La Ceppède, Les Théorèmes sur le sacré mystère de nostre rédemption, poésie, argumentation, diable, injustice, Jésus
Le magistrat aixois Jean de La Ceppède (c.1549-1623) publie en deux parties ses Théorèmes sur le sacré mystère de notre rédemption, la première en 1613 (3 livres de 100 sonnets chacun), la seconde (4 livres de 219 sonnets), en 1621.
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Le sonnet 28 fait réapparaître le combat avec le diable : pour vaincre cette incarnation de l'injustice qui prend possession de l'homme, il fallait que Jésus subisse la Passion.
[...] Dans une des notes qui accompagnent le sonnet, La Ceppède cite la Somme théologique : « A ta misericorde, parce que l'homme ne pouvant de soi-même satisfaire, Dieu lui a miséricordieusement donné son fils pour satisfacteur. S. Thomas en ladite question 46. article 1. » On note la tournure concrète de l'expression « a talonné ses pas », mais il s'agit d'une image. Fournissant au captif sa rançon raisonnable. Le dernier vers du quatrain repose sur l'image de la geôle dont il faut délivrer le prisonnier. L'homme est bien « captif » et la « rançon » que donne le Christ avec sa vie permet le rachat de tous les péchés. [...]
[...] Ce n'est pas le pouvoir de Dieu qui est en question, mais son choix, qu'il s'agit de justifier : l'adjectif « convenable » avait été employé par saint Augustin dans son traité De la Trinité 3). Que de faire franchir à ton fils ce trépas. L'utilisation du verbe « franchir » s'explique par le premier sens de « trépas » dont le sens premier est « passage1 ». L'expression est imagée. QUATRAIN 2 Car ainsi ta justice, a fourni son compas, Après l'affirmation du bon choix exprimée dans le premier quatrain vient la démonstration. [...]
[...] La crucifixion du Christ fait partie de l'ordre voulu par Dieu (préordination) qui a choisi de ne pas pardonner le péché mais de le racheter par le sacrifice de son fils. Que de le délivrer de pouvoir absolu. Dieu avait donc la possibilité (« pouvoir absolu ») de « délivrer » l'homme des griffes du diable, mais il a choisi de le laisser sous la domination du diable qui est vaincu par la Passion. Celle-ci répond à la justice. CONCLUSION Le sonnet 28 se caractérise par son abstraction, le concret n'y étant présent qu'une fois, de façon imagée. [...]
[...] La notion de justice y est centrale, représentée par Dieu dont les desseins sont parfois impénétrables. Il fallait donc que le poète dévot explique à son lecteur la raison pour laquelle le Père laisse mourir le Fils. Ce poème aux articulations logiques bien présentes montre donc que la crucifixion rachète le péché. Dans un ordre voulu par Dieu, l'homme a d'abord été soumis à Satan, incarnation de l'injustice. Grâce à la Passion l'homme est assuré de pouvoir aller au Ciel, de devenir « bourgeois de l'Empyrée » (sonnet 27, v. 14). La justice est ainsi rétablie. [...]
[...] À ce propos, dans l'« Avant-Propos A la France », La Ceppède écrivait que son ?uvre a pour fonction de « graver dans nos c?urs la crainte du Dieu des armées, voyant la vengeance de sa divine Justice exécutée sur son propre Fils, s'étant voulu charger de nos crimes. » (p. Elle a eu sa raison de ce crime damnable : L'expression « avoir sa raison de » implique l'idée d'un combat : c'est celui du bien et du mal. « Crime damnable » reprend « faute abominable » (vers 1). L'adjectif « damnable » introduit une gradation. Le péché originel n'est pas seulement haïssable, il conduit à la perdition. Le Christ est donc le « grand Rédempteur » (« A la France », p. 9). [...]
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