Histoire des troubles des Pays-Bas, Renon de France, Pays-Bas, violence, violence symbolique, antagonisme, mouvement iconoclaste, dynastie des Habsbourg, Révolution française, religion
Renon de France a fait la chronique de ces affrontements dans un long traité rédigé entre 1606 et 1613, Histoire des troubles des Pays-Bas, à l'intention des représentants du pouvoir catholique habsbourgeois. Seigneur de Noyelles, président du conseil du roi, d'abord à Artois, puis à Malines, Renon de France, tout acquis à la cause de Philippe II, ne fait pas mystère, ainsi que nous le montre cet extrait, des griefs que lui inspirent les menées iconoclastes à l'été 1566. En dépit de son aspect partisan, sa chronique du mouvement iconoclaste telle qu'on la trouve ici est instructive à bien des égards : quasi contemporaine des évènements qu'elle relate, elle témoigne de la complexité des intérêts qui s'y jouent, en même temps qu'elle rend compte d'antagonismes alors irréconciliables et d'une sorte d'impuissance chez une partie de la noblesse catholique à en déterminer précisément la force révolutionnaire. La spécificité de ces troubles tient en partie au caractère international de la dynastie des Habsbourg qui règne à Bruxelles sur une région qui est alors une des plus prospères d'Europe, unifiée en dix-sept provinces, lesquels ont néanmoins conservé sous Charles Quint certains de leurs droits traditionnels et de leurs privilèges.
[...] Renon de France, incarnant la noblesse catholique loyale à Philippe II, préfère diminuer la portée de la révolte iconoclaste en en attribuant la responsabilité à une « populace » (l. 43) pour laquelle il ne cache pas son mépris, et dont la fureur destructrice et blasphématoire constitue une sorte de scandale pour la raison. La violence iconoclaste est le signe d'une volonté de faire table rase du passé qui effraie d'autant plus un noble comme Renon de France, qu'elle s'incarne dans « le peuple », « la populace », des « gens de nulle qualité », laissant croire à un profond bouleversement des valeurs. [...]
[...] En 1564, le retrait de 3000 soldats espagnols et le rappel du Cardinal Gravelle sont perçus comme un fléchissement de l'autorité royale, alors que se sont clandestinement constitués des foyers calvinistes à travers la région, organisés en consistoires et en synodes. A cela, il faut ajouter un contexte économique et social compliqué, marqué par des hivers rigoureux, de mauvaises récoltes, et donc des famines entre 1564 et 1566, propices à attiser la colère des plus démunis. Comment donc le compte-rendu que donne Renon de France de la vague iconoclaste établit-il, parfois même à son insu, les mutations profondes, ainsi que les antagonismes, qui y sont à l'?uvre ? [...]
[...] Benedict et al., Reformation, Revolt and Civil War in France and the Netherlands, 1555-1585, Amsterdam, 1999, p. [...]
[...] La révolte prend pour cible « églises, cloîtres et monastères » (l.1) catholiques, témoignant de son caractère spécifiquement iconoclaste, dirigé contre les symboles et les lieux de culte de l'Eglise catholique. Elle s'est étendue à travers tous les Pays-Bas, « commençant en la châtellenie de Cassel, Bailleul, Estaires, châtellenie de Lille, Ypres, Gand, de là à Anvers, Bois-le-Duc, et sur cet exemple successivement en d'autres lieux, Tournai, Valenciennes, Malines, provinces de Gueldre, de Hollande, Zélande et Frise » (l. de manière semble-t-il imprévisible et généralisée, se déplaçant des Pays-Bas méridionaux, en passant par centre économique de la région, jusqu'au nord, et ce sans logique apparente et bien que la mise à sac n'ait pas eu lieu partout, comme il le signale plus tard, « les provinces wallonnes [ayant] été exemptes » (l.33) à quelques exceptions près. [...]
[...] La façon dont Renon de France relate les troubles qui se déroulent à l'été 1566 aux Pays-Bas ne rend ainsi pas entièrement compte du caractère complexe du sentiment contestataire, voire révolutionnaire dont ils témoignent. L'absence de répression immédiate semble donc suffire à justifier pour lui que le mouvement iconoclaste se soit ainsi répandu alors qu'elle remonte à bien plus loin. La lecture du texte s'enrichit du fait du regard rétrospectif qu'adopte Renon de France, ce qui lui permet d'évoquer de manière un peu allusive la répression qui a suivi la vague iconoclaste. [...]
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