La Mort le roi Artu, littérature médiévale, légende du roi Arthur, Religion, apocalypse, imaginaire, nostalgie
L'extrait étudié concerne le départ de Lancelot du royaume de Logres. Le texte est tiré de "La Mort le roi Artu", dernier volet du cycle du Lancelot-Graal, qui décrit un monde arthurien au bord du gouffre menaçant les valeurs chevaleresques traditionnelles.
C'est pourquoi cet extrait donne l'impression de provenir d'une inspiration apocalyptique malgré une présence assez restreinte de ce genre d'imaginaire au sens strict. Au XIIIe siècle, l'apocalypse avait pour sens « révélation ». L'Apocalypse désignait donc un texte de révélation.
[...] C'est le cas lorsque Lancelot évoque au passé et avec tristesse les exploits, les honneurs vécus dans le royaume de Logres, « douce terre pleinne de toutes beneürtez » (l.20), qu'il est contraint de quitter. Dans cet extrait, le bonheur est de jadis. Nous sommes face à l'irréversibilité du temps, et sans aucune chance de recommencement, annonciatrice de la fin d'un monde. Cette autre matière littéraire octroie davantage de modernité à la Mort le rooi Artu paraît qui ne peut se soustraire aux réalités de son Les valeurs d'autrefois s'y retournent contre elles-mêmes. 2. [...]
[...] Le fait que Lancelot quitte Logres annonce l'anéantissement du royaume du roi Arthur ainsi que de la tradition littéraire arthurienne. Ainsi la littérature arthurienne a permis aux romanciers des XIIe et XIIIe siècles de décrire un âge d'or chevaleresque et courtois impossible à égaler par leur propre modernité. À cette fin, il convient néanmoins de se questionner sur le fait de demeurer ancré dans un genre apocalyptique qui peut aussi signifier l'incapacité, ici, des chevaliers comme Lancelot, d'aborder la fin du monde. [...]
[...] Au préalable, cet extrait possède quelque chose de commun avec un passage de l'Évangile selon Matthieu, le sermon de la montagne. En effet, non d'un point culminant mais depuis « la nef » (l.13), Lancelot ne voit pas le monde entier mais « la terre et le pais ou il avoir eu tant de biens et ou l'en li avoir fêtes tantes enneurs » (l.13-15), la terre de ses exploits qui lui avait apporté tant d'honneurs. « ?, il regarda la terre et le pais ? » (l.13) / « ?et tant comme il pot veoir le pais, » (l.35-36) / « ?, il le regarda? » (l.36) / « ?perdue la veue? » (l.36) À première vue, cet extrait de La Mort le roi Artu semble nous éloigner de la littérature apocalyptique, alors qu'en réalité il nous en rapproche. [...]
[...] Ainsi, le texte marque la fin d'une aventure pour Lancelot, en sorte que du Chevalier au lion à la Mort le roi Artu, le saut paraît considérable. Nous passons de l'imprévisible à l'irréversible qui ravive la nostalgie. Conclusion. En conclusion, la potentielle présence d'un imaginaire apocalyptique se confirme dans cet extrait de La Mort le roi Artu qui relate le départ de Lancelot du royaume de Logres tant concernant la dimension religieuse retrouvée dans le texte que sur le plan littéraire. [...]
[...] « (?), beneoite soies tu de la bouche de celui qu'en apele Jhesucrist, ? Joie lor doinst Dex gregnor que je n'ai Victoire et honor lord oint Dex envers toz cels qui riens lor voldront forfaire » (l.20-27) Si on observe le texte, nous remarquons indéniablement l'utilisation de références au christianisme lorsque Lancelot invoque Dieu sur le navire pour évoquer son amour, sa reconnaissance pour ce royaume de Logres ainsi que implicitement la fin des temps arthuriens. Cela fait penser à l'Apocalypse de Saint Jean qui a propagé cette idée de la Fin d'un Temps mais qui est en même temps le début d'un nouveau Temps. [...]
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