La propriété première de l’Homme, c’est son corps, auquel son intégrité physique est inhérente. C’est pourquoi une place aussi importante lui est accordée dans le cadre légal et politique. En effet, l’emprise d’un pouvoir sur le corps humain en dit beaucoup sur la sécurité de l’individu sous ce régime, et ce, dans les deux sens. Un pouvoir trop important expose l’individu à des abus alors qu’un pouvoir insuffisant peut compromettre l’ordre et la sécurité publics. Le citoyen français peut donc légitimement se demander : en France, quel est le degré de pouvoir que l’État a sur le corps du citoyen ?

Pour répondre à cette interrogation, nous allons, dans un premier temps, analyser les cas où l’État peut, en effet, avoir un certain pouvoir sur le corps de l’individu. Puis, dans un second temps, nous allons juxtaposer ceci avec les limites de ce pouvoir, qui protège le citoyen en France ; ce qui nous permettra de conclure en répondant à notre problématique.

I. Le pouvoir que l’État français a sur le corps humain

I.1 Un certain pouvoir accordé à l’État pour servir l’utilité publique

Tout d’abord, pour garantir la sécurité et le respect des lois, l’État se doit de s’octroyer un certain pouvoir sur le corps humain, même si celui-ci reste conditionné. En premier lieu, nous pouvons évoquer l’usage de la force nécessaire en cas de danger public avéré, ou de trouble à l’ordre public. En second lieu, dans le domaine médical : lorsque les soins sont forcés, lorsqu’un patient refuse un soin qui lui serait pourtant vital, lorsque certains vaccins sont légalement obligatoires…

Il s’agit alors de cas où l’État français a, plus ou moins, le plein pouvoir sur le corps humain. Mais, comme nous allons le voir, ce pouvoir peut, dans d’autres cas, être plus nuancé.


I.2 L’IVG : respecter l’intégrité des deux corps à la fois

En ce qui concerne la législation sur l’avortement, nous nous situons dans un cas plus complexe, car elle relève d’un enjeu supplémentaire, celui de respecter à la fois le corps de la mère et celui de l’enfant. Un défi à relever plus complexe que ce qu’il peut sembler, parce que la frontière à placer entre les deux est très fastidieuse à déterminer.

L’équilibre qui a été trouvé, c’est l’instauration d’une durée maximale de la grossesse autorisant l’avortement, durée qui a été progressivement augmentée en France au fil des années, ainsi que des exceptions prévues des cas particuliers, comme le jeune âge, le viol ou la maladie de la femme. Cependant, cet équilibre est loin de faire l’unanimité au sein de la société : certains trouvent ces limites trop restrictives alors que d’autres, au contraire, trop laxistes. De ce fait, c’est un débat qui a encore de beaux jours devant lui.

En revanche, il y a des sujets relatifs au pouvoir de l’État sur le corps de l’individu sur lesquels les Français s’accordent plus facilement.


I.3 Pouvoir sur le corps de l’individu pour protéger l’individu… contre lui-même

De manière un peu paradoxale, en France, l’État intervient parfois en usant de son pouvoir sur le corps de l’individu pour le protéger de ce qu’en ferait l’individu lui-même.

La mesure la moins acceptée par les Français — en raison de la revendication du droit à user de son propre corps lorsque cela n’impacte en rien l’intérêt général, mais seulement l’individu lui-même — c’est l’interdiction de l’euthanasie. À peu près 9 Français sur 10 y sont ainsi défavorables. Cependant, contrairement à certains autres pays européens, l’euthanasie active reste encore interdite en France, en raison de la protection de l’individu qu’exerce l’État.

Ce pouvoir s’exerce en suivant une philosophie plus ou moins similaire pour l’interdiction de la GPA, qui vise notamment à protéger les femmes contre l’exploitation de leurs corps, ce qui rend les Français plus partagés sur le sujet, mais toujours majoritairement favorables à ce que cette interdiction soit levée. Car en effet, même dans le cadre du volontariat, lorsque la pratique est mutuellement gagnante, et se fait sur la base d’un accord mutuel entre la mère porteuse et le couple infertile ou homosexuel, elle reste interdite, ce qui suscite ce désaccord.

Cela étant dit, en France, le pouvoir qu’a l’État sur le corps reste tout de même limité, et c’est ce que nous allons montrer dans la seconde partie.


