Introduction et analyse du sujet
Le sujet « sauver les images » a quelque chose d’intriguant. Il part du principe que les images doivent être sauvées. Comme dans toute dissertation, il est important de définir les termes du sujet. Qu’entend-on par « image » ? Est-ce que l’on parle d’une image au sens de représentation concrète ou de l’esprit ? Qu’entend-on ensuite par « sauver » ? Sans doute les préserver, les sauvegarder, un peu comme nous sauvons une personne d'un danger de naufrage par exemple, sans pousser trop loin l’anthropomorphisation. Et enfin, toutes les images valent-elles la peine d’être sauvées ?
Problématique
On peut alors considérer que certaines images ne sont pas à sauver, parce qu’elles éloigneraient de la réalité, parce qu’elles susciteraient une dangereuse fascination. Ou bien alors on leur octroie une dimension positive, de témoignage par exemple, et auquel cas il serait effectivement nécessaire de les sauver.
Proposition de plan
I – Qu’est-ce qui justifie de sauver les images ?
1) Les images peuvent au contraire représenter un danger
Comme l’explique Platon : « Les images sont loin de renfermer le même contenu que les objets dont elles sont les images[1] ». Pour le philosophe grec, les images ne sont qu’une représentation affadie de l’essence profonde du monde intelligible, du monde des Idées. Dans cette perspective, il n’est alors pas utile de les préserver. Les images sont, dans cette perspective, des notions qui nous amènent à l’erreur.
2) Les images peuvent susciter une fascination dangereuse
L’image peut parfois susciter une forme d’idolâtrie comme c’est le cas dans la Bible : « Ils se sont promptement écartés de la voie que je leur avais prescrite ; ils se sont fait un veau en fonte, ils se sont prosternés devant lui, ils lui ont offert des sacrifices, et ils ont dit : Israël ! voici ton dieu, qui t’a fait sortir du pays d’Egypte[2] ».
3) Les dictateurs ont par exemple utilisé le pouvoir de l’image à travers le culte de soi
L’image peut servir le culte de soi des dictateurs, comme par exemple le peintre Ambrosi dans son tableau intitulé Aeroritratto di Benito Mussolini aviatore. Il représente alors le visage du dictateur se superposant à la représentation des monuments de la Rome Antique. C’est une manière alors pour le despote de tirer parti de la gloire du passé.
II – Est-il possible de sauver les images ? Dans quels cas le méritent-elles ?
1) Les images peuvent parfois témoigner de moments forts de l’Histoire
Comme le suggère l’expression « une image vaut mille mots », et s’il y a bien une image révélatrice de cette expression, c’est bien celle de la photo dite « de la petite fille au napalm » dans laquelle on voit une petite fille de 9 ans courir pour s’enfuir après une attaque aérienne le 8 juin 1972. Dans ce cas, il est bien nécessaire de sauver les images. Nous avons encore bien d’autres photos qui ont pu marquer l’histoire, comme celle de l’étudiant se tenant debout devant un char sur la place Tian'anmen. Cette photo montrait le grand esprit de résistance dont pouvait faire preuve la population.
2) On peut également entre « sauver les images » par « préserver leur intégrité »
Dans ce cas, « sauver les images » signifie faire en sorte qu’elles ne soient pas détournées. C’est un sujet très actuel à mesure que l’intelligence artificielle progresse. En effet, il est désormais possible de produire ce que l’on appelle des « deep fakes » qui sont ainsi bluffants de réalisme et ressemblent à s’y méprendre à l’original. Aujourd’hui, il est donc particulièrement important de développer un véritable esprit critique alors que les nouvelles technologies sont de plus en plus avancées.
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3) « Sauver les images », c’est également les préserver dans leur intégrité physique
On peut penser ainsi qu’il est important de préserver les images d’un film muet des années 1920-1930 par exemple, parce qu’il témoigne d’un moment artistique historique. Ce serait presque un sacrilège en quelque sorte de laisser disparaître une œuvre d’art. Cela peut également s’appliquer à la restauration d’un tableau ancien. Ne pas chercher à sauver ces images aurait quelque chose de tragique, cela reviendrait à s’amputer de toute une partie de notre mémoire.
- Exemples de films muets : La ruée vers l’or (1925) de Charlie Chaplin et Le mécano de La Général (1926) de Buster Keaton et Clyde Bruckman
III – Dans quelle mesure faut-il préserver l’image ?
1) Une image peut exercer une forme de contre-pouvoir intéressant
L’image peut être une manière de contester le pouvoir en place. On peut ainsi penser au roi Louis-Philippe qui était caricaturé en poire par Honoré Daumier par exemple. Il est important de préserver cette liberté d’expression à travers la liberté de créer des images provocatrices. Certains ont payé du prix de leur vie cette liberté de produire des caricatures s’attaquant aux dogmes islamistes. On pense évidemment à Charlie Hebdo.
2) Une image doit s’accompagner d’un examen critique
Il est important de développer notre esprit critique vis-à-vis des images, en particulier à notre époque où nous sommes assez facilement inondés d’images. Une image peut présenter un intérêt historique mais il est important de bien la situer dans le contexte dans lequel elle a été produite. C’est pourquoi il est important que le système scolaire continue de mettre en avant dans la plupart des matières ce que l’on nomme l’analyse d’image.
3) L’image témoigne d’une intention
Comme l’explique Husserl, une image est produite avec une intention. Ainsi, même si elle est motivée par une idéologie, il peut être intéressant de l’analyser et de prendre du recul par rapport à ce qu’elle véhicule. Dans la perspective du philosophe, aucune image n’est absolument neutre. Toute image s’inscrit dans une certaine idéologie qu’il s’agit de mettre en évidence.
Conclusion
Aujourd’hui, nous sommes submergés d’images dès le plus jeune âge. Dans quelle mesure est-il nécessaire de les sauver ou bien s’agit-il de les condamner ? Les images peuvent certes induire en erreur et mener à un dangereux culte, à l’idolâtrie. Cependant, elles peuvent témoigner de l’Histoire et il importe alors de préserver leur intégrité physique. Il importe cependant de développer un véritable esprit critique et une vigilance vis-à-vis des deep fakes.
Références
[1] Platon. (2002). Le Sophiste (Œuvres complètes, t. VIII). Les Belles Lettres. (Texte original paru au IVᵉ siècle av. J.-C.)
[2] Bible de Jérusalem. (1998). Exode 32, 1–10. Les Éditions du Cerf.








