion même de morale ne peut être uniquement liée au fait de faire le bien, mais aussi au fait de savoir ressentir lorsque l’autre à de la peine, lorsque l’autre souffre.
Rousseau avait lui aussi le même point de vue, il met en avant notamment le fait que « la pitié est un sentiment naturel ».
La pitié doit être cultivée pour pouvoir exister
Le texte met toutefois en avant le fait que la pitié n’est pas automatique, et qu’il est nécessaire de l’inculquer aux enfants. Selon l’auteur, il est possible de comparer la pitié à une plante qu’il faut soigner pour qu’elle ne se dessèche pas. Pour qu’un enfant puisse se développer correctement, il faut donc être vigilant.
La pitié pour les animaux et pour les hommes
Condorcet accorde dans ce texte une attention très particulière aux animaux. Pour lui, les animaux et les hommes sont égaux, il faut ressentir de la pitié pour les uns et pour les autres. Si l’enfant ne ressent aucune pitié pour un animal qui souffre, alors il n’en ressentira pas non plus pour les humains.
Partie 2 : La pitié est la base de toute morale
Pitié et morale intrinsèquement liées
Pour Condorcet, plus un être est sensible à la souffrance de l’autre, et plus il aura conscience de ce qu’est le principe même de la moralité.
Pour lui, c’est la pitié qui pousse les hommes à agir selon la morale, et si cette dernière n’est pas exercée dès le plus jeune âge, alors il est plus difficile de le lui inculquer plus tard.
La morale ne saurait être considérée comme quelque chose de simplement rationnel, et ce qui peut arriver si l’enfant n’est pas exercé à ressentir de la pitié dès le plus jeune âge. La pitié est ce qui empêche l’être de devenir cynique.
L’importance de l’éducation avant l’instruction de la notion de pitié
Pour Condorcet, l’apprentissage de la pitié dès le plus jeune âge est une composante essentielle du principe même de vertu, et dans ce sens, il met également en avant les priorités qui devraient exister au niveau de l’éducation.
Le cerveau ne fait pas tout, il faut aussi connaitre et prendre en considération son cœur.
Pour l’auteur, l’éducation morale est plus importante que l’éducation purement intellectuelle, car elle conditionnera les futurs comportements de l’enfant, et ce même dans sa vie d’adulte.
Il y a un grand nombre de philosophes des Lumières qui pensent de la même manière, mais Condorcet met en avant le fait que si les enfants ne sont pas exercés à la pitié avant les savoirs, alors cela peut être dangereux.
L’habitude dans l’exercice de la pitié
La pitié, même lorsqu’elle devient naturelle, demeure un sentiment qui peut se perdre. Le texte met en avant le fait que la pitié doit continuer à s’exercer, d’où la nécessité de l’habitude.
L’enfant doit être « habitué », « exercé ». Dans le texte, Condorcet parle de l’importance de mettre les enfants en situation réelle d’éprouver de la pitié, et surtout de l’identifier. Plus l’enfant sera familiarisé d’une certaine manière avec la notion de souffrance, et plus il pourra ressentir de la pitié.
Si l’enfant ne ressent aucune pitié, s’il n’y a pas été exercé, alors il prend l’habitude de l’indifférence, voire parfois de la cruauté, et petit à petit, il devient incapable de ressentir de la pitié. L’environnement dans lequel l’enfant évolue est par conséquent très important.
Partie 3 : Pitié et liberté
Pas de liberté sans morale
Pour Condorcet, il existe une relation évidente entre la moralité et la liberté au sens politique. Mais comment la pitié pourrait-elle avoir un lien quelconque avec le domaine de la politique ? Condorcet part du principe que si un peuple est incapable de ressentir de la pitié, alors il sera plus vulnérable et aura plus tendance à se faire diriger par la force. En effet, sans pitié, pas ou peu de liens sociaux, et donc un plus grand risque d’être dominé.
Pour lui « la dureté produit cette disposition à la férocité », qui représente « le plus grand ennemi des vertus et de la liberté du peuple ».
La pitié pour lutter contre le mal
L’auteur dénonce « la disposition à la férocité », qui est selon lui non pas individuelle, mais sociale. La férocité, qui est liée à l’inexistence ou au manque flagrant de pitié rend possibles les inégalités, la tyrannie, et la souffrance des autres, sur laquelle on ferme les yeux.
Éduquer les enfants à la pitié est donc aussi une manière de les éduquer au lien social, à la justice.
La pitié pour lutter contre l’inégalité
La fin du texte est très forte. Pour l’auteur, l’insensibilité, les inégalités et la tyrannie trouvent leur origine dans le manque de pitié.
La pitié est une barrière morale contre les inégalités liées à la justice. Tant qu’il y aura une éthique, tant que la souffrance des autres sera prise en compte, alors il existera une justice égale.
Conclusion
Le texte proposé est donc une vision profonde sur la morale, la pitié et leur lien avec la liberté et la justice. Condorcet établit une nécessité quant au fait d’exercer la pitié le plus vite possible chez l’enfant, pour éviter la tyrannie et les injustices.
Il met en avant le fait qu’il est presque inutile de former les enfants au savoir, à l’intellect sans les avoir au préalable formé à la pitié.