II. Limites du pouvoir de l’État sur le corps

II.1 Les dépistages et les examens médicaux

En France, il n’y a que peu d’obligations sur les dépistages et examens médicaux pour les personnes sans comorbidité avérée ni travaillant dans un cadre particulier, en raison de la limite du pouvoir de l’État sur le corps humain.

Ce qui a fait que la France a refusé d’imposer, sur son territoire, des tests médicaux à ses athlètes ; ce qui était pourtant pratiqué et demandé, par exemple, par le Japon. Autre exemple illustrateur : bien que le danger au volant soit avéré avec un conducteur à partir d’un certain âge, la loi imposant un contrôle médical régulier pour les plus de 70 ans reste encore au stade du projet. Dans les deux cas, la liberté de l’individu à disposer de son corps et la limite des prérogatives de l’État là-dessus sont prises en compte.


II.2 Interdiction de la torture

Bien que pratiquée, par exemple, aux États-Unis, lorsqu’il s’agit d’obtenir des informations cruciales pour prévenir des crimes ou attaques terroristes, la pratique de la torture est interdite en France, ainsi que dans tous les pays assujettis au droit européen. En effet, la Convention européenne des droits de l’Homme énonce que nul ne peut infliger des blessures à quiconque et ce, en toutes circonstances.

Ceci peut d’abord paraître illogique, car cette pratique préviendrait des conséquences pires et ne pénaliserait que les coupables ; mais ici, c’est donc une autre limite du pouvoir de l’État sur le corps humain, cette fois-ci supranationale, qui rentre en jeu. 


II.3 Cas de la pandémie de la Covid-19 : non-obligation de la vaccination

Lors de la pandémie de la Covid-19, les gouvernements mondiaux et celui de la France y compris avaient pour objectif premier de stopper ou limiter au maximum la propagation du virus, ce qui passait en premier lieu par la vaccination. Une communication accrue encourageant à se vacciner ainsi que des restrictions pour les personnes non vaccinées ont bien été mises en place ; mais contrairement aux idées reçues, la France n’a cependant jamais rendu cette vaccination obligatoire. Là aussi, l’État n’avait pas suffisamment de pouvoir sur le corps de l’individu pour la rendre obligatoire.

Cette obligation est pourtant bien en place pour des dizaines de vaccins, mais ceux-ci sont pratiqués depuis plusieurs décennies, ce qui rend ces vaccins fiables, et cette obligation possible. En revanche, la nouveauté des vaccins contre le coronavirus, l’inquiétude qu’ils ont suscitée, mais aussi, certains accidents ou encore effets secondaires, ne permettaient pas à l’État d’instaurer une obligation vaccinale contre le coronavirus.


Conclusion

En nous basant sur notre développement, nous pouvons donc dire qu’en France, l’État a le pouvoir sur le corps de l’individu tant que ça le protège et protège les autres, parfois contre lui-même et parfois contre sa propre volonté. Cependant, en dehors de ces cas de figure, ou encore, lorsque ceci expose à l’individu à de l’inquiétude ou à de la souffrance, le pouvoir de l’État français reste très limité sur le corps du citoyen.

Ceci nous amène donc, une nouvelle fois, à nous interroger : doit-on privilégier le respect du corps humain, en assumant les risques que ceci implique, ou bien la sécurité, en accordant plus de pouvoir à l’État sur le corps de l’Homme ? Et c’est un débat qui, aujourd’hui, est encore loin de faire l’unanimité.  

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 Sources bibliographiques

-       Conseil de l’Europe. (s.d). Interdiction de la torture. Consulté le 06/02/2026 sur : coe.int

-       Ifop. (2024, 13 mai). Le regard des Français sur la fin de vie. Consulté le 06/02/2026 sur : ifop.com

-      LUCZNIEWSKI, Maciej. (2024, 27 avril). SONDAGE - 59% des Français se disent favorables à la GPA. Europe 1. Consulté le 06/02/2026 sur : europe1.fr

-      LYS, Sixtine. (2025, 2 avril). "Ça me priverait de liberté" : la proposition de loi pour imposer une visite médicale aux conducteurs de 70 ans divise.  France Bleu. Consulté le 06/02/2026 sur : francebleu.fr

-      Vaccination Info Service. (Mise à jour le 2025, 28 octobre). Réglementation des vaccins. Consulté le 06/02/2026 sur : vaccination-info-service.fr