Le Roman de Tristan et Yseut, Joseph Bédier, Tristan et Iseut, philtre, passion, sentiments, amour
« Seigneurs, vous plaît-il d'entendre un beau conte d'amour et de mort ? C'est de Tristan et d'Iseut la reine. Écoutez comment à grand'joie, à grand deuil ils s'aimèrent, puis en moururent un même jour, lui par elle, elle par lui. »
C'est par ces lignes que commence le récit légendaire des amours de Tristan et Iseut, établi au début du XXème siècle par Joseph Bédier d'après des sources anciennes diverses (notamment Béroul). Le projet est clair : il s'agit de narrer les différents moments de la passion déchirante (« à grand'joie, à grand deuil ») des deux héros, l'évolution de cet amour jusqu'à leur mort « un même jour, lui par elle, elle par lui ».
[...] Pour l'un comme pour l'autre, le sacrifice de la relation physique n'affaiblit en rien le pacte d'amour. DOULEUR DE LA SEPARATION En réalité, ni Tristan, ni Iseut, ne supporteront la séparation. Au début, Tristan rêve de rendre Iseut heureuse malgré son absence en lui faisant parvenir un chien, gagné de haute lutte, dont le grelot musical produit une sensation de bonheur. Seul ce grelot apaise sa douleur, et il s'en départit pour le bien de son amie. Mais Iseut ne supporte pas d'éprouver un plaisir qui ne vienne pas de Tristan, et jette le grelot dans la mer. [...]
[...] Que Dieu nous accorde, ami, ou que je vous guérisse, ou que nous mourions tous deux d'une même angoisse » La pire terreur d'Iseut, « mourir seule » se réalise quand elle retrouve son ami, trompé par la jalousie d'Iseut aux Blanches Mains, déjà mort, et qu'elle s'étend à côté de lui pour mourir à son tour. De même, Tristan s'est laissé mourir quand il a cru apprendre, par le signal de la voile noire, la mort d'Iseut. On retrouve au dénouement les deux paradoxes cruels de leur relation: au moment où ils se montrent plus que jamais fidèles l'un à l'autre, leur amour apparaît condamné, impossible, puisqu'ils sont chacun seul dans la mort. [...]
[...] Le temps approche ; n'avons-nous pas bu déjà toute misère et toute joie ? Le temps approche ; quand il sera tout accompli, si je t'appelle, Iseut, viendras-tu ? - Ami, appelle-moi, tu le sais bien que je viendrai » Quel que soit la validité de l'apport de Bédier à la légende, on connaît le dénouement de l'histoire tragique de Tristan et Iseut. Condamnés par un philtre magique à s'aimer éternellement, interdits de le faire par l'ordre social, ils ne peuvent être réunis à jamais que dans la mort. [...]
[...] L'un et l'autre redoutent « l'horreur du premier aveu »: « Elle posa son bras sur l'épaule de Tristan ; des larmes éteignirent le rayon de ses yeux, ses lèvres tremblèrent. Il répéta : ' Amie, qu'est-ce donc qui vous tourmente ? » Elle répondit : « L'amour de vous.' » Mais ils ne peuvent lutter contre une passion qui les domine et les rend heureux: « Les amants s'étreignirent ; dans leurs beaux corps frémissaient le désir et la vie. Tristan dit. ' Vienne donc la mort ' » A la vie temporelle emplie d'aléas s'oppose une relation amoureuse capable de tout braver, même la mort. [...]
[...] Ils l'ont compris et se sont promis de mourir ensemble. Mais la dernière épreuve qui les attend condamne leur amour à un sort funeste. De nouveau la malveillance ou le destin interviennent pour les séparer, cette fois-ci définitivement: Iseut qui, informée de la blessure mortelle qu'a reçue Tristan, a pris la mer pour le voir et si possible le guérir, risque la mort dans une tempête: « Hélas chétive Dieu ne veut pas que je vive assez pour voir Tristan, mon ami, une fois encore, une fois seulement ; il veut que je sois noyée en cette mer. [...]
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