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Les années qui précèdent la Seconde Guerre mondiale voient l'avènement en Europe de nombreux mouvements nationalistes et fascistes, qui, dans certains pays, comme l'Allemagne de Hitler et l'Italie de Mussolini, arriveront au pouvoir, offrant alors une source d'inspiration pour les ligues d'extrême droite des nations restées démocratiques, mais aussi pour de nombreux intellectuels nationalistes, tels que Robert Brasillach, journaliste et écrivain.
C'est dans ce contexte que doit être compris son ouvrage autobiographique publié en 1941, « Notre avant-guerre », dans lequel Brasillach raconte ses années d'engagement et exalte la montée des fascismes qu'il suit. Les extraits en notre présence, sur lesquels s'appuiera notre étude, constituent des illustrations pertinentes de l'évolution de sa position vis-à-vis du nazisme, au sens où il s'agit à la fois d'un témoignage de la manière dont le pouvoir nazi met progressivement au pas le peuple allemand à force de grands rassemblements et de l'impact de ceux-ci sur le spectateur.
[...] Brasillach, qui il y a peu critiquait fortement le nazisme, se trouve lui-même marqué par "le discours de Hitler qui fait dans cette foule muette des remous de bras tendus et de cris", auquel il témoigne de l'attention portée par tous. Hitler, en effet, use d'une élocution très forte pour faire passer ses émotions à la foule, qu'il évoque dans ses discours la grandeur de l'Allemagne, sa haine contre les Juifs, les communistes . ou encore le désir de revanche. [...]
[...] En outre, le stade "peut tenir mille personnes assises, dans l'arène deux ou trois cent mille". Une telle capacité d'accueil - naturellement, le stade est rempli - montre bien l'objectif des évènements du parti nazi : loin de la réunion en vase clos, il s'agit que ces Congrès contribuent à la propagande, ce qui se fait en premier lieu en s'adressant à la population. Vivre ce type d'évènement (spectacle de lumière, discours du Führer?) est censé marquer les esprits, d'où l'intérêt de réunir un public aussi large que possible - y compris étranger donc, la propagande nazie ne devant être circonscrite à l'Allemagne. [...]
[...] De fait, il est impressionnant pour Brasillach de constater que cette uniformisation des consciences se traduit par un tel alignement derrière une seule personne. Le résultat présenté ici est celui de plusieurs années de « culte du chef », Hitler étant présenté depuis le début de la période comme un guide (Führer en allemand) auquel s'applique le « Führerprinzip », l'idée selon laquelle le système et la population doivent être entièrement soumis au chef, condition sine qua non au succès du programme nazi (donc au retour de la prospérité et à la revanche militaire de l'Allemagne). [...]
[...] Ce qui peut même sembler étonnant, si l'on songe qu'est évoquée par exemple la thématique de la guerre, alors même que la France est un adversaire désigné de l'Allemagne. Quelle portée peut avoir un spectacle sur des convictions ? Cette interrogation nous semble particulièrement pertinente pour comprendre l'effet de la propagande totalitaire dans les sociétés des années 1930. Objectif atteint ? Entre inspiration et crainte, une impression forte sur le spectateur étranger Au terme de ce Congrès, l'objectif de s'assurer la soumission de toute la foule du peuple allemand présent à Nuremberg est sans doute acquis. [...]
[...] Pour ce qui est de Brasillach et de ses amis, une phrase équivoque doit retenir notre attention : "Nous avons commencé de comprendre ce qu'est l'Allemagne nouvelle." - sans plus de détails sur le sens (positif ou négatif) de cette compréhension. L'on peut se demander ici si Brasillach, intellectuel d'extrême-droite étranger, voit en l'Allemagne « nouvelle » un modèle, et qu'il commence à comprendre que son anti germanisme antérieur n'est plus justifié dès lors que l'Allemagne va dans le sens qui lui semble bon. [...]
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